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«Le gouvernement veut asphyxier l'hôpital pour favoriser le secteur privé»
INTERVIEW - Christophe Prudhomme, porte parole de l'Association des médecins urgentistes de France, détaille les motifs de la grève symbolique que ses confrères observent depuis ce matin.
Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au Samu de Seine-Saint-Denis, est le porte parole de l'Association des médecins urgentistes de France, qui compte 1.500 adhérents sur les 4.000 médecins urgentistes français. Pour liberation.fr, il détaille les motifs de la grève symbolique que ses confrères observent depuis ce matin. Grève symbolique car les patients sont reçus et soignés dans des conditions «normales».
En janvier dernier, vous vous étiez déjà lancés dans un mouvement similaire pour dénoncer la situation «intenable» des services d'urgence. Le 9 décembre, l'Assistance publique, toutes professions confondues, sera en grève. Rien n'a-t-il donc changé à l'hôpital?
Non, c'est plus simple que cela: la situation empire chaque jour davantage. C'est pourquoi nous lançons ce coup de colère. Cela craque de partout à l'hôpital. Un exemple. L'Observatoire européen est un organisme qui classe les pays en fonction de la qualité de leur offre de soin. Il y a deux ans, la France était au premier rang; là, on est au 10e rang. C'est dire si la situation s'agrave franchement.
Comment cela se fait-il?
Dans tous les pays où l'accès au soin est rendu de plus en plus difficile, le nombre d'appel aux urgences augmente, parce que les gens ne peuvent plus se payer des soins en dehors de l'hôpital. On a donc une surcharge de travail, alors que, parallèlement, les établissements publics sont dans une crise financière dramatique. On a face à nous des directeurs d'hôpitaux qui recherchent des économies partout.
C'est-à-dire?
Deux exemples. Ils veulent ainsi modifier notre décompte du temps de travail. Depuis 2003, nous avions la possibilité de calculer notre temps de travail en heures, et donc on acceptait que notre semaine fasse 48 heures. Là, on nous modifie le calcul, à savoir qu'on travaille dans certains hôpitaux en demi-journées. Ce qui équivaut à monter la semaine de travail à 60 heures.
Autre exemple: nous sommes confrontés à des suppressions d'unités de Samu (comme à Cherbourg). C'est-à-dire que dans les hopitaux où il y avait deux médecins urgentistes de garde en même temps (l'un présent à l'hôpital, l'autre en intervention avec le Samu), là il n'y aurait plus qu'un médecin au travail en permanence. C'est une régression en matière de la qualité de l'offre de soin.
Et là on considère que dans certains lieux du territoire français, on n'est plus en mesure d'assurer la sécurité de la population. Et il n'y a pas que nous qui le disons: les présidents des commissions médicales des hôpitaux (des enseignants en médecine, ndlr) ont écrit à Roselyne Bachelot pour protester contre l'asphyxie financière des établissements publics.
Comment cela se traduit-il en effectifs?
C'est simple: on va finir l'année avec 20.000 emplois en moins. A Nantes et au Havre, par exemple, il y a des bureaux de reclassements qui ont été ouverts dans les hôpitaux pour proposer des départs volontaires aux salariés. Comme cela se fait dans le privé pour éviter un plan social. C'est dire... Sans compter que dans les dix ans à venir, la moitié des salariés hospitaliers vont prendre leur retraite. C'est la génération du baby-boom. Vu comme c'est parti, on se demande bien quelle proportion sera remplacée.
Et sur le plan financier?
La Fédération hospitalière de France, c'est-à-dire les directeurs d'hopitaux et les présidents de conseils d'administration, organisme présidé par l'ancien ministre (PS) Claude Evin, considère que pour finir l'année les hôpitaux auraient besoin d'1 milliard d'euros. Si on n'est pas capables de les trouver, c'est choquant. Car dans le même temps, l'Etat est capable de trouver 15 milliards d'euros pour sauver Dexia).
Que tout cela vous inspire-t-il?
La logique du gouvernement actuel est la suivante: asphyxier l'hôpital pour favoriser le secteur privé. Et ainsi que le secteur public soit uniquement pour les pauvres. La loi que Roselyne Bachelot prévoit ne répond pas aux enjeux actuels. D'ailleurs, elle rencontre très peu de soutien, y compris à droite. Tout le monde a conscience du mépris affiché par le gouvernement pour tout ce qui concerne le secteur public, à l'image de Xavier Darcos pour l'Education nationale. Quant à la ministre de la Santé, ce qui l'intéresse, ce n'est pas la santé de l'hôpital, mais d'aller caresser la barbe du rugbyman Sébastien Chabal au Stade de France.
Sources Libération
Posté par Adriana Evangelizt
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