Nicolas Sarkozy prône l'élargissement du G8 à six grands pays émergents

Publié le par Adriana EVANGELIZT



Nicolas Sarkozy prône l'élargissement du G8 à six grands pays émergents


Il s'agissait naguère de la réunion des maîtres du monde. Mais c'était au XXe siècle, et le cénacle est devenu étroit, trop étroit pour affronter les défis du XXIe siècle. C'est la conviction de Nicolas Sarkozy, qui est arrivé, lundi 7 juillet, au sommet du G8 au Japon à Toyako, sur l'île d'Hokkaido.

Ultra-sécurisée, minutée, la réunion, qui rassemble les pays les plus industrialisés de la planète (Etats-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni) plus la Russie, a un avantage par rapport aux sommets européens, celui du dialogue direct : "Au G8, il n'y a aucune machinerie. On parle vraiment parce ce qu'on est seuls. Même les sherpas ne sont pas à table avec nous", expliquait dimanche soir au Monde M. Sarkozy dans l'avion qui le conduisait à Hokkaido. Mais le cercle a perdu de sa pertinence.

"Ce n'est pas raisonnable de continuer de se réunir à huit pour régler les grandes questions du monde, en oubliant la Chine – un milliard 300 millions d'habitants –, en n'invitant pas l'Inde – un milliard d'habitants –, en n'ayant aucun pays arabe, aucun pays africain, et en n'ayant aucun pays de l'Amérique latine", a affirmé, avant son départ, le chef de l'Etat, samedi 5 juillet devant les militants UMP à Paris. "Ce n'est pas raisonnable, ce n'est pas juste. Le monde est universel, le monde est multipolaire."

Le président français propose, sans succès pour l'instant en raison notamment des réticences japonaises face à Pékin, d'ouvrir le club très fermé du G8 à cinq puissances supplémentaires : la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud, qui ont formé le G5, un groupe informel, depuis 2005.

Il ne s'agit pas seulement d'un manque d'égards vis-à-vis de 2,6 milliards d'habitants, dont les représentants ne sont conviés qu'au troisième jour du sommet. Il y a nécessité. En 2007, l'horizon mondial semblait serein. Le G8 proclamait à Heiligendamm, sous la présidence de la chancelière allemande, Angela Merkel, que "l'économie mondiale est en bonne condition".

La triple crise – financière, alimentaire et énergétique – est passée par là. Et les leaders du G8 semblent soudain bien démunis, trop seuls. "Nous parlons de l'énergie, mais à part la Russie, il n'y a aucun pays producteur. Nous parlons de la monnaie, mais il n'y a pas la Chine. George Bush veut bien bouger sur le climat, mais à condition que les pays émergents bougent", déplore M. Sarkozy.

"VOUS ÊTES LES GRANDS DU MONDE DE DEMAIN"

La domination écrasante de l'Occident est révolue. L'hyperpuissance américaine décrite par l'ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine correspondait aux années 1990. "Le mot n'existe plus", constate M. Sarkozy, qui annonce qu'il recevra le candidat démocrate à la présidence américaine, Barack Obama, à l'Elysée le 25 juillet. Ami des Américains, "mais pas inféodé", clairement dans le camp d'Israël, Nicolas Sarkozy veut inviter les puissances émergentes à prendre leurs responsabilités.

"Vous êtes les grands du monde de demain. Vous devez avoir les droits, mais aussi les responsabilités", lançait, samedi, le chef de l'Etat aux grands pays émergents et aux candidats à un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies : "Pour avoir un statut à part, il faut être prêt à en payer le prix, y compris le prix du sang", a-t-il dit, vantant l'engagement des soldats français "aux quatre coins du monde".

Le président de la République ne croit pas que les grandes puissances comme la Chine, l'Inde ou le Brésil soient tournées sur elles-mêmes. Il espère que les continents, comme l'Afrique, sauront faire des constructions dans la veine de ce qu'ont fait les Européens. Et au fameux G5, M. Sarkozy estime qu'il serait judicieux d'ajouter un sixième pays, arabe et musulman. Sans doute l'Egypte ou l'Arabie saoudite. Parce qu'il faut être tous autour de la table. Parce que le meilleur moyen d'éviter un choc des civilisations consiste, selon l'Elysée, à se rencontrer dans les instances appropriées pour discuter, en particulier du partage du nucléaire civil. Dans ce monde multipolaire qui émerge, il convient de donner à chacun sa place. "Sinon, le G5 finira par ne pas inviter le G8", plaisante-t-on à l'Elysée.

Ces pays sont devenus puissants, ils tirent la croissance. Nicolas Sarkozy estime donc qu'ils doivent être soumis aux mêmes règles que les Européens. Devant l'UMP, samedi, il a dénoncé le dumping fiscal et environnemental dont seraient victimes les Européens et a appelé à ce que chacun adopte les mêmes règles : "Ce n'est pas une question de protectionnisme. C'est une question de réciprocité. Nous voulons que nos entreprises se battent à armes égales."

Le président entend réserver les traitements particuliers aux pays les moins avancés, essentiellement africains. Réticent à un accord à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qu'il juge défavorable à l'Europe, M. Sarkozy pourrait faire face à une offensive de ses pairs à Hokkaido.

Mais, selon lui, ce n'est pas l'absence d'accord à l'OMC qui menace la croissance, mais la crise financière. Les turbulences ont au moins le mérite de remettre la régulation à l'ordre du jour, après des décennies de libéralisation. "Même les Anglo-Saxons considèrent que l'absence de régulation les pénalise", estime le président français, qui cite les efforts pour réguler les fonds souverains, les normes comptables, etc.

Mais les soubresauts sont attendus, notamment sur le marché des changes. L'Elysée craint que certaines devises corrélées au dollar ne finissent par décrocher du billet vert, et accentuent encore sa chute. Nicolas Sarkozy, qui a de nouveau attaqué, samedi, la hausse des taux par la Banque centrale européenne (BCE), s'estime conforté par les critiques venues d'autres pays, y compris d'Allemagne.

Sources
Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

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