La justice suisse s'intéresse de près à Alstom

Publié le par Adriana EVANGELIZT




La justice suisse s'intéresse de près à Alstom


par Ram Etwareea

Le Temps



La filiale helvétique du géant français est soupçonnée d'avoir versé plus de 330 millions d'euros de pots-de-vin pour décrocher des contrats à l'étranger, notamment en Afrique.

Pourquoi, entre janvier 2001 et avril 2003, des sommes totalisant 1,2 million de dollars ont été versées par le biais de sociétés basées en Suisse et au Panamá sur le compte d'un fonctionnaire en Zambie ? Les hommes de loi d'Alstom (Suisse) ont refusé de répondre à cette question posée par les enquêteurs du tribunal pénal fédéral de Bellinzone [capitale du canton suisse italianophone du Tessin]. Ces derniers veulent savoir si la filiale suisse de la multinationale française a versé des pots-de-vin pour décrocher des contrats en Zambie, comme dans d'autres pays.

Cette enquête pour corruption contre Alstom, leader mondial de fabrication de centrales électriques et de trains (TGV et métro, dont la ligne M2 à Lausanne) a commencé en mai. Le 21 août, les limiers du Ministère public de la Confédération (MPC) ont perquisitionné simultanément plusieurs bureaux de l'entreprise, notamment à Baden, dans la région zurichoise, et en Suisse centrale. Un haut cadre responsable de l'audit a été arrêté. Des soupçons de gestion déloyale, de corruption et de blanchiment d'argent pèsent sur lui. De nombreux documents saisis indiquent que l'homme aurait graissé la patte des fonctionnaires dans divers pays pour remporter des contrats.

Dans un premier temps, les juges ont refusé de libérer le haut cadre, estimant qu'il pourrait interférer avec les témoignages. Ce dernier a toutefois retrouvé la liberté conditionnelle le 10 octobre sous le motif que "sa détention n'avait plus de raison d'être".

"Pour l'heure, il n'y a pas d'accusation contre le cadre d'Alstom", indique le MPC. Par contre, un verdict publié à la mi-octobre confirme de nombreux soupçons. The Wall Street Journal, qui suit de près les démêlés d'Alstom avec la justice, donne avec force détails certaines pratiques de la multinationale. Contacté par Le Temps, le porte-parole du groupe français insiste sur le fait qu'il ne s'agit que d'allégations contre le cadre arrêté. Il a aussi fait ressortir que le tribunal fédéral a donné gain de cause à Alstom concernant l'accès aux documents saisis en août. Selon les enquêteurs suisses, la filiale suisse d'Alstom consacre quelque 60 millions de dollars par an sous la couverture de "consultancy fees" [honoraires de consultants] à des intermédiaires à l'étranger. Dans l'ensemble, l'enquête porte sur des versements de 500 millions de francs suisses [333 millions d'euros], effectués à partir de la Suisse, et dont une grande partie est considérée comme suspecte.

Alstom est dans le collimateur de la justice dans une deuxième affaire de corruption. Cette enquête a été ouverte en janvier 2005. Dans ce cas, la justice suisse bénéficie de la collaboration d'enquêteurs français. Aucune accusation n'a été déposée à ce jour.

Sources
Courrier International 

Posté par Adriana Evangelizt
 

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