Géorgie: quels sont les risques ?

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Excellent article qui dit bien ce qu'il faut dire... et pose les bonnes questions. A savoir pourquoi interdire aux uns ce qui est permis aux autres ?



Géorgie: quels sont les risques ?

par Philippe Souaille

Blog Tribune de Genève

 

L'heure est grave: l'Otan palabre pour savoir jusqu'à quel point il lui faut se mêler de la situation en Géorgie. Contrairement à ce qu'écrit l'excellent Claude Monnier dans sa dernière chronique, je ne suis pas certain que cela soit sans danger. C'est d'ailleurs la première fois, depuis 30 ans que je le lis que je suis en vrai désaccord avec ses propos... Un conflit nationaliste limité peut fort bien dégénérer en conflit généralisé, à la faveur d'une escalade et le processus a été maintes fois éprouvé.

Dans le cas présent, si j'ai bien compris les spécialistes de la région, l'Ossétie du sud fait partie de la Géorgie mais ne s'en satisfait pas et préfèrerait dépendre de la Russie. Comme le Kossovo qui ne veut plus faire partie de la Serbie, par exemple. Mais le Kossovo est l'allié de Washington et la Serbie celui de Moscou, tandis que la Géorgie est le fer de lance des intérêts étasuniens au flanc sud de la Russie.

Lorsque les conventions internationales servent de manière aussi flagrante à défendre certains intérêts au détriment d'autres, ils ne font que fabriquer du ressentiment anti-occidental. Là où l'excellent Monnier se plante, c'est que si l'on n'est plus, depuis la chute du Mur, dans une guerre froide entre blocs, on n'en est pas moins, depuis la 2ème guerre en Irak, dans une logique d'affrontements entre civilisations et grandes puissances rivales.

Wahington est l'une de ces grandes puissances, mais Moscou en est une autre. Et si l'Otan prétend forcer la Russie à se retirer d'Ossétie du Sud, par exemple en envoyant des troupes, c'est un peu comme si Moscou décidait d'envoyer des troupes défendre Cuba... ou en Serbie pour l'aider à reprendre le Kossovo. La Russie est redevenue une grande puissance et veut le faire savoir. Pas au point de s'en prendre au Kossovo ou de replacer des missiles à Cuba (que les USA laissent cepenfant prudemment en paix depuis 1962...), car elle n'a pas refait ses forces à ce point, mais tenter de la repousser d'Ossétie, ce serait comme lui marcher sur les orteils. En clair, un casus belli.

Il en va des grandes puissances comme des animaux sauvages: il y a des limites à ne pas franchir si l'on ne veut pas qu'elles se sentent obligées de réagir. L'Otan devrait pouvoir, normalement, avoir le dessus militairement, grâce à une technologie plus avancée, mais à quel prix ? L'Otan est déjà empêtré en Afghanistan et les USA en Irak. La Russie le sait et l'Ours russe a repris du poil de la bête. Moscou dispose tout de même d'une grosse armée et de moyens technologiques conséquents, en plus d'une arme économique non négligeable: en fermant le robinet du gaz, la Russie perd de gros revenus, mais l'UE se retrouve en crise énergétique, donc économique... Ce n'est pas le moment.    

L'intérêt commun serait de maintenir la paix. Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est pourquoi empêcher les sud-ossètes de devenir indépendants ou de rejoindre la Russie, puisqu'il semble que cela soit leur désir le plus cher ? Il y aurait, ce me semble, de l'équité à leur accorder ce que l'on accorde au Kossovo... Je n'ose croire que ce refus n'a d'autre cause que l'entêtement de Condoleezza Rice, formée à l'anticommunisme primaire reaganien et grande spécialiste de l'URSS, qui voit encore dans Moscou l'ennemi absolu, le colosse aux talons d'argile... En oubliant que Moscou n'est plus communiste et que l'état des forces n'est plus le même. 

Blog de Philippe Souaille sur la Tribune de Genève

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Sarkozy - Russie

Commenter cet article