Discours de Nicolas Sarkozy à la Knesset

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Alors voilà une partie du discours de Nicolas Sarkozy à la Knesset, nous l'avons commencé au moment où il parle de la Palestine. Il ne mâche quand même pas ses mots, même s'il les enrobe pour mieux faire passer la pilule, il faut le dire. Pour le lire en entier, c'est  ICI. A signaler aussi "en rouge" l'aide financière de l'Union Européenne...


Mesdames et Messieurs,


On doit la vérité à ses amis, sinon on n'est pas un ami. La vérité c'est que la sécurité d'Israël sur laquelle la France ne transigera jamais, ne sera véritablement assurée que lorsque à ses côtés, on verra un Etat palestinien indépendant, moderne, démocratique et viable. Voyez-vous, Mesdames et Messieurs, je serais un piètre ami d'Israël si je pensais que dans cette démocratie israélienne, on n'était pas capable de dire ce que l'on ressent profondément au fond de son cœur.

Et donc, la France amie d'Israël, intransigeant sur sa sécurité, la France se veut l'amie du peuple palestinien, aussi. La France veut dire au peuple palestinien la vérité. Et la vérité c'est que nul ne peut espérer rétablir les droits du peuple palestinien en niant ceux du peuple israélien et en appelant à la destruction d'Israël. La vérité, c'est qu'il faut que ce conflit sans fin s'arrête. La vérité, c'est qu'il faut que cette violence cesse. La vérité, c'est qu'il faut que cette haine qui dresse les peuples les uns contre les autres s'éteigne.

Il le faut, parce que les seuls gagnants de la violence et de la haine sont le fanatisme, le fondamentalisme, le racisme et l'antisémitisme. Il faut que la paix arrive parce que vous avez trop souffert. Il faut que la paix arrive parce qu'il y a eu trop de morts et trop de douleurs. Parce que juifs et musulmans, Israéliens et Palestiniens, au fond, vous partagez la même souffrance et la même douleur pour vos enfants.

Nous savons tous qu'il ne peut y avoir d'issue que dans la compréhension et dans le respect de l'autre.

Nous savons tous que l'avenir, votre avenir et celui de vos voisins, ne pourra se construire que sur le pardon et pas sur la vengeance.

Nous savons tous que la reconnaissance mutuelle des droits de chacun est la condition de la paix.

Je suis le représentant d'un pays qui a dû pardonner à ses voisins. Je suis le représentant d'un pays qui a dû se réconcilier avec ses voisins. Chez moi, mon grand-père qui m'a élevé, qui était juif, n'appelait jamais les Allemands des Allemands, et pourtant, quand le général de Gaulle et le chancelier Adenauer ont dit aux Français et aux Allemands : il faut se réconcilier, maintenant, tout de suite, les Français l'ont fait.

Alors, comme tous les peuples, le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité dans des frontières reconnues et garanties.

Comme tous les peuples, le peuple palestinien a le droit d'avoir un Etat et d'y exercer sa souveraineté.

Comme tous les peuples, le peuple israélien et le peuple palestinien vivront en paix le jour où chacun aura le sentiment que justice lui est rendue et où leurs rapports seront fondés sur le droit et non plus sur la force.

Alors, bien sûr, c'est plus facile à dire pour moi, qui n'ai pas peur quand je m'endors dans mon appartement le soir. Bien sûr, c'est plus facile à dire pour moi qui n'ai pas peur quand je me promène mais en même temps, ces grands efforts que vous avez faits pour construire un Etat démocratique et puissant, faites-les, faites les mêmes pour construire la paix dont vos enfant seront les bénéficiaires.

Alors, c'est vrai, il ne peut y avoir de paix sous la menace du terrorisme. Il ne peut y avoir de reconnaissance mutuelle quand des roquettes tombent tous les jours sur des victimes innocentes. Mais il faut avoir le courage de le dire, je le dis, sans vouloir offenser personne, je le dis tout simplement : il ne peut y avoir de paix sans l'arrêt total et immédiat de la colonisation. Une proposition existe, soutenue par de nombreux membres de votre Knesset, pour l'adoption d'une loi qui inciterait au départ les colons de Cisjordanie, moyennant compensation et relogement en Israël. Je vous dis une chose : créez les conditions du mouvement !

Il ne peut y avoir de paix si les Palestiniens ne combattent pas eux-mêmes le terrorisme. C'est aux Palestiniens de le faire, chacun a sa part de travail à faire. Mais pas de paix non plus, permettez de le dire, si les Palestiniens sont empêchés de circuler ou de vivre sur leur territoire.

Il ne peut y avoir de paix sans que soit résolu le problème des réfugiés palestiniens dans le respect de l'identité et de la vocation d'Israël.

Il ne peut y avoir de paix, même si je sais combien le sujet est douloureux, sans la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de deux Etats et la garantie de la liberté d'accès aux Lieux Saints pour toutes les religions.

