Antisémitisme : le CRIF et la LCR sur le ring

Publié le par Adriana EVANGELIZT


Antisémitisme : le CRIF et la LCR sur le ring


par Anaëlle Verzaux


L’Affaire Siné-Val est loin d’être classée. Dans le procès qui a opposé hier, jeudi 4 septembre, la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) au Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), les mêmes accusations – d’antisémitisme –, ont soulevé les mêmes débats.

La 17e chambre du Palais de Justice de Paris était comble, ce jeudi 4 septembre. Vers 15 h, a débuté le procès qui opposait la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) au Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Salle comble, sauf sur les bancs réservés aux journalistes, où seuls étaient installés des journalistes de Libération, de l’AFP, de Bakchich, ainsi que l’attachée de presse du Crif, le militant proche du Crif et journaliste à France 3 Clément Weill-Raynal, et une journaliste d’un canard franco-israélien. C’est un peu faiblard quand on pense à l’affaire Siné-Val qui a enflammée les médias tout l’été.

L’affaire du jour date du 25 janvier 2003, lorsque, lors du dîner annuel du Crif, son président de l’époque, Roger Cukierman, a prononcé un discours dans lequel il accuse la LCR de faire partie d’un courant plus général, de gauche, peut-être antisémite, au moins antisioniste :

« Parallèlement [ à l’extrême droite ], se développe un courant d’extrême gauche, anti-mondialiste, anti-capitaliste, anti-américain, anti-sioniste. C’est une nouvelle cuisine qui nous mijote de vieux fantasmes dans une sauce à la mode, l’anti-sionisme. Israël, ce pays grand comme deux ou trois départements, serait le nœud des injustices de la planète. Et quelques lignes plus bas, Cukierman de dénoncer une « alliance brun-vert-rouge ».

L’anti-sionisme fédère ce courant qui s’étend des partis révolutionnaires tels Lutte Ouvrière et la LCR, à une fraction de l’extrême gauche. La bonne conscience de ce vaste ensemble est assurée par un vernis progressiste qui se prétend anti-raciste. »

« alliance brun-vert-rouge »

Le 27 janvier de la même année, le discours du Président du Crif est publié sur le site internet du Conseil. A deux reprises, la LCR demande au Crif de l’enlever. Mais rien ne bouge. Pour Alain Krivine, ex-président de la LCR, un procès s’impose donc. La Ligue dépose plainte avec constitution de partie civile pour injures envers un particulier ; contre Charles Musicant, qui dirige le site internet du Crif ; et contre Roger Cukierman. Elle réclame la suppression du texte du discours et un euro symbolique.

« Attaquer en justice n’est pourtant pas dans mes habitudes », affirme-t-il. « En cinquante ans de militantisme, ce n’est que la deuxième fois que je me retrouve à la barre ». Mais là, c’était impossible de laisser passer une accusation aussi grave, l’appartenance de la LCR à cette supposée « alliance brun-vert-rouge ». Pour la LCR, cela signifie que, selon le Crif, les Verts (les écologistes), et les rouges (les révolutionnaires) feraient alliance avec les bruns, c’est-à-dire les nazis.

L’accusation est, pour Alain Krivine – représentant de la LCR au procès –, totalement infondée. « La priorité de la LCR a toujours été la lutte contre le fascisme, l’antisémitisme, et le racisme. C’est la base de notre combat, » rappelle-t-il.

Et, quand on sait que la LCR a longtemps été vue, par la majeure partie de l’opinion publique, comme « un mouvement judéo-bolchévique » (Alain Krivine est Juif, Daniel Bensaïd est Juif…), l’accusation peut surprendre.

Krivine et son avocat, Maître Antoine Comte, dénoncent la façon dont le Crif « terrorise les opposants à la politique du gouvernement israélien ». Ils sont appuyés par trois témoins charismatiques. D’abord, entre le témoin Stéphane Hessel, fils d’un juif allemand « mort à cause des antisémites pendant la deuxième Guerre Mondiale », qui, longtemps, a travaillé aux Nations-Unies. Puis, c’est au tour de Gilles Lemaire, secrétaire national des verts en 2003, de venir témoigner. Lemaire était présent, comme de nombreux autres politiques, au fameux dîner du Crif. Auquel il avait d’ailleurs coupé court suite aux propos cinglants de Cukierman. Enfin, c’est au tour de Rony Brauman, ex-président de Médecin sans frontières (MSF), de répondre aux avocats de la partie adverse.

La France « Judéophobe », par François Léotard

Le Crif, lui, n’a qu’un témoin, François Léotard. Pour justifier la déclaration, injurieuse ( ?) ou diffamatoire ( ?) de l’ex président du Crif, Léotard revient, à l’image de l’avocat de Cukierman, Thierry Lévy, sur l’importance du contexte. Il met ainsi l’accent sur l’affaire Illan Halimi, sur les « Mort au Juifs » vus et entendus dans certaines manifestations auxquelles l’ « extrême gauche » participait, sur la médiatisation de Tarik Ramadan, et les accointances de Dieudonné à la fois avec l’extrême gauche et l’extrême droite. Puis, il ose affirmer que « ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est de la judéophobie ». Ajoutant : « Les Juifs ont été persécutés car ils n’avaient pas d’Etat. Aujourd’hui, ils le sont parce qu’ils ont un Etat. » Et de finir sur une phrase régulièrement formulée par les défenseurs du Crif tout au long de la scéance : « L’antisionisme deviendra le combustible de l’antisémitisme ».

Si on a bien tout compris, pour le Crif et ses défenseurs, critiquer la politique de l’actuel gouvernement israélien revient à être anti-sioniste et par la même quasi antisémite.

Le Tribunal a prévu de rendre sa décision le 9 octobre.

Lire le discours de Roger Cukierman, du 25 janvier 2003.

Sources
Bakchich

Posté par Adriana Evangelizt

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