Sarkozy maintient explicitement Carolis dans la loi audiovisuelle

Publié le par Adriana EVANGELIZT



Sarkozy maintient explicitement Carolis dans la loi audiovisuelle



Par Emmanuel Berretta



Cette fois, c'est écrit noir sur blanc : la version définitive du projet de loi audiovisuelle validée par Nicolas Sarkozy stipule de manière explicite le maintien de Patrick de Carolis lorsque la loi sera entrée en vigueur, le lundi 5 janvier prochain. Lepoint.fr s'est procuré l'intégralité du projet de loi transmis au Conseil d'État pour avis. Après nos révélations, l'article 22 a été rectifié de manière à lever la moindre ambiguïté : "Les mandats en cours des présidents des sociétés France Télévisions, Radio France et de la société en charge de l'audiovisuel extérieur ne ne sont pas interrompus du fait de l'entrée en vigueur de la présente loi."

La révocation par décret comme une épée de Damoclès

Ceci dit, cet article ne fait pas obstacle à ce que le président de la République mette en oeuvre, à tout moment, l'article 8 de la future loi : "Les mandats des présidents des sociétés France Télévisions, Radio France et de la société en charge de l'audiovisuel extérieur peuvent leur être retirés par décret, après avis conforme du Conseil supérieur de l'audiovisuel." Ce qui place clairement Patrick de Carolis dans la position d'un président sur un siège éjectacle, à la merci du moindre coup de tête de l'exécutif. Jean-Paul Cluzel, patron de Radio France, est moins concerné puisque son mandat arrive à échéance dès juin prochain. Il se murmure qu'il ne sera pas renouvelé. A-t-il démérité ? "Non, mais... pas assez en cours", glisse-t-on dans les allées du pouvoir. Méfions-nous des pronostics à huit mois de l'échéance...

Les commissions des affaires culturelles de l'Assemblée nationale et du Sénat peuvent toujours s'opposer au décret du chef de l'État (si plus des 3/5es de leurs membres se dressent contre sa volonté). Il faudrait pour cela que l'opposition (PS, PC, MRG et divers) soit unie et qu'en outre, une partie des parlementaires UMP se joigne à la gauche... Tout le monde conviendra que c'est assez illusoire sous la Ve République. Techniquement, ce contrepoids parlementaire ne figure plus dans le projet de loi audiovisuelle, car il sera traité dans les lois organiques mettant en oeuvre la réforme des institutions adoptée l'été dernier.

Le CSA, un maigre contrepoids

Quant à l'avis conforme du CSA requis par la loi, il n'y a pas de doute que Nicolas Sarkozy l'obtiendra sans difficulté. Les membres du CSA sont désignés par l'exécutif et le législatif. N'étant pas eux-mêmes élus par le peuple, ils n'oseront jamais se dresser contre la volonté d'un président de la République issu du suffrage universel. Ce n'est pas qu'une question de pleutrerie. Sur quel fondement démocratique pourraient-ils désavouer le chef de l'État désigné par des millions de Français ? Si bien que toutes les conditions seront bientôt réunies pour que Nicolas Sarkozy soit le big boss de l'audiovisuel public. Toute ressemblance avec un personnage existant, résidant de l'autre côté des Alpes, serait purement fortuite.

Bref, on comprend pourquoi le CSA demeure extrêmement silencieux depuis des mois alors que l'audiovisuel public est à feu et à sang sous les banderilles répétées du président de la République. En outre, le CSA a, chaque année, distribué un satisfecit à France Télévisions lors de son bilan annuel. Ce fut encore le cas, en juillet dernier, lorsque les Sages, dressant le bilan de France 2, ont salué "la poursuite du virage éditorial en soirée", "l'offre gratuite de sport la plus importante", "une offre d'information abondante", "l'amélioration de la lisibilité des programmes", "le respect marqué des obligations concernant les oeuvres audiovisuelles et l'accessibilité des programmes aux sourds et malentendants". On est loin des tirades sarkoziennes contre Julien Courbet et consorts... Ce serait presque de l'audace, voire un acte de rébellion, que de complimenter France 2 par les temps qui courent. D'ailleurs, au sein du CSA, tous n'étaient pas très chauds pour sortir ce communiqué qui risquait de déplaire au Château...

Sources
Le Point

Posté par Adriana Evangelizt

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