Derrière Clearstream, la guerre entre Villepin et Sarkozy

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Derrière l'affaire Clearstream, la guerre pour le pouvoir entre Villepin et Sarkozy

par Raphaëlle Bacqué et Philippe Ridet

Ce jeudi 27 avril, ils sont cinq autour de la table. Dominique de Villepin est venu avec son directeur de cabinet, Pierre Mongin, et son conseiller, Bruno Lemaire. Nicolas Sarkozy, avec son ami politique le plus fidèle, le ministre Brice Hortefeux. C'est l'un de ces étranges déjeuners entre gens qui se fréquentent, se mesurent et parfois se haïssent. Mais "l'atmosphère, assure sans sourciller M. Hortefeux, était détendue et chaleureuse". Depuis une semaine, la compétition acharnée qui oppose Dominique de Villepin à Nicolas Sarkozy a pris un tour violent avec les développements de l'affaire Clearstream. Alors, "détendue et chaleureuse"...

En tout cas, Clearstream est au menu. Depuis qu'il a appris, à l'été 2004, qu'un "corbeau" l'avait placé sur une liste de personnalités supposées détenir des comptes occultes à l'étranger, envoyée aux juges, Nicolas Sarkozy cherche tout haut "trois choses" : 1) Est-ce un coup monté ? 2) D'où vient-il ? 3) Est-ce une manipulation politique ? Depuis, il a quasiment répondu à ces questions en accusant Dominique de Villepin d'avoir, au minimum, cherché à exploiter l'affaire pour le déstabiliser, lui, le candidat à la présidentielle que la Chiraquie voudrait éviter. Lors du déjeuner, les cinq hommes ne parlent que de "ça". M. de Villepin jure qu'il n'est pour rien dans l'histoire, que l'enquête sur les listings du corbeau a d'abord été menée par Michèle Alliot-Marie. La veille, justement, avant le conseil des ministres, M. Sarkozy s'est durement expliqué avec la ministre de la défense. Sarkozy met en garde Villepin : mieux vaut faire toute la lumière entre nous et espérer que l'affaire s'arrête effectivement au ministère de la défense, comme l'assure le premier ministre.

"Atmosphère détendue et chaleureuse"... Depuis des mois, il est clair pour toute la droite que la bataille entre les deux hommes se déroulera jusqu'au dernier sang. Clearstream en est la démonstration la plus spectaculaire, mais elle n'est pas le seul motif. Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin se battent pour la conquête de la présidence de la République en 2007, mais aussi la vengeance d'un passé qui, depuis l'affrontement fratricide Chirac-Balladur, douze ans plus tôt, les a déjà opposés dans leurs rôles de stratèges respectifs des deux candidats.

Depuis 2002, et plus encore depuis que Dominique de Villepin croit pouvoir être le dauphin de Jacques Chirac, les deux hommes cherchent à s'éliminer. "Villepin aime Sarkozy faible, Sarkozy ne peut supporter un Villepin fort", résume un ministre. Déjà, lors de la guerre Chirac-Balladur, ils se sont aiguisé les dents l'un contre l'autre. Villepin, alors directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères Alain Juppé, observait Sarkozy de son bureau du Quai d'Orsay, bien décidé à faire mordre la poussière à celui qu'il appelait "le roquet". M. Sarkozy, lui, a sans doute longtemps sous-estimé les ambitions et la dangerosité politique de M. de Villepin. Mais les deux hommes ont ensuite choisi de mettre leur mouchoir sur cette bataille. Et c'est Villepin qui a réintroduit Sarkozy dans le cercle élyséen en 1999.

La lune de miel aura été de courte durée. Dès la réélection de Chirac en 2002, M. de Villepin conçoit l'ambition d'être bientôt premier ministre et, sans doute, de tenter sa chance à l'Elysée. En attendant, il obtient de M. Chirac de remplacer Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur, en 2004, et déclenche la vraie guerre. Leur bataille porte sur tout : les arbitrages budgétaires, les choix politiques, la stratégie "vendue" régulièrement au président de la République. Au lendemain des élections régionales de 2004, alors que Dominique de Villepin fait mine de plaider pour une éventuelle nomination de Nicolas Sarkozy à Matignon, celui-ci grince devant ses conseillers : "C'est pour mieux me griller."

"ÇA Y EST ! ON LE TIENT !"

Quand l'affaire Clearstream commence, avec la publication d'un article dans Le Point, en juillet 2004, Sarkozy, qui n'a rompu avec aucun de ses réseaux dans la police et le renseignement, soupçonne Villepin de le faire surveiller. M. de Villepin, lui, exulte devant le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin : "Ça y est ! On le tient !", dit-il de Sarkozy. Le 15 octobre 2004, les deux rivaux ont une explication sur Clearstream dans le bureau de Villepin, place Beauvau, en présence du directeur de la DST, Pierre Bousquet de Florian. Dominique de Villepin en sort en pensant "avoir dissipé tout malentendu". Sarkozy, lui, reste convaincu que des choses restent cachées, et que le directeur de cabinet de Villepin, Pierre Mongin, l'a fait écouter sur sa vie privée.

