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Nous n'avons pas à être otage des autorités chinoises.
Le régime chinois veut imposer un rapport de force avec M. Sarkozy
Dans une décision spectaculaire qui met en relief les tensions accumulées entre la Chine et la présidence de Nicolas Sarkozy, Pékin a décidé d'annuler un sommet prévu le 1er décembre à Lyon entre l'Union européenne (UE) et la Chine, en pleine crise financière mondiale, alors que chef de l'Etat français s'apprête, le 6 décembre, à rencontrer le dalaï-lama à Gdansk, en Pologne. Le report jusqu'à une date non spécifiée de ce sommet auquel devait assister le premier ministre chinois, Wen Jiabao, intervient après plusieurs mises en garde adressées par le régime chinois à Paris, ces dix derniers jours.
L'annonce impromptue par M. Sarkozy, le 13 novembre, lors d'un discours, qu'il aurait "l'occasion de voir" le dalaï-lama le 6 décembre à Gdansk, en Pologne (lors d'une réunion de Prix Nobel autour de Lech Walesa), ainsi que son commentaire selon lequel "les Tibétains n'ont pas à souffrir de la répression et ont le droit à la liberté", seraient à l'origine de cette nouvelle détérioration dans la relation bilatérale. Les officiels chinois ont manifestement décidé d'en étendre les conséquences à l'ensemble de l'UE, présidée par la France, constatent des diplomates.
C'est de Bruxelles, et non de Paris, mercredi 26 novembre, qu'a été rendu public un communiqué annonçant l'annulation du sommet. La raison : l'Elysée, qui "regrette" la décision chinoise, et déclare "tenir plus que jamais au partenariat stratégique" avec Pékin, s'efforçait d'évacuer la dimension proprement franco-chinoise de cette déconvenue diplomatique, alors qu'un sommet bilatéral entre M. Sarkozy et Wen Jiabao était également prévu à Lyon. Les autorités chinoises, dit le communiqué, "ont motivé leur décision par le fait que le dalaï-lama effectuerait au même moment une nouvelle visite dans plusieurs pays de l'Union". Le chef spirituel tibétain est attendu notamment à Bruxelles la semaine prochaine.
L'annulation du sommet a placé les Français dans l'embarras vis-à-vis de
leurs partenaires européens, au moment où la Chine est plus que jamais courtisée pour une meilleure concertation internationale sur les
questions financières. "Les enjeux sont importants. Nous sommes stupéfaits que les Français n'aient pas mieux verrouillé auprès des
Chinois l'idée de cette rencontre de M. Sarkozy avec le dalaï-lama", a commenté, mercredi, une source
européenne.
INCOMPRÉHENSION
A Pékin, certains observateurs européens interprètent la décision chinoise avec un mélange d'incompréhension et de rancœur, estimant que le coup de colère en dit long sur la vision que se font les Chinois du reste du monde en général et de l'Union européenne en particulier : le principe de priorité, même à propos d'une question tibétaine particulièrement sensible pour la République populaire, aurait dû normalement faire passer les relations sino-européennes avant une irritation essentiellement dirigée contre la France.
Depuis la menace de M. Sarkozy de ne pas participer à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, en août, si un dialogue sino-tibétain n'enregistrait pas de "progrès", après les émeutes de Lhassa en mars, la relation franco-chinoise a été abîmée. Nicolas Sarkozy avait pourtant décidé de se rendre à Pékin et de ne pas rencontrer le dalaï-lama lors de sa visite en France, en août. Les responsables français avaient alors proclamé que la page était tournée sur des mois de tensions. Il aura suffi que M. Sarkozy annonce sa rencontre prochaine avec chef religieux tibétain pour que l'ire de Pékin soit rallumée.
Pour les dirigeants chinois, qui, selon des connaisseurs du dossier, sont parvenus à la conclusion que les choix de M. Sarkozy pouvaient fluctuer au gré des pressions qui s'exerceraient sur lui, le comportement du président français relève de l'impolitesse : il aurait dû y mettre les formes. Par le passé, d'autres dirigeants européens ont rencontré le dalaï-lama sans que cela occasionne des dégâts diplomatiques comparables. Pékin aurait senti dès novembre 2007 qu'il disposait d'un certain levier, lorsque M. Sarkozy avait renoncé à se faire accompagner en Chine par sa secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade.
Mais la mesure extrême que vient de prendre la Chine pourrait aussi refléter des dynamiques internes au régime, où les "durs", rétifs à trop d'ouverture envers les Occidentaux, apparaissent en position de force. L'affront chinois aux Européens pourrait ainsi recouvrir un message de fermeté plus large, au moment où les Etats-Unis sont en pleine transition politique.
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