Il ne peut y avoir de paix sans une frontière négociée sur la base de la ligne de 1967 et des échanges de territoires qui permettront de construire deux Etats viables.

Mes Chers Amis, je veux vous dire une chose. Je n'ai à aucun titre à donner des leçons et je ne veux pas en donner. Quand cela ira mal pour l'Etat d'Israël, vous verrez qui seront vos amis et je ne suis pas du genre à trembler quand cela va mal mais je veux vous dire, puisque vous m'avez fait l'honneur de me permettre de m'adresser devant vous, que je suis venu parler avec le cœur et non pas simplement avec la malice politicienne. Je suis venu parler non pas pour les quelques jours qui viennent, je suis venu parler pour l'avenir et l'avenir est que vous êtes condamnés à vivre côte à côte. L'avenir c'est qu'on ne change pas d'adresse comme cela. L'avenir, c'est qu'il faudra faire la paix un jour. Le plus tôt vous ferez la paix, le mieux cela sera pour vous et pour le monde.

Alors, Mes Chers Amis, beaucoup de ces efforts seront difficiles et douloureux, et je remercie d'ailleurs chacun des membres de la Knesset d'avoir eu le courage d'écouter ce que j'avais à dire, quand cela leur plaisait et quand cela leur plaisait moins. Ce sera difficile et douloureux mais bien moins douloureux que tout que le sang versé dans un affrontement sans fin. La paix est douloureuse mais parlons de la guerre. Combien vos familles en ont payé le tribut ?

En me promenant tout à l'heure, je voyais la jeunesse de vos soldats, belle jeunesse, mais je me disais aussi : est-ce qu'un jour il ne leur serait pas plus utile d'entrer tout de suite dans la vie active qu'à devoir défendre l'identité et la survie de leur Etat ? Et cela, personne d'autre ne le donnera que si, vous les Israéliens et vous les Palestiniens, vous vous comprenez.

Depuis 60 ans, des hommes et des femmes de bonne volonté comme votre président, ont essayé de trouver le chemin de la paix et certains, comme Itzhak Rabin, l'ont payé de leur vie. Mais chacune de leurs initiatives, chacun de leurs gestes a permis de progresser. La paix est faite avec l'Egypte, avec la Jordanie. Israël s'est retirée du Sinaï, du Liban et de Gaza. Il n'y a pas de geste inutile en faveur de la paix et peut-être sommes-nous plus près du but puisque, désormais, tout le monde se parle.

Et puisque la violence semble être suspendue, depuis quelques jours, à Gaza, je veux exprimer l'espoir de la libération du soldat Gilad Shalit, retenu en otage depuis près de deux ans, comme de tous les prisonniers.

Annapolis a relancé une dynamique de paix, une année de négociations qui peuvent être décisives. Ne laissons pas échapper cet espoir de paix ! Je mesure toutes les difficultés qui doivent encore être surmontées. Mais je vous le dis : la paix est possible ! Elle est possible maintenant ! C'est ce que veulent, dans leur immense majorité, Israéliens et Palestiniens. Ne laissons pas vaciller, une fois de plus, la flamme de l'espoir !

La France que tant de souvenirs lient à cette région du monde, la France qui aime et qui respecte tous les peuples du Moyen-Orient, la France veut apporter sa contribution à la paix. Elle est prête à organiser sur son sol tous les pourparlers qui pourraient y conduire, qu'il s'agisse de la négociation israélo-palestinienne, du dialogue syro-israélien ou des discussions qui devront reprendre, un jour prochain je l'espère, entre Israël et le Liban.

Sur ces trois volets du processus de paix, la France est prête à apporter sa garantie, prête à mobiliser sa diplomatie, ses ressources, ses soldats, comme elle le fait déjà, avec d'autres partenaires européens, au Sud Liban. C'est dans cet esprit qu'elle exercera à partir du 1er juillet la Présidence de l'Union européenne, qu'elle travaillera au rehaussement des relations entre l'Union et Israël et participera au Quartet.

Vous pouvez faire confiance à la France. Je sais bien qu'en Israël on écoute les conseils que de ceux dont on a vraiment l'amitié et la confiance. Et je sais bien que, par le passé, vous vous êtes parfois demandé si l'on pouvait faire confiance à la France. Je vous demande de nous faire confiance, parce que nous voulons vous aider.

Encore une fois, je ne suis pas venu ici pour donner des leçons. C'est aux dirigeants du peuple d'Israël et aux Palestiniens qu'il appartient de faire la paix. Mais vous, les partenaires de la paix, vous devez savoir que vous pouvez compter sur l'Europe pour vous aider à aller vers un accord final : sécurité pour les deux Etats, compensation et relogement des réfugiés, appuis à la construction d'un Etat de droit en Palestine, soutien économique et financier général à la paix. C'est dans cet esprit que la France fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire aboutir le projet d'Union pour la Méditerranée qu'elle a proposé à tous les peuples de l'Europe et de la Méditerranée. Et, à ma connaissance, Israël est un peuple méditerranéen.

