Intégration européenne : le « non » irlandais et les Balkans occidentaux

Publié le par Adriana EVANGELIZT




Intégration européenne : le « non » irlandais et les Balkans occidentaux



Written by Aleksandra Mijalkovic



Le « non » irlandais au Traité de Lisbonne aura-t-il des conséquences sur l’intégration des pays des Balkans occidentaux ? Les nouveaux élargissements dépendent de la réforme des institutions européennes. Alors que la Croatie devrait réussir à passer à travers les mailles du filet, les autres pays de la région craignent que l’Europe ne marque un temps d’arrêt durable. Nicolas Sarkozy, s’opposant à l’actuelle Présidence slovène de l’UE, exclut tout élargissement sans cette réforme. À Belgrade, le « non » irlandais comble de joie les milieux anti-européens.

Du point de vue de la Serbie et des autres pays des Balkans occidentaux, le résultat négatif du référendum irlandais sur le Traité des réformes de l’UE est une bien mauvaise nouvelle, puisqu’il pourrait retarder leur entrée dans l’UE. En effet, le Traité de Lisbonne devait, entre autres aspects, éliminer les obstacles institutionnels à la poursuite de l’élargissement.

Le Traité de Nice prévoyait le fonctionnement d’une communauté constituée de 27 états au maximum, le quota actuel de membres. Pour que l’UE puisse prendre sans problème des décisions et agir avec sept autres membres (dans la perspective de l’intégration des candidats actuels, la Croatie, la Macédoine et la Turquie, et des candidats potentiels, la Serbie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et l’Albanie), d’autres mesures sont nécessaires.

Le professeur Jovan Teokarević, directeur du Centre belgradois pour l’intégration européenne et doyen de la Faculté des Sciences Politiques de Belgrade, soutient qu’ « avec une certaine dose de bonne volonté politique, par rapport au dernier élargissement », l’Union devrait pouvoir fonctionner sans problème, même sans le nouveau Traité de Lisbonne. « La contestation institutionnnelle actuelle a plus été une excuse qu’un véritable obstacle à la poursuite de l’élargissement. Il est cependant vrai qu’il aurait mieux vallu que l’Europe règle ses problèmes avant d’élargir la famille, comme cela a souvent été répété. De toute manière, après le refus du projet de Constitution de l’UE (qui n’avait pas passé l’examen des référendum français et hollandais en 2005) et avec l’orientation vers le Traité de Lisbonne, l’Union avait l’espace potentiel pour nous accueillir, nous et les autres candidats. Avec l’adoption de ce Traité, qui plus est, l’UE pourrait enfin arrêter de s’occuper seulement d’elle-même et commencer à résoudre les problèmes pratiques que doivent affronter ses citoyens et ses États », souligne Jovan Teokarević.

Selon le professeur, le Traité de Lisbonne, pour les candidats à l’entrée dans l’Union, vaudrait confirmation qu’il y aura une place pour eux en son sein. Pour la Croatie, en revanche, qui pourrait y entrer en 2010 ou en 2011, cela effacerait les incertitudes liées aux risques que des « motifs formels » ne retardent quelque temps son adhésion, et qu’elle soit finalement intégrée en même temps que d’autres pays des Balkans occidentaux.

L’Union, naturellement, pourrait résoudre le cas de la Croatie, et prendre ainsi une décision spécifique pour ce pays, reposant sur une nouvelle règle de décision fondée sur la majorité des votes des deux tiers du Conseil Européen.

« Le Traité n’est pas encore mort »

Le Président du Parlement Européen, Hans-Gert Pöttering, s’est exprimé tout de suite après le résultat du référendum irlandais. Selon lui, le processus d’élargissement de l’Union devient impossible, à l’exception exceptionnelle de la Croatie. Le Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, le commissaire pour l’élargissement de l’UE, Olli Rehn, et le ministre des Affaires Etrangères de la Slovénie – pays présidant l’UE jusqu’à la fin du mois de juin 2008 - Dimitriji Rupel, soutiennent, en revanche, que le « non » irlandais au Traité de Lisbonne n’aura aucune influence sur l’unanimité déjà acquise concernant le processus d’élargissement de l’UE. Ils veulent rassurer les citoyens des pays, auxquels un « avenir européen » a été promis, en soutenant que le résultat du vote irlandais ne remet pas en question leur adhésion à l’UE, même s’ils reconnaissent la possibilité d’éventuel retards.

