Les Egyptiens suspicieux à l'égard de la politique de Nicolas Sarkozy

Publié le par Adriana EVANGELIZT


 

 

Les Egyptiens suspicieux à l'égard de la politique de Nicolas Sarkozy

 

par Cécile Hennion et Elise Vincent (Louxor)

 

Arrivé mardi à Louxor en touriste, Nicolas Sarkozy devait revêtir son costume de président pour la dernière journée de son séjour égyptien, dimanche 30 décembre, au Caire, où il devait rencontrer son homologue, Hosni Moubarak, ainsi que des "personnalités égyptiennes", dont l'identité n'a pas été précisée par l'Elysée.

En attendant de dresser le bilan politique de ces rencontres, la presse égyptienne a suivi la tendance générale des médias, décrivant les tenues décontractées de M. Sarkozy, le programme de ses sorties, tout en rapportant, non sans fierté, chaque exclamation d'émerveillement du président français devant les paysages et monuments égyptiens.

Il n'est pas certain cependant que cet enthousiasme affiché pour les charmes de leur pays suffise à séduire les Egyptiens, à la fois suspicieux et inquiets à l'égard d'une nouvelle "politique arabe" de la France.

Dans ce pays où l'empathie avec les peuples palestinien et irakien est capable de faire sortir dans les rues des milliers de manifestants, la presse ne s'est pas privée de fustiger régulièrement les positions du président français pour ses déclarations d'amitié envers les Etats-Unis ou Israël.

"J'ai étudié la politique de tous les présidents français depuis le général de Gaulle. Pour moi, (ce dernier) incarnait le pic de la politique d'indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis. Sarkozy représente le pic exactement inverse", commente Nadia Moustapha, professeur de relations internationales à la faculté d'économie et de sciences politiques de l'université du Caire. Le "nouveau toutou de George (Bush)", ont résumé sans ambages certains journaux.

La précédente visite de M. Sarkozy au Caire, alors qu'il était ministre de l'intérieur, n'a pas non plus contribué à lui façonner une image d'"ami des Arabes". Venu réaffirmer, fin décembre 2003, l'attachement de la France à la laïcité, Nicolas Sarkozy avait reçu le soutien de l'imam d'Al-Azhar, plus haute autorité de l'islam sunnite. Ce dernier, Mohammed Sayed Tantawi, avait alors affirmé que Paris avait "le droit" d'interdire le voile islamique, notamment dans l'enseignement public, et appelé les musulmanes de France à respecter la loi.

Analysés à Paris comme un succès diplomatique, les propos du cheikh Tantawi avaient suscité l'indignation d'une partie de la société musulmane égyptienne. "En France, Nicolas Sarkozy a interdit aux jeunes musulmanes de porter le voile à l'école, prétextant qu'elles violaient le domaine public français. Mais en venant en Egypte en voyage officiel accompagné d'une personne qui n'est pas son épouse, il fait exactement la même chose : il viole le domaine public de la société musulmane", s'insurge Nadia Moustapha.

Quatre ans après la visite de M. Sarkozy à l'imam d'Al-Azhar, il est en effet impossible de ne pas constater à quel point la loi française sur le voile reste mal interprétée et très impopulaire. L'idylle du président français avec sa "fiancée", ainsi que la chanteuse Carla Bruni a été baptisée, n'a en revanche pas vraiment ému les médias égyptiens, qui se sont contentés de faire comme tout le monde, en publiant des clichés du couple en vacances.

 

"C'EST CHIRAC !"

 

"Les Egyptiens étaient habitués à un autre profil de président français, plus vieux, plus réservé. Comme l'était Chirac, qui a marqué l'opinion égyptienne (en s'opposant) à la guerre en Irak ou en se disputant avec les services de sécurité israéliens à Jérusalem (en 1996). Nicolas Sarkozy donne l'impression d'être plus proche de la politique américaine. Il a défendu Israël plusieurs fois. Mais on ne peut pas dire que l'opinion égyptienne soit encore fixe et définitive à son égard", modère Amr Choubaki, chercheur au Centre d'études stratégiques d'Al-Ahram. Et il ajoute : "On sent que sa ligne politique sera différente de celle de ses prédécesseurs. Mais il n'y a pas de "peur", la France n'est pas considérée ici comme une "menace". J'ignore si Sarkozy sera apprécié. Pour le moment, son style est un sujet qui ne fait débat qu'entre élites, intellectuels et journalistes."

Il est certain que le président français aura fort à faire pour détrôner dans les coeurs égyptiens son prédécesseur, Jacques Chirac, dont la popularité sur les bords du Nil n'a d'égale que celle, peut-être, du footballeur Zinédine Zidane.

Pour preuve, Mohammed, 17 ans, vendeur de CD dans le souk de Louxor. Comme la plupart des Egyptiens de son âge, il se fiche de politique. Mais, quand on lui parle du "président français", il sort de son barda un vieux disque dont il exhibe la jaquette : "C'est Chirac !", s'exclame-t-il. Une photo noir et blanc montre un homme à la calvitie naissante et aux lunettes à large monture style années 1970. Ce n'est pas Chirac, mais un chanteur à la mode, il y a trente ans, en Egypte, et qui lui ressemble en effet étrangement...

Sources Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

 

 
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