Le coup d'Etat larvé des élites nationales et communautaires

Publié le par Adriana EVANGELIZT




Le coup d'Etat larvé des élites nationales et communautaires


Written by Franck Biancheri
Président de Newropeans




Déjà en Décembre dernier, Newropeans dénonçait dans sa Déclaration de Madrid le caractère profondément non démocratique du processus de ratification suivi par les dirigeants de l'UE. Newropeans appelait alors, et appelle toujours, tous les citoyens européens à sanctionner tous les individus et les partis qui auront participé à cette parodie de démocratie que sont ces ratifications parlementaires destinées à empêcher les peuples de s'exprimer librement, en refusant de voter pour eux aux élections européennes de Juin 2009 .

De la même manière, Newropeans répète depuis sa création en Juin 2005, après les « Non » français et néerlandais au projet de Constitution européenne, qu'en refusant d'affronter le suffrage universel direct, en ce qui concerne l’organisation et l’avenir de l’UE, les dirigeants étaient en train de nous préparer un avenir bien sombre où il nous faudrait choisir entre l'Europe et la démocratie.

Le Non irlandais confirme à nouveau cette analyse en montrant que l'entêtement des dirigeants européens à représenter le même projet (car il s'agit bien de cela), déjà refusé par les Français et Néerlandais en 2005, se heurte au même obstacle populaire, en Irlande cette fois. Tous ceux qui sillonnent l'Europe comme moi savent très bien que ce vote irlandais n'est pas une singularité irlandaise mais qu'il exprime un sentiment partagé dans toute l'UE : aujourd'hui, aucun référendum national ne pourrait être gagné sur le Traité de Lisbonne. Les dirigeants européens le savent très bien et ils tentent désespérément de cacher cette simple vérité : les Européens n'ont pas confiance dans les partis politiques nationaux et les Eurocrates pour diriger l'Europe de demain.

Et ils ont bien raison car les classes politiques nationales et les eurocrates n'ont jamais eu qu'un seul vrai mandat populaire, démocratique : construire l'Europe.

Or, cette dernière est construite. La question des prochaines décennies n'est donc plus de la construire, mais bien de la diriger. Et sur ce point fondamental, jamais, je répète, jamais, les classes politiques nationales et les bureaucrates (aux quels se sont associés en douce les lobbies au cours des années 1990/2000) n'ont reçu le moindre mandat démocratique pour diriger l'Union européenne.

Les deux questions politiquement essentielles que sont « Qui doit diriger l'UE? », et « Comment ce pouvoir doit-il être organisé? » n'ont jamais été posées aux 500 millions de citoyens européens. 

Depuis maintenant plus de cinq années, les classes politiques nationales, les eurocrates et les lobbies essayent de faire avaliser de force par les Européens leur propre réponse à ces deux questions sans avoir jamais organisé le moindre débat démocratique. En politique, cela s'appelle un « COUP D’ETAT ».  Un coup d'état larvé bien entendu. Il n’y a pas de militaires en arme dans les rues, pas de camp de concentration des opposants, pas de police politique ratissant les campus universitaires ou les réunions syndicales. Mais il y a une censure totale des médias classiques sur toute tentative de présenter des alternatives au projet que nos dirigeants pensent pouvoir faire avaler à nos populations, avec une caricature systématique de tous ceux qui tentent de remettre en cause la « solution unique » pour l'avenir de l'UE : s'ils ne sont pas national-populistes, ils sont cryptocommunistes ou, plus simplement anti-européens.

Et parallèlement à ce musellement de toute tentative de débat démocratique préalable à la définition d'une ou deux propositions nouvelles pour la gestion de notre avenir commun, les dirigeants européens continuent à refuser de reconnaître les votes populaires négatifs, à prétendre que les députés nationaux savent mieux (alors même que 90% de ceux qui le ratifient n'ont même pas lu le texte du Traité) ... Mais, ils bénéficient toujours d'un avantage indéniable dans ce conflit entre les citoyens de l'UE et leurs dirigeants, un avantage qui prend désormais des proportions historiques[1], à savoir, l'incapacité des tenants du Non à proposer une alternative crédible.

Mélangeant des carottes et des choux, le Non n'est pas une force politique capable de concevoir un projet européen différent, de le proposer dans toute l'UE et donc de convaincre positivement une majorité d'Européens de s'y rallier. Pourtant cette majorité existe. Entre les « Oui-istes » qui votent à reculons par peur de perdre l'Europe mais qui souffre de n’y voir presque aucune démocratie, et les « Nonistes » qui votent par peur de perdre la démocratie mais souffrent d'y voir trop de nationalisme, il y a largement dans l'UE plus de 50% de citoyens qui se rejoignent sur l'idée que l'avenir de ce continent c'est l'Europe et la démocratie, et non pas l'Europe ou la démocratie comme les dirigeants actuels essayent de l'imposer.

Une chose est certaine, depuis que j'ai fondé AEGEE-EUROPE, que j'ai permis le lancement d'Erasmus, que j'ai, à l'âge de 28 ans, avec mes amis européens, montré qu'il était possible de créer une liste trans-européenne, que j'ai en 1991, à l'occasion de l'affaire TEMPUS, été le premier à dénoncer publiquement les graves dysfonctionnements de l'UE, que dès 1998, avec le scénario « Quand les petits fils d'Hitler, Franco, Mussolini et Pétain prendront le contrôle de l'UE » j'ai annoncé que d'ici une décennie, les descendants, antidémocrates des dictateurs des années 1930 allaient tenter de s'approprier le projet européen, que j'ai créé avec un nombre croissant d'amis Newropeans pour être en mesure à partir de 2009 de se battre à l'échelle européenne, la seule dimension désormais pertinente pour le combat politique, car c'est là que le pouvoir se trouve, les citoyens européens peuvent compter sur moi pour me battre sans concession pour que notre avenir commun soit fait, non pas d'Europe et de démagogie, d'Europe et d'oligarchie, d'Europe et de xénophobie, d'Europe et de bureaucratie, mais d'Europe et de démocratie !

Juin 2009, ce ne sera pas une élection européenne comme les autres. C'est indéniablement la première élection européenne où une majorité de citoyens, dans la plupart des Etats membres, va pouvoir exprimer sa claire opposition au coup d'état larvé, sur les traités, sur les futurs élargissement, sur le modèle socio-économique européen, sur le rôle de l'UE dans le monde, sur l'avenir de l'UE ... que nos élites nationales et technocratiques essayent de perpétrer sans discontinuer depuis près d'une décennie. Le vote des citoyens irlandais nous l'a rappelé. La démocratie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. Et ils sont nombreux au sommet des partis nationaux, des Etats membres et des institutions communautaires à espérer que nous allons progressivement oublier comment utiliser nos droits de citoyens, nos droits de voter, nos droits de décider ce qu'ils doivent faire!

Comptez sur Newropeans pour leur rappeler à la seule échelle de pouvoir qui compte désormais, l'échelle européenne, qu'en démocratie ce sont les citoyens qui doivent avoir le dernier mot, et qu'il est temps que le Parlement européen soit peuplé d'autre chose que des retraités de la politique nationale, ou de démagogues sans projet, si on veut qu'il joue son vrai rôle démocratique, à savoir, reprendre le contrôle politique des bureaucrates, des lobbies; et impulser de vraies orientations européennes, répondant ainsi aux attentes de la majorité des 500 millions d'Européens.

Nous sommes tous des Irlandais européens! Pensez-y d'ici Juin 2009 !

Sources
Newropeans Magazine

Posté par Adriana Evangelizt

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