Qui peut sauver Villepin ?

Publié le par Adriana EVANGELIZT

L'affaire Clearstream n'est pas si claire que cela et il y a de fortes chances pour que Dominique de Villepin soit impliqué. Il ne faut pas se voiler la face. La seule personne qui peut le sauver de ce guêpier c'est Nicolas Sarkozy lui même en ordonnant de tout stopper. Il peut le faire. Là, il fait mariner DDV, et une fois le Premier Ministre au pied du mur, il peut apparaître comme son libérateur. Quelle victoire pour lui, on s'en doute. Mais il est aussi clair et net que Dominique de Villepin ne pourrait pas se présenter aux présidentielles...

En conclusion, je dirai, voilà où mène l'Ambition politique. Car si, dès le départ, ON savait que la liste était fausse et que Sarko n'était pas impliqué mais que l'ON a, malgré tout, voulu le compromettre, c'est moche comme méthode. Ce qui prouve bien que tous les coups sont permis pour abattre un adversaire, y compris la manipulation de la vérité et la fabrique de fausses preuves. C'est sans compter le manque d'anticipation de ceux qui ont fomenté ce coup. Connaissant la pugnacité de Nicolas Sarkozy, il n'allait pas rester sans rien faire, il y va de son honneur. Il veut que la vérité éclate au grand jour pour le laver de cette corruption qu'il n'a pas commise. Et sûrement que n'importe qui en ferait autant dans son cas. Nicolas Sarkozy va donc exploiter cette faille pour en tirer avantage au yeux du public et des futurs électeurs. Il apparaîtra comme la victime et les autres comme des coupables. Mais il peut, je le répète, sauver aussi celui qui désormais ne lui fait plus peur et peut-être même ce sont-ils mis d'accord là-dessus... tout est possible.

Le maintien de M. de Villepin à Matignon en question

par Hervé Gattegno, Béatrice Gurrey, Christophe Jakubyszyn et Philippe Ridet

Le premier ministre tente de sauver son poste. Dominique de Villepin a maintenant une hantise : devoir quitter Matignon sur une "affaire". "Partir il y a un mois sur le retrait du CPE aurait eu plus de panache", soupire désormais un de ses proches collaborateurs. Le scénario du départ forcé n'est donc plus du tout exclu par Matignon. Même si M. de Villepin, qui dénonce une manipulation à son encontre, a choisi de n'exclure aucune arme pour sa défense. Le premier ministre affirme qu'il ne s'opposera pas au travail de la justice, y compris une perquisition ou une demande d'audition.

Sa défense, telle qu'elle s'exprime dans le communiqué diffusé vendredi à midi par l'Hôtel Matignon, comporte cependant plusieurs points faibles. S'il réaffirme avoir demandé, au mois de janvier 2004 au général Philippe Rondot, alors conseiller au cabinet de Mme Alliot-Marie, de diligenter une enquête sur les listings de Clearstream, le premier ministre assure l'avoir fait dans le souci d'"éviter toute instrumentalisation ou manipulation politique, car des noms de personnalités avaient été cités dans la presse".

Ce point ne résiste pas à l'examen : les noms de personnalités - politiques et autres - ne commencèrent à être évoqués dans les journaux qu'après l'envoi des premières listes de comptes au juge Van Ruymbeke en avril 2004. L'autre point délicat réside dans la présence, lors de l'entretien entre M. de Villepin et le général Rondot, le 9 janvier 2004 au Quai d'Orsay, d'un troisième protagoniste : Jean-Louis Gergorin, dirigeant du groupe EADS et ami de longue date du premier ministre. A quel titre celui-ci assistait-il à la conversation ? M. de Villepin ne l'explique pas. Selon nos informations, le général Rondot affirme, dans une note classée secret défense du 19 octobre 2004, que c'est Jean-Louis Gergorin qui alerte M. de Villepin début 2004 de "l'affaire", alors que le général a déjà fait part à la ministre de la défense de ses "doutes" sur l'intégralité du listing de Clearstream.

Enfin, en certifiant n'avoir "jamais parlé de Nicolas Sarkozy comme possible bénéficiaire de comptes bancaires à l'étranger", le premier ministre ne conteste pas formellement que le nom du président de l'UMP ait été évoqué ce jour-là. La courte synthèse rédigée par l'ancien espion au sortir de la réunion du 9 janvier 2004 mentionne bien, elle, le nom de M. Sarkozy. Même si officiellement et par écrit, le général Rondot semble se contredire : "mes vérifications n'ont concerné que les personnes relevant, ou ayant relevé de la défense (à l'exclusion de tout homme politique)" affirmera-t-il le 19 octobre 2004 dans son compte rendu de mission.