Pendant la rencontre des chefs de la diplomatie européenne à Luxembourg, L’Autriche et la Slovaquie ont déjà demandé que cela soit confirmé officiellement. Les Premier ministres de la République Tchéque et de la Pologne se sont joints à cette demande. Le Premier ministre tchéque, Mirek Topolanek, a affirmé que la Croatie ne devrait pas être « victime de ce processus », alors que son homologue slovaque Robert Fico a estimé que ce serait « très mauvais pour l’UE toute entière d’enterrer le Traité de Lisbonne, et que les difficultés survenues dans le processus de ratification ne doivent pas influencer l’élargissement de l’UE ». Le traité de Lisbonne a été ratifié par les parlements nationaux de 18 pays (l’Irlande est le seul à l’avoir soumis au référendum). Beaucoup d’analystes, de responsables politiques et de médias, croient que l’accueil du Traité par 26 pays pourrait conduire l’Irlande à répéter le référendum.

« Après Lisbonne, les incertitudes sont moindres concernant l’avenir de l’Union Européenne mais, naturellement, il est impossible de prévoir avec précision le chemin que prendra cette organisation, non seulement d’ici vingt ou cinquante ans, mais même dans dix ans, lorsque nous en deviendrons enfin membres. Pour les candidats et les candidats potentiels, il est fondamental de savoir si, à la fin d’un long parcours, ils entreront dans l’environnement qu’ils attendent ou bien dans un autre cadre tout différent. Il est tout aussi important de savoir si les conditions d’accès sont un « objectif mobile » ou bien une réunion de critères plus ou moins stables et vérifiables. Nous, malheureusement, nous connaissons fort bien le phénomène de « l’objectif mobile », puisque divers critères politiques, pour lesquels nous nous sommes engagés à l’égard des Etats de l’Europe centrale, n’ont pas été remplis, et cela depuis l’époque des sanctions, lorsque remplir certaines conditions en entraînait d’autres », affirme le professeur Teokarević.

Pourtant, l’élargissement ultérieur de l’UE est possible, mais les critères de Copenhague, avec l’insistance hollandaise, ont été inclus dans le Traité de réformes, qui souligne encore plus l’importance de leur application par les candidats.

L’exception croate

« Si l’on rajoute à cela ce qui s’est passé depuis 2006, nous pouvons conclure que si, aujourd’hui, la porte n’est pas fermée définitivement aux nouveaux membres, elle ne s’ouvrira qu’avec de grandes difficultés. Avant de prendre d’autres grandes décisions, Bruxelles ne manquera pas de prendre en considération le débat et ses conclusions sur la soi-disant « capacité d’absorption », définie également comme une « capacité d’intégration ». La Commission estimera, dans l’avenir, les répercussions sur toutes les étapes cruciales dans le processus d’adhésion. Avant de préparer ces estimations, les caractéristiques spécifiques de chaque pays seront prises en considération. Autrement dit, nous n’entrerons dans l’UE que lorsque nous serons prêts pour l’Europe, mais aussi lorsque l’Europe sera prête pour nous accueillir », explique encore Jovan Teokarević.

Le résultat négatif du référendum a ramené la question à l’ordre du jour, alors qu’elle avait été reléguée au second plan après les référendums français et hollandais de 2005. Il s’agit avant tout de savoir si les électeurs sont insatisfaits de l’Union ou des réformes proposées, ou encore s’il est possible que l’UE soit, à court terme, encore plus peuplée, incombrante et lourde « pour sa gestion ». La majorité des anciens membres sont de moins en moins enthousiastes à l’égard d’un élargissement ultérieur de l’Union, et la situation a peu de chance de s’améliorer dans les années à venir.

