Vouloir donner une leçon au Hamas est une grande erreur

Publié le par Adriana EVANGELIZT



Vouloir donner une leçon au Hamas est une grande erreur



par Tom Ségev historien israélien.



Texte publié par le quotidien Haaretz. Traduit de l'anglais par Edith Ochs.



La chaîne israélienne Channel 1 a diffusé un montage intéressant samedi matin. Ses correspondants se trouvaient à Sderot et à Ashkelon, tandis que les images sur l’écran provenaient de la bande de Gaza. Ainsi, involontairement, l’émission envoyait le bon message : un enfant à Sderot est le même qu’un enfant à Gaza, et quiconque fait du mal à l’un ou à l’autre est un individu malfaisant.


Mais l’attaque contre Gaza n’appelle pas, d’abord et avant tout, une condamnation morale. Elle exige quelques mises au point historiques. La justification qu’on en donne et les cibles choisies sont un remake des mêmes a priori fondamentaux qui se sont révélés erronés tour à tour. Cependant, Israël continue de les sortir de son chapeau encore et encore, une guerre après l’autre. Israël frappe les Palestiniens pour «leur donner une leçon». C’est un leitmotiv qui a accompagné l’entreprise sioniste depuis ses débuts : nous sommes les représentants du progrès et des lumières, d’une rationalité distinguée et de la morale, tandis que les Arabes sont une foule primitive et violente, des enfants ignorants qu’il faut éduquer, auxquels il faut enseigner la sagesse par la méthode, bien sûr, de la carotte et du bâton. Tout comme le paysan avec son âne. Le bombardement de Gaza est également censé «liquider le régime du Hamas», conformément à un autre lieu commun qui a accompagné le mouvement sioniste dès le départ. Il est possible d’imposer une direction «modérée» aux Palestiniens, une direction qui renoncera à promouvoir leurs aspirations nationales. Par ailleurs, Israël a aussi toujours cru que la souffrance des civils palestiniens amènerait nécessairement ceux-ci à se dresser contre leurs leaders nationaux. Cette supposition s’est révélée fausse à chaque fois. Toutes les guerres d’Israël reposent sur un autre a priori qui nous a accompagné, là encore, depuis le début : nous ne faisions que nous défendre. «Un demi-million d’Israéliens sont sous le feu de l’ennemi», hurle un bandeau à la une du quotidien Yedioth Ahronoth, comme si la bande de Gaza n’avait pas été soumise à un siège prolongé qui a détruit les chances de toute une génération de mener une vie qui vaut la peine d’être vécue.


Il faut reconnaître qu’il est impossible de vivre sous le feu de missiles quotidiens, même s’il n’y a pratiquement aucun endroit au monde aujourd’hui où la terreur soit réduite à zéro. Mais le Hamas n’est pas une organisation terroriste qui tient les habitants de Gaza en otage : c’est un mouvement religieux nationaliste. Une majorité de Gazaouis croit à cette voie. Certes, on peut l’attaquer et avec les élections à la Knesset en perspective, cette attaque pourrait même amener une sorte de cessez-le-feu. Mais il y a une autre vérité qui vaut la peine d’être rappelée dans ce contexte : depuis l’aube de la présence sioniste sur la terre d’Israël, aucune opération militaire n’a jamais fait progresser le dialogue avec les Palestiniens.


Le plus dangereux de tout, c’est le cliché selon lequel il n’y a personne avec qui discuter. Cela n’a jamais été le cas. Il y a même des moyens pour parler avec le Hamas, et Israël a quelque chose à offrir à cette organisation. Mettre fin au siège de Gaza et permettre la liberté de mouvement entre Gaza et la rive ouest pourraient réhabiliter la vie dans la bande de Gaza.


En même temps, cela vaut la peine de dépoussiérer d’anciens projets élaborés au lendemain de la guerre des Six Jours, d’après lesquels des milliers de familles devaient être réimplantées de Gaza sur la rive ouest. Ces projets n’ont jamais été mis en œuvre parce que la rive ouest a été programmée pour recevoir des implantations juives. Et ce fut l’hypothèse de travail la plus préjudiciable de toutes.

Sources
Libération 

Posté par Adriana Evangelizt  

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