C'est dans cet esprit, aussi, que la France fera tout ce qui est dans son pouvoir pour faire aboutir le projet d'Union pour la Méditerranée qu'elle a proposé à tous les peuples de l'Europe et de la Méditerranée. L'enjeu est capital puisqu'il s'agit d'offrir un destin partagé à tous ces peuples.

Le 13 juillet prochain, le Sommet de Paris pour la Méditerranée donnera peut-être l'espoir que ce qui nous sépare finira par devenir un jour moins fort que ce qui nous rassemble. Il exprimera la volonté commune de tisser entre tous les peuples des liens de solidarité de plus en plus étroits, témoignant ainsi que le vieux rêve de l'unité du monde méditerranéen n'est pas mort mais qu'au contraire il est assez vivant pour pouvoir encore soulever le monde.

Israël, comme l'Autorité palestinienne, comme le Liban, comme la Syrie y trouveront leur place aux côtés de l'Egypte, de la Jordanie et de tous les pays du Maghreb arabe. Alors, Mes Chers Amis, peut-être, pourrons-nous espérer qu'un jour les enfants de la Méditerranée cesseront de se haïr, car il n'y a que de la haine, il faut que cela cesse, et de vouloir dès la naissance venger les malheurs de leurs pères, on ne doit pas apprendre cela à ses enfants.

C'est dans cet esprit aussi que la France soutiendra tous les projets de développement économique régional chers au président Shimon Pérès. Oui, nous avons besoin de la "Vallée de la Paix" ! Quel plus beau symbole de paix que ce partage de l'eau, source de toute vie, entre les trois peuples d'Israël, de Palestine et de Jordanie ?

Au Moyen-Orient se mélangent et s'affrontent depuis des millénaires des peuples qui ont donné à l'humanité tout entière ce qu'il y a de plus élevé dans la pensée, de plus beau dans la religion, de plus important dans le savoir. Mais, au Moyen-Orient, tous les peuples, tous, dans leurs prières, parlent d'amour, de justice et de paix. Au Moyen-Orient, tous les peuples aiment la vie. Tous sont les enfants d'Abraham. Tous ont la Bible en partage. Et avec cela, on va continuer à avoir une guerre millénaire ?

Ayant bu à la même source, car vous avez bu à la même source, ayant partagé si souvent la même histoire, les peuples du Moyen-Orient ont tout pour se comprendre et s'entendre. Et cette terre pour laquelle ils se battent avec tant de désespoir, cette terre qui les a vus naître, cette terre où reposent vos morts, cette terre dans laquelle s'inscrit le souvenir de vos souffrances et de vos joies, pardon de vous le dire, où vous vous ressemblez tant, cette terre dont on pressent, en regardant ce qui a été accompli ici, en Israël, ce qu'elle pourrait donner à force d'intelligence, de travail et de courage, cette terre, la vôtre, pourrait devenir un paradis pour tous et grâce à laquelle la misère pourrait être vaincue si elle n'était si souvent ruinée par la guerre, cette terre, la vôtre, qui pourrait être si féconde si tous la travaillaient ensemble au lieu de verser sur elle le sang des innocents, cette terre, elle est si belle qu'elle devrait unir les peuples au lieu de les opposer.

En allant au fond d'eux-mêmes, en s'interrogeant sur leur histoire, leurs croyances, leurs valeurs, en regardant ce monument qui va être construit à Jérusalem par deux artistes français, ce livre de la paix pour les peuples du Livre, dans la ville du Livre, un jour prochain, j'en suis sûr, les femmes et les hommes de cette terre magnifique trouveront davantage de raisons de se parler pour faire la paix que de se haïr pour continuer à s'affronter.

Juifs, chrétiens ou musulmans, ils se rappelleront la parole du Prophète Isaïe :

"Je ferai de Jérusalem mon allégresse. Et de mon peuple ma joie. On n'y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris.

Ils bâtiront des maisons et les habiteront.

Ils planteront des vignes et en mangeront les fruits.

Ils ne travailleront plus en vain et ils n'auront plus des enfants pour les voir périr."

Je veux vous le dire du fond du cœur et c'est un ami cher et indéfectible d'Israël qui vous le dit, quand on est fort, on doit tendre la main, quand on a fait le chemin que vous avez fait depuis 60 ans, triompher de toutes les guerres, alors, on doit être les triomphateurs de la paix, on doit la vouloir plus que tous les autres. On doit montrer le chemin, et qu'il me soit permis de vous dire, du fond du cœur, que la France ne vous abandonnera pas sur ce chemin, qu'elle sera votre amie, que la France vous admire, que la France vous respecte.

Vive la France, Vive Israël. Vive la paix pour Israël et pour la Palestine qui est une nécessité pour la paix du monde. Je vous remercie.

Sources
Gouvernement

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Sarkozy-Israel

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