« En ne pensant qu’aux nouveaux membres, on crée un différence évidente entre la Croatie, dont l’entrée est indiscutable, même si la date n’en est pas certaine, et les autres pays des Balkans occidentaux et la Turquie. Dans le cadre de ce qui a été appelé ‘le groupe ottoman’, la Serbie devra montrer continûment qu’après avoir dépassé ses grands problèmes, elle est un candidat à l’entrée dans l’UE plus adaptée que la Turquie et le reste de ses voisins. Pour cela, dans la course attendue pour rapprocher la Serbie de l’UE dans les années à venir, il vaut mieux pour nous courir une régate qu’avancer dans la caravane. Cela veut dire une entrée sur la base de résultats atteints par chaque pays, non sur la base de l’appartenance à un groupe de pays déterminé qui devrait aller à l’encontre de l’autre moitié. Quel que soit l’avenir de la Serbie ou de l’Union, l’UE ne pourra certainement pas se permettre qu’un autre Chypre se crée et elle ne nous acceptera que lorsque les rapports entre Belgrade et Pristina seront résolus », soutient le professeur Teokarević.

Dans la presse serbe : questions et euroscepticisme

Dans les médias serbes, les commentaires à l’égard du référendum irlandais ont été variés. Certains soutiennent à l’opinion publique locale que le Traité de Lisbonne « n’est pas encore mort », et que – abstraction faite de ce que sera son destin final – cela n’empêchera pas notre entrée dans l’UE. D’autres, plus mal intentionnés, soulignent la crise profonde au sein de l’UE, son incapacité à s’occuper de ses problèmes internes, sans donc parler de sa prétention à résoudre les problèmes des autres (avec une référence claire au Kosovo).

Le quotidien belgradois Politika, titrant « Un autre clou sur le cercueil du Traité de Lisbonne », a sauté sur l’occasion pour montrer « l’absence de démocratie » au sein de l’Union, dont témoigne, en plus du reste, sa décision qu’à l’exception de l’Irlande, il ne soit « rien demandé aux citoyens » sur le traité des réformes. L’échec du référendum irlandais est interprété par l’auteur de l’article comme la conséquence du comportement des dirigeants européens, et parmi eux, surtout de la présidence slovène de l’UE, qui « ont complétement occulté » ce référendum, pour pouvoir se concentrer sur « la recherche de la manière dont le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon pouvait donner une forme de légitimité à la mission européenne au Kosovo, ainsi que sur la formation de gouvernements pro-européens dans les Balkans occidentaux ».

Un autre article du même auteur fait un parallèle entre le « non » irlandais au traité de Lisbonne et les négociations sur le Kosovo. « L’UE, même en ce qui concerne le Kosovo, a suivi la même procédure antidémocratique. Premièrement, elle a toléré les négociations entre Pristina et Belgrade, et a demandé aux deux parties en cause de s’exprimer sur l’élaboration d’une solution au problème. Lorsque la réponse de Belgrade n’a pas plu à Bruxelles, l’UE a poursuivi la mise en oeuvre du plan Ahtisaari, malgré le refus de la Serbie. Il en est de même pour la Constitution européenne. L’Union ne fait désormais que penser à une sorte de ‘plan Ahtisaari’ pour l’antipathique Irlande. Sinon, elle devra renoncer à la politique des diktats et revenir à la politique du compromis ».

Le « cas Irlande », même dans les autres médias serbes, a été un prétexte pour examiner la nature « (non)démocratique », bureaucratisée et « inhumaine » de l’UE, et même beaucoup plus que l’analyse du destin de la suite du processus d’intégration de la Serbie. Certains affirment ainsi que, même si l’entrée de la Serbie dans l’UE n’est pas pour demain, « certaines décisions politiques et économiques qu’elle prend peuvent déjà influencer sur notre vie ».

Le quotidien Danas se demande ce qui a poussé les citoyens irlandais, dont le pays était naguère défini comme un des « états les plus européens de l’Europe », à dire « non » au Traité, et affirme que cela pourrait être dû à la peur évoquée par les forces de l’extrême droite de « couler l’Irlande dans un super-État européen », et au scepticisme des paysans à l’égard de l’accord commercial global sur l’agriculture. Les traditionnalistes considèrent que de nouvelles dispositions légales introduiraient en cachette l’avortement dans cette île conservatrice.

Le tabloïd Press s’est occupé plus que d’autres des conséquences du référendum, envisageant même la sortie de l’Irlande de l’UE. Cela n’a été évoqué par personne mais, dans les cercles antieuropéens de Belgrade, cette idée est souvent utilisée comme un argument pour renforcer certaines opinions : « si même ceux qui sont déjà dans l’Union européenne ne s’y sentent pas bien, qu’allons-nous donc y faire ? »

Sources
Newropeans

Posté par Adriana Evangelizt

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