Liban : L’impossible symbiose des contraires

Publié le par Adriana EVANGELIZT

La naïveté des Libanais est confondante en ce qui concerne les attentats visant l'armée. L'auteur de l'article minimise le rôle supposé des sionistes. Il y a quand même une chose qu'il ne faut pas oublier, pour Israel, le Hezbollah est l'ennemi à combattre et à éradiquer. Michel Sleimane est en bon terme avec le parti de Dieu et il fut général de l'Armée avant de devenir président, c'est une chose qui ne plaît guère aux sionistes.       



L'impossible symbiose des contraires


L'article de Mahmoud HARB



Nahr el-Bared, Mar Mikhaël, Baabda, Beyrouth, Tripoli et hier le Sud…

La liste noire des attentats criminels, terroristes contre l’armée ne cesse de s’allonger. Et la troupe, cette Grande Muette, essuie les coups dans un silence qu’elle se garde de violer, redoutant des séditions qui mettraient à mal une union nationale déjà rachitique.

Qui a donc intérêt à couper les ailes du corps militaire, à démoraliser ses soldats et lui imposer des « lignes rouges » qu’il lui est interdit de franchir ?

Israël ? (thèse de cheikh Abdel-Amir Kabalan)

Certes, le sempiternel ennemi depuis six décades ne voue que haine et rancune au Liban pluriel, démocratique, pacifié et prospère.

Certes, l’État hébreu n’a pas vu d’un bon œil le réveil de la société libanaise en 2005. Et a largement contribué au dynamitage – qui n’a qu’à moitié réussi – de la dynamique populaire du printemps de Beyrouth, à travers son offensive de 2006.

Certes, Israël ne ménagera aucun effort pour empêcher l’armée libanaise, épine dorsale de la sécurité du pays, de renforcer ses moyens.
Sauf que malheureusement, la troupe ne constitue plus une menace réelle pour l’État hébreu, depuis qu’elle a dû subir les résultats des mauvais calculs de Yasser Arafat, les attaques « fraternelles » de l’armée syrienne, le diktat sans vergogne des officiers de Damas, la folie terroriste des fondamentalistes, Depuis que les pays « amis » de la révolution du Cèdre l’ont privée de toute aide digne de ce nom, sous le prétexte de ne pas menacer la sécurité de l’État hébreu.

Il ne s’agit aucunement de disculper un ennemi qui s’est prouvé capable des pires atrocités.
Mais l’idée cette fois est de mettre en exergue la responsabilité des autres, des amis, des frères, des concitoyens, dans l’affaiblissement d’une armée guère gâtée par l’étranger. La responsabilité des « Libanais et étrangers qui résident sur notre territoire et qui possèdent des armes échappant à l’autorité de l’État », selon les mots employés par le vice-Premier ministre, Issam Abou Jamra, dans un entretien avec L’Orient-Le Jour.
L’attaque perpétrée hier <wqà Sojod, contre un hélicoptère arborant ostensiblement le cèdre du Liban, vient rappeler que la troupe régulière ne peut coexister sans incidents, sans complications ni confrontations, avec des factions armées répondant à une autorité autre que celle du pouvoir exécutif, souveraineté oblige.
Forte de sa légitimité étatique, l’armée n’a pas à respecter les « lignes rouges » et l’ordre du jour des uns et des autres dans l’exercice de la mission qui est la sienne. L’on a alors beau multiplier les accords du Caire, de Doha ou d’ailleurs, la coexistence, « la complémentarité » – dernière innovation de la rhétorique aoriste – entre la légalité et son contraire est une pure vue de l’esprit, une impossibilité, une aberration. L’une doit céder le terrain à l’autre.
Si c’est l’armée qui l’emporte, la partie patrie sera sauvée. En effet, non seulement la troupe est le dépositaire naturel du monopole de la violence, sa légitimité n’est que renforcée par sa composition plurielle qui est à l’image de celle de la société. La mosaïque confessionnelle et politique qui caractérise le tissu militaire est un indispensable garde-fou contre tout débordement, tout recours démesuré à la violence. Cette diversité jure avec le monochromatisme délétère des factions armées qui contrôlent des parcelles étendues du territoire. La prépondérance de ces parties est synonyme d’anéantissement de la pluralité et de la légalité.
En tout état de cause, le mal est fait et l’on ne peut plus revenir en arrière. Ni aller de l’avant, la situation étant celle que l’on sait. L’on ne peut que tenter d’y remédier, de concilier momentanément les contraires. Et ce processus relève aujourd’hui du strict apanage du Hezbollah qui a observé un silence curieux hier, au sujet de l’affaire Sojod.
Ce secteur est en effet connu pour être un fief du parti. La Résistance islamique a souvent attaqué, avant 2000, la position israélienne érigée sur ce promontoire stratégique surplombant de vastes étendues du Sud. Le Hezbollah a également livré, au cours des années 1980, une guerre sans merci aux miliciens d’Amal pour prendre le contrôle de cette région.
Seule l’enquête menée par l’armée pourrait déterminer l’identité des meurtriers du lieutenant Hanna. Il reste qu’il appartient au parti de prendre les mesures qui s’imposent dans ce cas, aussi douloureuses soient-elles pour lui et pour son image de formation infaillible comme son nom l’indique. Le fait que le meurtre ait été commis dans un fief hezbollahi suppose une collaboration active du parti dans l’arrestation des assassins.
Les soldats qui ont tiré sur les partisans du Hezbollah à Mar Mikhaël ont été traduits en justice. Les miliciens qui ont tiré sur l’hélicoptère de l’armée hier doivent être jugés par un tribunal militaire, conformément à la loi.
Ceci est d’autant plus urgent que le dialogue national devrait étudier dans les semaines à venir le dossier de la stratégie de défense nationale. Comment le parti pourrait-il prétendre à une symbiose avec l’armée, si ceux qui ont assassiné un officier dans l’un de ses fiefs poursuivent leur cavale ? Et puis comment le parti pourra-t-il collaborer avec le nouveau commandant en chef de l’armée – vraisemblablement Jean Kahwagi – qui devrait être nommé aujourd’hui, si les assassins de Samer Hanna jouissent d’une impunité insolente ?
Il convient en outre de rappeler qu’un État de non-droit commence à s’instaurer dans le Nord. L’affaiblissement de l’armée ne fera que renforcer l’instabilité à Tripoli, transformée en boîte aux lettres des deux axes arabes concurrents. Ce chaos inénarrable laissera le terrain libre au foisonnement des groupuscules salafistes jihadistes dont l’inimitié à l’égard des chiites et du Hezbollah n’est pas à démontrer.
Le parti de Dieu a donc intérêt à régler l’affaire de Sojod en toute « rationalité », sans rechercher de subterfuges, comme l’a souligné le général à la retraite Élias Hanna, en réponse aux questions de L’Orient-Le Jour. À moins que le parti n’ait d’autres calculs en tête. Et qu’il mise (selon l’avertissement lancé hier par Walid Joumblatt) sur « une recrudescence des violences dans le Nord qui offrirait un prétexte à une nouvelle intervention directe de la Syrie au Liban ».

Sources
Lorient le Jour

Posté par Adriana Evangelizt

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