La Bulgarie, le grand malade de l'Europe

Publié le par Adriana EVANGELIZT



La Bulgarie, le grand malade de l'Europe



La Bulgarie se révèle incapable d'en finir avec la corruption. L'Union européenne a donc décidé de geler 800 millions d'euros de subventions.

Konstantin Trenchev.

 

Pourquoi la Bulgarie n'arrive-t-elle pas à vaincre ses vieux démons ?

La Bulgarie a toujours tout fait en retard. C'est seulement en 1988, après tout le monde, même la Russie, que l'opposition au communisme s'est organisée. Par la suite, on a assisté à une longue instabilité gouvernementale, à l'absence de vraies réformes, à des tas d'erreurs qui ont aggravé les difficultés du pays.

Quelles erreurs principalement ?

En 1991, par exemple, les terres confisquées sous le communisme ont été restituées sans réfléchir aux fils des anciens paysans et même aux petits-fils qui ne savaient pas cultiver. Moi qui suis fils de chirurgien et médecin, j'ai reçu 4,42 ha ! C'est avec des erreurs comme ça que les Bulgares, qui donnaient des leçons d'agriculture aux Hollandais, Autrichiens ou Tchèques, il y a un siècle, doivent importer aujourd'hui tomates, concombres ou pommes de terre. Autres exemples : la privatisation de masse organisée, en 1994, par le gouvernement des ex-communistes, devenus socialistes, mais aussi celle menée, plus tard, par le gouvernement démocrate, ne se sont pas faites selon des règles claires : on a posé les bases de la corruption pour laquelle nous sommes maintenant punis par Bruxelles.

À la base, il y a donc l'effondrement de l'économie ?

En 1989, nous avions 4,5 millions d'emplois. Aujourd'hui, nous sommes tombés à 2,2 millions. Nous avons les salaires les plus bas de l'Union européenne. Le salaire minimum est de 110 € par mois et le salaire moyen de 240 €. Il y a trois ans encore, la Bulgarie avait de l'avance sur la Roumanie, maintenant c'est l'inverse. Les Bulgares du Nord vont travailler en Roumanie. Plus de 1,5 million de Bulgares ont quitté le pays en vingt ans. Nous manquons de main-d'oeuvre dans la construction, les services, le tourisme qui est en pleine extension. On parle aujourd'hui de faire venir des Chinois, des Vietnamiens...

Les investissements étrangers arrivent ?

L'intérêt des investisseurs pour la Bulgarie augmente, mais peu dans l'industrie. On voit surtout des magasins du genre Carrefour, Mr Bricolage... et surtout l'immobilier. On a maintenant des villages anglais, scandinaves, écossais. Pour moins de 6 000 €, vous achetez une maison dans un village ! Pas à Sofia : là, pour acheter un bon appartement c'est 2 500 à 3 000 € le mètre carré. De graves inégalités se sont aussi installées.

On dirait qu'il y a une sorte d'impuissance collective ?

Les premières années ont débouché sur la grande crise sociale de 1996-1997, une chaîne vivante de 50 000 personnes autour du Parlement, la grève générale, des barricades... On peut encore faire chuter un gouvernement, mais quelle est l'alternative ? L'opposition est très fragmentée, comme la société elle-même. Il ne faut pas seulement changer les principes, il faut aussi changer les mentalités. Depuis 2005, nous avons une coalition tripartite au pouvoir, mais la corruption, les mauvaises règles, tout cela est resté.

L'entrée dans l'Union européenne semble n'avoir rien résolu ?

Les politiciens bulgares ont fait de grandes promesses à l'Europe. Tout sera fait comme il faut, ont-ils dit. Puis rien. Nous sommes entrés dans l'Union européenne et continuons à fonctionner à l'ancienne. Et, à la fin, l'Europe nous tire les oreilles. Le gel des subventions par Bruxelles a des conséquences graves pour les gens, les petits paysans, les entrepreneurs. Mais le peuple ne supporte plus les politiciens qui volent. Difficile de savoir comment ça va évoluer. Par le passé, dit-on parfois, les Ottomans, les Allemands et les Russes ont voulu nous intégrer, ça ne leur a pas réussi. Ou l'Europe va nous européaniser... ou nous allons la balkaniser ! Les blagues aident à vivre.

 

Recueilli par Michel ROUGER.

Sources Ouest France

Posté par Adriana Evangelizt

Père du syndicalisme indépendant bulgare.

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