Le plan de relance n’empêchera pas la récession en France

Publié le par Adriana EVANGELIZT



Le plan de relance n'empêchera pas la récession en France


par Hugo Lattard


Le plan de relance de 26 milliards d'euros, adopté vendredi matin en conseil des ministres, ne permettra pas d'éviter la récession, estime l'Insee, dans ses dernières prévisions de conjoncture.

Le conseil des ministres, vendredi matin, a adopté plusieurs textes contenant les mesures du plan de relance de l’activité. Ces textes seront soumis, dès le 5 janvier prochain, à l’examen parlementaire. Le 4 décembre dernier, Nicolas Sarkozy avait dévoilé les grandes lignes de ce plan destiné à enrayer la récession, en s’appuyant fortement sur l’investissement public. « On investit 26 milliards, dont 75% dans l’année qui vient », a rappelé vendredi Patrick Devedjian, le ministre chargé de la relance.


« On espère gagner de l’ordre de 1% (de croissance) puisqu’on injecte plus de 1% d’investissement et de trésorerie dans les entreprises ou d’anticipation sur le RSA », a abondé son collègue du budget, Eric Woerth. Christine Lagarde, la ministre de l’économie, a indiqué qu’elle escomptait toujours, en 2009, une croissance comprise entre 0,2% et 0,5% du PIB.


Ce n’est pas ce qu’estime l’Insee. Vendredi, l’institut de la statistique a livré ses dernières prévisions de conjoncture. « Au quatrième trimestre 2008 et 2009, l’activité devrait reculer nettement dans les pays industrialisés. Début 2009, la quasi-totalité de ces pays seraient ainsi en récession. L’économie française n’y ferait pas exception », écrit l’Insee. Même en tenant compte du plan de relance.


L’économie française va d’abord connaître un très fort coup d’arrêt au 4e trimestre 2008. De 0,8%, prédit l’Insee. Ce repli sera suivi d’une nouvelle baisse de l’activité au 1er trimestre 2009, de 0,4%. Notamment à cause de l’effondrement de la production industrielle, dû en particulier au recours au chômage technique, dans l’automobile, pour voir se dégonfler les stocks. Selon l’institut, ce mouvement de déstockage va amputer le PIB de 0,4%.


Néanmoins, le plan de relance va permettre de limiter la casse. « Au deuxième trimestre 2009 », observe l’Insee, « la baisse de l’activité pourrait être en partie atténuée (-0,1%) grâce aux premiers effets du plan de relance et sous l’hypothèse que l’action vigoureuse des banques centrales et des Etats de par le monde se révèle efficace pour apaiser les tensions financières ». La hausse des investissements publics prévue par le plan (Etats, collectivités locales, entreprises publiques), va permettre de prendre le relais des entreprises et des ménages, qui souffrent de perspectives de demande médiocres et de mauvaises conditions de financement.


Il reste que « d’ici la mi-2009, l’activité économique serait en net repli », avertit l’Insee. Avec trois trimestres consécutifs de contraction du PIB, ce qui signifie immanquablement une récession. Et ce d’autant que l’acquis de croissance pour l’année 2009 à l’issue du 2e trimestre serait nettement négatif (-1,1%). Pour éviter la récession sur l’ensemble de l’année, « il faudrait que la France enregistre une croissance de 1,4% pour chacun des deux derniers trimestres de l’année », explique Eric Dubois, le chef du département conjoncture de l’Insee, cité par l’AFP. Autrement dit, mission quasi impossible, n’en déplaise à Christine Lagarde. Mais « s’il faut faire plus, il faudra faire plus », a assuré la ministre, qui n’exclut donc pas de nouvelles mesures.


La principale conséquence sera la poursuite de la dégradation sur le marché du travail. « L’emploi se replierait au total de près de 100.000 postes au second semestre 2008 puis de près de 170.000 postes au premier semestre 2009 », prévient l’Insee. La destruction de plus de 210.000 postes dans les secteurs marchands non agricoles serait légèrement compensée par le recours aux contrats aidé, le gouvernement ayant décidé d’en signer 100.000 de plus l’an prochain. Au sens du BIT, le taux de chômage pour la France métropolitaine s’établirait en moyenne à 8% du PIB au 2e trimestre 2009.


Economiste de la BNP Paribas, Frédérique Cerisier ne pense pas, non plus, que le plan de relance permette d’éviter la récession. Son scénario est même plus pessimiste. Il table sur « une récession plus longue » que celui de l’Insee, qui laisse augurer un possible retour dans le vert dès le 3e trimestre 2009. Si le plan, appuyé sur des grands travaux, « représente un vrai soutien à l’activité, il ne pourra pas le faire aussi vite », considère-t-elle : « La décision d’allouer les crédits n’implique pas que l’on va lancer les chantiers suffisamment tôt ».


Certes, l’Insee prévient que, compte tenu de la masse des incertitudes, ses prévisions sont à hauts risques. Beaucoup dépendra de l’évolution des tensions financières, au gré de la valeur des actifs bancaires. De même que joueront les plans de relance, en fonction de leur ampleur. Tout particulièrement celui adopté aux Etats-Unis par l’administration Obama. Selon le Wall Street Journal, vendredi, son ardoise se situerait entre 675 et 850 milliards de dollars (470 et 590 milliards d’euros).


Les autres motifs d’espérer sont à chercher du côté de la décrue des prix. La forte baisse des cours du pétrole, de même que ceux des matières premières et des denrées alimentaires, vont entraîner un reflux généralisé de l’inflation. L’Insee fait le pari que le prix du baril ne repassera pas les 50 dollars d’ici 2010, et qu’en juin 2009, la hausse des prix sur un an ne dépassera pas les 0,3%. Ce qui permettrait de libérer du pouvoir d’achat si les consommateurs, compte tenu des aléas entourant la situation économique, n’en profitaient pas pour augmenter leur épargne de précaution. Selon l’Insee, au 2e trimestre de l’an prochain, le taux d’épargne devrait monter à 16,2%.

Sources
L'Expansion

Posté par Adriana Evangelizt

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