Un an plus tard, lorsque Nicolas Sarkozy revient au ministère de l'intérieur, en juin 2005, il explique : "Je serai mieux protégé au ministère de l'intérieur que par les permanents de l'UMP." Quelques semaines plus tard, lorsque sa femme Cécilia le quitte, on lui rapporte chaque jour que Villepin se réjouit devant ses interlocuteurs de ses malheurs conjugaux. Pendant l'été 2005, Sarkozy, qui ne pense plus qu'à Clearstream, dira - selon Franz-Olivier Giesbert dans La Tentation du président (Grasset) : "Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher !" La nomination de Villepin à Matignon va encore exacerber la bataille. Ni la crise dans les banlieues ni les manifestations contre le CPE ne peuvent détourner les deux hommes de leur compétition. Nicolas Sarkozy a prévenu ses proches : "Entre lui et moi, ce sera une lutte jusqu'à ce que mort s'ensuive."

Sources : LE MONDE

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Villepin Sarkhozy

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Jacques 03/05/2006 18:03

Fabius a bien réussi à sortir sans aucun dommage de l'affaire du sang contaminé (là aussi grâce à un joli tour de passe passe.)  , alors pourquoi pas Villepin dans ce procès ?

Olivier mr 03/05/2006 15:23

Adrianna evangelitz , tu attends des preuves de l'innocence? tu pars donc du principe que quelqu'un est présumé coupable jusqu'à preuve du contraire...
Je me demande quelle morale et quel homme politique t'inspire pour nier ainsi la présomption d'innocence. Sûrement pas un grand homme...

ESOPE 03/05/2006 13:23

AIDE A LA REFLEXION...
 
Athènes florissait alors sous des lois justes :
 

L'excès de liberté vint troubler la cité ;
 


La Licence
rongeait le vieux frein d'autrefois.
 

Des partis factieux conspirèrent alors,
 

Le tyran Pisistrate occupa le palais :
 

Les Athéniens pleuraient leur triste servitude ;
 

Il n'était pas cruel, mais on trouve bien lourd
 

Un joug tout inconnu ; tous alors de se plaindre.
 

Ésope leur conta la fable que voici :
 

Les grenouilles errant libres dans leurs marais
 

À grands cris réclamaient à Jupiter un roi
 

Qui réprimât leurs mœurs dissolues par la force.
 

Le roi des dieux sourit, puis leur jette un bâton ;
 

Celui-ci en tombant bruyamment dans l'étang,
 

Troublant ses eaux, fit peur à l'engeance craintive.
 

Comme il restait longtemps prisonnier de la vase,
 

L'une s'en vient, sans bruit, sort la tête de l'eau,
 

Observe bien le roi, appelle ses compagnes.
 

Elles oublient leur peur, accourent à la nage ;
 

La troupe sans respect grimpe sur le bâton ;
 

Après l'avoir souillé de multiples outrages,
 

D'envoyer chez Jupin chercher un autre roi :
 

Celui qu'elles avaient leur semblait inutile.
 

Alors il leur envoie une hydre aux dents cruelles
 

Qui les dévore à tour de rôle ; en vain, sans forces,
 

Elles essaient de fuir : la peur les rend sans voix.
 

En secret donc Mercure est chez Zeus dépêché,
 

Pour qu'il les vienne aider. Mais le dieu leur répond :
 

« Vous n'avez pas voulu garder votre bon roi,
 

Supportez le méchant. » Vous aussi, citoyens,
 

Tolérez votre mal, de peur qu'en vienne un pire.


comprenne qui voudra...ESOPE

Olivier mr 02/05/2006 21:46

ça me rappelle l'affaire Baudis , et le rôle de la presse et de certains politiques , tout fiers d'épingler baudis, qui brandissaient  comme sûr de chez sûr les témoignages des autres accusés dans l'affaire.
Là c'est pareil , tout est bien instrumentalisé et les médias tournent à plein régime. Certains vont pourtant déchanter.

Adriana EVANGELIZT 03/05/2006 09:11

Et bien nous attendons des preuves de l'innocence de Monsieur de Villepin. Ce qui en haut lieu n''est jamais difficile à fabriquer. On sait comment fonctionne le monde.

Jacques 02/05/2006 18:06

Sarkozy  n'a pas vraiment l'envergure d'un homme d'Etat et cette affaire le prouve bien. Un homme d'Etat doit savoir garder une certaine distance avec les évènements pour mieux évaluer la situation. Ce que Sarkozy est incapable de faire.
Il développe une paranoïa aigue , et cela au détriment de l'UMP, de la France et des Français. Qu'il laisse faire la justice et qu'il arrête de sans cesse se poser en victime. Il n'est pas le seul à avoir été l'objet d'enquêtes. 
Je comprends qu'il soit parano, car la trahison , il connaît , c'est vrai notamment avec l'épisode balladur , où ça ne le génait pas , pour des ambitions personnelles de soutenir un candidat  au détriment de son parti, le R.P.R.
Sarkozy commence à agacer beaucoup de monde à droite , par son attitude. Il nuit à l'UMP et qu'il continue dans cette voie , et l'on en observera les premiers effets dans les prochains sondages.

Adriana EVANGELIZT 03/05/2006 09:14

Je suis d'accord avec vous, on sait là aussi où son ambition le mène et ce n'est pas fini. C'est d'ailleurs ce qui le perdra.
Adriana Evangelizt