Prix Sakharov: l'Europe honore le dissident Hu Jia, Pékin est "fort mécontent"

Publié le par Adriana EVANGELIZT



Prix Sakharov: l'Europe honore le dissident Hu Jia, Pékin est "fort mécontent"


Le Parlement européen a décerné jeudi son Prix Sakharov pour la liberté de pensée au dissident chinois Hu Jia, à la veille d'un sommet Asie-Europe à Pékin et malgré des mises en garde de la Chine sur une détérioration des relations avec l'UE.

Le Prix est décerné à "Hu Jia au nom de tous les sans-voix de Chine et du Tibet", a souligné à Strasbourg le président du Parlement, Hans-Gert Pöttering.

Pékin a fait part aussitôt de son "fort mécontentement", affirmant cependant que cela n'affectera pas le sommet Asie-Europe (Asem), à Pékin. "Nous exprimons notre fort mécontentement envers la décision du Parlement européen d'accorder un tel prix, malgré nos démarches répétées, à un criminel emprisonné en Chine", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Liu Jianchao.

Hu, 35 ans, a été condamné en avril, à l'issue d'une journée de procès, à trois ans et demi de prison pour tentative de subversion pour des propos publiés sur internet et des entretiens accordés à la presse étrangère.

Il avait été arrêté après avoir participé en novembre 2007, via une téléconférence depuis sa résidence surveillée, à une réunion du Parlement sur les droits de l'Homme en Chine, en amont des Jeux Olympiques de Pékin, a précisé à l'AFP l'eurodéputée écologiste Hélène Flautre, qui l'avait présidée.

Hu est aujourd'hui, selon M. Pöttering, malade en prison où il lutte "seul" notamment contre une cirrhose du foie.

L'organisation Human Rights Watch a réagi en appelant Pékin à libérer immédiatement le dissident et à mettre un terme au "harcèlement et à la surveillance de sa femme Zeng Jinyan et de leur fille Qianci".

L'honneur fait à Hu jette de l'huile sur le feu des relations déjà tendues entre la Chine et l'UE, après les protestations à l'occasion de la sévère répression des émeutes de mars au Tibet, et la campagne des organisations non gouvernementales à l'occasion des JO de Pékin.

Le prix est en outre décerné à la veille de l'ouverture du sommet Asie-Europe (Asem) à Pékin, où sont attendus 43 chefs d'Etat et de gouvernement des deux continents.

Sur place, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a d'ailleurs assuré jeudi que "tous les sujets, y compris ceux qui sont parfois sensibles" comme les droits de l'Homme seraient discutés.

Peu avant l'annonce jeudi du Prix Sakharov, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a prévenu qu'"attribuer un prix à un tel criminel serait une ingérence dans la souveraineté judiciaire chinoise". Un avertissement similaire avait été déjà lancé à Pékin début octobre lorsque le nom de Hu Jia avait été cité parmi les possibles Prix nobel de la Paix.

La Chine a multiplié les pressions sur le Parlement européen, mais elles se sont avérées "contre-productives", a estimé une porte-parole de M. Pöttering.

Dans une lettre du 16 octobre dont l'AFP a obtenu copie, l'ambassadeur de Chine auprès de l'UE, Song Zhe, avait averti M. Pöttering que faire de Hu Jia le lauréat 2008 "heurterait inévitablement le peuple chinois et détériorerait sérieusement les relations entre la Chine et l'UE".

Les pressions chinoises ont été exercées "par lettre, par email, et ils ont même essayé par téléphone", a indiqué de son côté le chef du groupe libéral du Parlement européen, Graham Watson, l'un des nombreux destinataires de lettres.

Outre Hu Jia, l'opposant bélarusse Alexandre Kozouline et l'abbé congolais Abbot Apollinaire Malu Malu étaient en lice pour le prix Sakharov 2008.

Décerné par le Parlement européen, le Prix récompense depuis 20 ans des personnalités ayant marqué de leur empreinte le combat en faveur des droits de l'Homme.

La récompense sera solennellement remise à Strasbourg le 17 décembre lors de la session du Parlement, qui sera également l'occasion de célébrer les 20 ans de ce prix, qui a honoré notamment l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, la militante birmane Aung San Suu Kyi, et l'ex-secrétaire général de l'ONU Kofi Annan. Le prix est doté d'une somme de 50.000 euros.


Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

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