Dominique de Villepin ou l'art de prendre des risques 

Analyse

par FRANÇOISE FRESSOZ

Présomptueux, Dominique de Villepin ? Avec le contrat première embauche, le Premier ministre a pris un risque. Certes, les manifestations de mardi n'ont pas été à la hauteur de ce qu'espéraient les syndicats, mais si le Premier ministre a marqué un point, il n'a pas encore remporté la bataille. Il se retrouve aujourd'hui la cible de tous ceux qui depuis huit mois et demi assistaient avec étonnement à sa montée en puissance : les syndicats lui reprochent de piétiner le dialogue social, la gauche l'accuse de détricoter le droit du travail, le Medef préfère garder ses distances, et les Français ne sont visiblement pas prêts à suivre aveuglément ce Premier ministre qui rêve de faire bouger les lignes. Brusquement, les nuages s'accumulent sur la maison Matignon. C'est le revers d'une ascension fulgurante qui a été mûrement préparée, parfaitement gérée, mais qui comporte, depuis l'origine, sa part de risque : dès lors que le choix est de fonctionner sur une ligne de crête, un faux pas est toujours possible.


Lorsque, le 31 mai 2005, Dominique de Villepin s'installe rue de Varenne, il sait que son temps est compté : vingt-quatre mois seulement le séparent des échéances de 2007, mais il a déjà tout son plan de bataille en tête. Voilà six mois qu'il se prépare à la fonction en recevant, place Beauvau, alors qu'il n'est encore que le ministre de l'Intérieur du gouvernement Raffarin, des économistes, des sociologues, des dirigeants d'entreprise, des intellectuels, des jeunes et des experts en tout genre. Le diagnostic, en pleine campagne référendaire, converge : le pays va mal, miné par le chômage, l'endettement et le sentiment d'impuissance que donnent les politiques. La réponse à cette déprime qui fait le jeu des extrêmes ne peut être que l'action : « On parle de crise de la représentation politique. En réalité, c'est une crise de l'action. Il faut agir pour changer la vie quotidienne », s'exclame Dominique de Villepin, qui, dans son livre « Le Cri de la gargouille », publié en mai 2002, faisait déjà sien ce mot du radical Edouard Herriot : « On ne stabilise une démocratie que par le mouvement ! »


L'action, soit, mais pour quoi faire ? D'emblée, Matignon cible la réduction du taux de chômage - qui frôle alors la barre des 10 % - comme la priorité absolue de la fin du quinquennat : elle seule permettra de vaincre la chape de plomb qui s'est abattue sur le pays. Programmé depuis des mois, le plan Borloo, qui prévoit un traitement social massif du chômage, est déjà sur les rails. C'est sur lui que compte Jacques Chirac pour améliorer la fin de son double mandat, mais Dominique de Villepin n'a pas le temps d'attendre : il n'a jamais été élu, il n'est pas vraiment connu, sa légitimité et sa crédibilité sont entièrement à construire. Il prend alors un premier risque en décidant de créer, pendant l'été, le contrat nouvelles embauches pour tenter de dégeler l'embauche dans les entreprises de moins de 20 salariés. Cette première décision annonce le contrat première embauche, qu'il propose aujourd'hui aux jeunes. Elle symbolise très bien ce qu'est la méthode Villepin : pas de grand chambardement - le temps manque pour cela -, mais des mesures ciblées qui touchent au symbole - en l'occurrence, le droit du travail - et qui prouvent que le politique ose lever les tabous. Là encore, tout a été mûrement pensé, car déjà écrit dans « Le Cri de la gargouille » : « Quand la mobilité et le mouvement deviennent la règle, (...) il importe moins de prendre des décisions stratégiques longues et lourdes avec des contraintes matérielles et humaines importantes que de gérer des impulsions rapides : plutôt, en somme, Venise que Rome, plutôt les Phéniciens qu'Athènes. Comme à l'époque des cités-Etats, la prime va au pragmatique, au mobile, à l'adaptable. »


La méthode Villepin est fondée sur la prise de risque. En dernier ressort, c'est le Premier ministre seul qui décide et qui assume. « Le pire, c'est de ne pas trancher. Il faut arrêter les arbitrages faits par des sous-conseillers, le politique doit décider », lance Dominique de Villepin dès son arrivée à Matignon. Pour le contrat première embauche, qui fait aujourd'hui descendre les jeunes dans la rue, la solitude du Premier ministre a été bien réelle : peu de membres du gouvernement lui conseillaient de se lancer dans l'aventure. Quant au président de la République, il se souvenait très bien de la bronca qu'avait suscitée en 1994 le CIP proposé aux jeunes par Edouard Balladur : accusé d'être un SMIC jeunes, le nouveau contrat n'avait pas pu voir le jour. Mais la prise de risque, si elle est réelle, est à chaque fois très calculée : redevenu le centre névralgique de la décision, alors que l'Elysée souffre d'un véritable affaissement lié au résultat négatif du référendum, puis à l'accident vasculaire du président de la République, Matignon fonctionne comme une machine à produire de la décision : l'anticipation se mêle étroitement à la gestion pour mieux déjouer le piège de l'enlisement qui menace à chaque fois de se refermer sur les Premiers ministres. La façon dont est organisé le premier étage de la maison illustre parfaitement cette imbrication. A la droite du bureau du Premier ministre, celui de son directeur de cabinet, Pierre Mongin, qui prépare les arbitrages, fait tourner la machine, assure le lien avec les ministères, veille au bon déroulement du travail parlementaire. En face, celui du conseiller Bruno Lemaire, chargé de défricher les nouveaux chantiers et d'aider à mettre en perspective la pensée du Premier ministre. Le trio Villepin-Mongin-Lemaire fonctionne ainsi depuis la Place Beauvau avec une efficacité certaine. Au point qu'à l'extérieur les commentaires vont bon train sur l'air d'« A Matignon, une moitié gouverne, l'autre prépare les prochaines échéances ».


A chaque décision importante, le processus d'élaboration est le même : une fois que le trio a identifié le terrain d'action - en l'occurrence, le chômage des jeunes - et la façon de l'aborder - pas question de toucher au salaire, c'est sur la souplesse d'embauche qu'il faut jouer -, Matignon consulte tous azimuts : les partenaires sociaux, les spécialistes du droit du travail, des économistes, des jeunes, et associe les ministères à la mise en oeuvre du nouveau contrat. Mais, attention, il s'agit de consultation, et non de négociation : « Sur le contrat première embauche, j'ai été consultée deux ou trois jours avant. J'ai dit mes réserves au Premier ministre », explique Laurence Parisot, la présidente du Medef, qui n'était pas favorable à une mesure catégorielle. Plus durs, les syndicats dénoncent, eux, l'« autisme » d'un Premier ministre qui « méprise » le dialogue social. Avant de rendre publiques ses décisions, Matignon prend tout de même le temps de les tester auprès d'un petit groupe de parlementaires. « Le Premier ministre est à l'écoute, même s'il ne nous suit pas toujours », constate l'un d'entre eux. Mais, au bout du compte, c'est bien une décision personnelle qui est prise et assumée comme telle : ces derniers jours, Dominique de Villepin était omniprésent sur les médias pour vendre son CPE. Rarement Premier ministre aura autant donné de sa personne pour défendre sa politique. Le risque est à la hauteur de l'enjeu : si la réforme passe, Dominique de Villepin se sera imposé comme l'homme fort de la droite. Si ça casse, il devra changer ses méthodes.
Sources : LES ECHOS

Jeudi 9 février 4 09 /02 /Fév 10:01
- Par Adriana EVANGELIZT - Publié dans : Le Ministre - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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