Que peuvent faire les juges ? Compte tenu des nombreuses contradictions apparues entre les affirmations du premier ministre et la déposition du général Rondot, l'audition de M. de Villepin par les juges d'Huy et Pons paraît inéluctable. Dénués de toute immunité, les membres du gouvernement peuvent être entendus par la justice, à condition d'y avoir été autorisés par un décret pris en conseil des ministres. Si bien qu'une menace judiciaire s'ajoute à présent à la menace politique pour saper la position du premier ministre.

Les deux magistrats ont une deuxième possibilité : s'ils considèrent que des "présomptions" pèsent déjà sur M. de Villepin, ils peuvent choisir de le faire entendre en présence d'un avocat, sous le régime du "témoin assisté". Il faudrait alors qu'ils se dessaisissent au profit de la Cour de justice de la République, seule compétente pour examiner le cas des membres du gouvernement. Dans tous les cas, la demande d'audition du premier ministre ne devrait pas être immédiate. Logiquement, les magistrats devraient d'abord demander à réentendre les autres protagonistes, notamment Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud, cette fois-ci sous un statut plus contraignant que celui de simple témoin.

L'Elysée, forteresse assiégée. Rien de plus n'est sorti, vendredi 28 avril, de l'Elysée, qu'un communiqué sec, assurant que "le président de la République dément catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques dont le nom a pu être mentionné", après avoir rappelé son action pour "la moralisation des marchés internationaux et pour la lutte contre les réseaux mafieux". Une manière pour le chef de l'Etat de prendre date avec son premier ministre, s'il s'avère que celui-ci s'est prévalu d'une commande présidentielle pour faire enquêter sur Nicolas Sarkozy dans l'affaire Clearstream. Pour l'heure, le communiqué de l'Elysée est compatible avec la défense de Dominique de Villepin. Une habileté qui ne résout rien : Jacques Chirac, déjà affaibli par les crises successives du pays depuis un an, voit s'épuiser les solutions pour terminer convenablement son mandat. " Ils sont sonnés" raconte un parlementaire de l'UMP.

Nicolas Sarkozy arbitre du jeu. Le ministre de l'intérieur a lu l'article du Monde et les déclarations de Philippe Rondot, à l'assemblée territoriale de Corse où il effectuait une visite. Il hoche la tête et s'exclame : "Incroyable !". Interrogé par la presse, il fait une croix sur sa bouche pour signifier qu'il se contraint à une omerta. Dans les jardins de la préfecture, il explique : "Ce que j'avais à dire, je l'ai dit aux Français, à la télévision (jeudi soir). Ce que révèle Le Monde fait partie des éléments que la justice a en sa possession. Maintenant, c'est le moment de la justice. Ce qui compte, c'est que plus personne ne pense, aujourd'hui, que j'ai un compte à l'étranger."

Il passera ensuite son temps le portable à l'oreille, notamment lorsque le premier ministre l'appelle pour lui lire le communiqué qu'il va diffuser. Puis il glisse : "l'élection présidentielle est une longue aventure". Dans l'avion qui l'emmenait en Corse, Nicolas Sarkozy avait soufflé : "si je suis élu président, je l'aurai bien mérité." Un de ses collaborateurs, interrogé sur l'éventualité d'une audition du premier ministre par les juges, glisse : " Peut-être n'en aura-t-il même pas le temps", laissant supposer une démission rapide du premier ministre. De fait, le sort de M. de Villepin dépend beaucoup du président de l'UMP : "soit Sarkozy et la majorité tiennent bon et on passe la tempête, soit ils paniquent et on part" commente un membre de l'équipe gouvernementale. L'Elysée et Matignon guettent l'ambiance de la rentrée parlementaire de mardi.

Les spéculations de remaniement. Dominique de Villepin a beau ne "pas voir la nécessité" de remanier son gouvernement, dans Le Figaro du 29 avril, est-ce encore le sujet ? Les hypothèses de remplacement du premier ministre font le tour des cabinets ministériels. La ministre de la défense Michèle Alliot-Marie ? Trop au coeur de l'affaire Clearstream. Le ministre de l'emploi Jean-Louis Borloo ? Mais qui en veut à part lui-même ? Le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré ? Une provocation à l'égard de M. Sarkozy. Et le président de l'UMP lui-même ? Tout le monde y pense.

Sources : LE MONDE

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Villepin Sarkhozy

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