Le congrès du Parti communiste français révèle un état de crise avancé

Publié le par Adriana EVANGELIZT



Le congrès du Parti communiste français 

révèle un état de crise avancé



Par Francis Dubois et Pierre Mabut



Le 34e congrès du Parti communiste français (PCF) s’est tenu du 11 au 14 décembre dernier à la Défense (Hauts-de-Seine). La principale tâche des 873 délégués était officiellement l’élection pour trois ans d’une nouvelle direction et le vote d’un programme majoritaire. Dans l’actuel contexte politique en France cependant, et étant donné la crise dans laquelle se trouve ce parti, ce qui préoccupait clairement les délégués était son avenir et son existence mêmes.


Le PCF est sur le point de scissionner. Lors de l’élection présidentielle de 2007, la candidate de ce parti, Marie-George Buffet avait obtenu, avec 1,93 pour cent des suffrages, le score le plus bas de son histoire. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le PCF était le plus grand parti politique français ; en 1969, le candidat stalinien Jacques Duclos avait encore obtenu 21,3 pour cent des voix. Grâce aux listes communes établies avec le Parti socialiste, le PCF put obtenir quelque 3 pour cent des voix lors des dernières élections municipales.


Un autre signe évident de la crise du PCF est l’état dans lequel se trouve son quotidien, l'Humanité. Ce journal qui est confronté à la faillite financière interrompit sa publication pendant plusieurs jours en août dernier, malgré le fait qu’il dépende fortement du soutien financier capitaliste et de celui de l’Etat français.


Depuis la dernière élection législative, le groupe parlementaire du PCF fonctionne en tant que Groupe de la Gauche démocratique et républicaine, avec la participation de députés écologistes.


A la fin du congrès, Buffet a été réélue pour son quatrième mandat en tant que secrétaire nationale. Une majorité de délégués a décidé de reconduire l’actuelle direction, considérant que c’était le meilleur et l’unique moyen de maintenir le parti en tant qu’organisation plus ou moins unifiée. Buffet a obtenu 68,7 pour cent des voix des délégués, un vote en baisse par rapport aux 91 pour cent qu’elle avait obtenus il y a deux ans. Sa rivale la plus proche, Marie-Pierre Vieu, qui est soutenue par les « communistes unitaires » a obtenu 16,4 pour cent. André Gérin recueillait 10,2 pour cent des voix et Nicolas Marchand 5,6 pour cent, ces deux derniers étant considérés comme des staliniens « orthodoxes ». Quelque 7 pour cent des délégués se sont abstenus.


Buffet reste à la direction du parti en tant que secrétaire nationale de transition après avoir exprimé son intention d’abandonner ce poste dans deux ans. Une nouvelle direction « collégiale » comportant six à huit membres sera nommée pour faciliter la transition. Ce collège sera dirigé par le successeur présumé de Buffet, l’actuel directeur de rédaction de l'Humanité, Pierre Laurent.


La motion présentée par Buffet et adoptée par le congrès est un document destiné tout d’abord à garder toutes les tendances, si possible, sous un même toit. Sous le vague titre « Vouloir un monde nouveau, le construire au quotidien », la motion affirme le besoin de « changement » et d’une organisation rajeunie et plus large mais, sous pression des défenseurs de l’identité stalinienne du parti, elle laissa tomber l’appel à une « métamorphose » du parti.


Parmi les formules mises en avant au congrès il y avait : « ouvrir grandes les portes du PCF, rajeunir le PCF à tous les niveaux » et « la priorité est d’ouvrir le PCF à tous ceux qui veulent un parti combatif contre Sarkozy et un parti rassembleur à gauche pour créer une majorité [parlementaire] ». Buffet proposa d’engager « de profondes transformations » dans le parti, mais rejeta l’idée de constituer « un autre parti aux contours incertains ».


Cette motion qui est un document typiquement stalinien, contient une molle critique du capitalisme mais n’envisage même pas une réorganisation socialiste de la société. L’introduction déclare : « Nous, communistes, fondons plus que jamais notre engagement sur la nécessité de dépassement de ce système capitaliste et de toutes les aliénations du monde actuel, nous sommes à un moment charnière… Nous engageons donc avec ce congrès un important travail de refondation de nos analyses, de notre projet, de l’avenir de notre part. » Le soin de faire toute cette soi-disant refondation fut laissé à une commission qui doit être établie afin d’initier un travail de réflexion.


Elle conserve la rhétorique nationaliste du stalinisme français. Elle accuse ainsi la politique du président français, Nicolas Sarkozy, de « [faire] mal à notre peuple, [elle] abîme notre pays et ses atouts, dégrade son rayonnement. L’avenir de la France est en jeu ». La participation du parti au gouvernement dirigé par le Parti socialiste jusqu’en 2002 et sa propre complicité dans la situation actuelle n’est nulle part considérée.


Voilà des décennies que le parti stalinien français, déchiré par des conflits de courants et de tendances, est en déclin. De nouveaux signes d’éclatement apparurent à la veille de ce dernier congrès. Robert Hue, le secrétaire national du PCF jusqu’en 2002 et candidat à l’élection présidentielle de la même année, a décidé de quitter le Conseil national du parti parce que celui-ci n’était « plus réformable ».


Lors du vote des motions par les membres du PCF avant le congrès, la motion de Buffet « Vouloir un monde nouveau, le construire au quotidien » n’obtint que 55,3 pour cent des votes des adhérents (68,7 pour cent de la part des délégués au congrès). Seule la moitié des 79 000 membres à jour de leur cotisation ont voté pour les trois documents en lice, 9,2 pour cent ayant voté blanc ou nul.


Quelque 24 pour cent votèrent pour le texte d’André Gérin: « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». Gérin, qui est député de Vénissieux, une banlieue industrielle de Lyon, défend un mélange de stalinisme orthodoxe et de chauvinisme français de droite. Sa tendance a poussé directement sur le terreau nationaliste du stalinisme français.


En 2006, Gérin a appelé à une unité avec l’UMP (Union pour un Mouvement populaire), le parti droitier du président Sarkozy, pour combattre le manque de civisme chez les jeunes qui sifflent l’hymne national français pendant des matchs de football. Dans une lettre adressée au club de football Paris-Saint-Germain, il écrit que « ces questions fondamentales d’insécurité et de mise en cause des fondements de la République » exigent une « résistance républicaine pour montrer à notre peuple que les forces politiques de gauche et de droite sont décidées à partager le même diagnostic. Il ne devrait pas y avoir de place à la polémique politicienne et électoraliste. »


Quinze pour cent des membres votèrent pour la résolution « Renforcer le PCF, renouer avec le marxisme » présentée par le groupe « La Riposte » (qui a ses origines dans le groupe opportuniste de Ted Grant en Angleterre), qui s’affirme vaguement et faussement trotskyste. « La Riposte » nie avec véhémence vouloir le départ de Buffet en tant que secrétaire nationale. Ce groupe appelle à une reconstruction du PCF sous prétexte qu’il s’y trouve encore un certain potentiel « marxiste ». Cette loyauté opportuniste ne fut pas récompensée par la direction Buffet par l’attribution de sièges au nouveau Conseil national. On accorda à toutes les autres factions quelques sièges en proportion du soutien qu’elles obtinrent au congrès.


La tendance des « refondateurs », connue sous l’appellation « Communistes unitaires » dont un des chefs de file est Pierre Zarka, ancien directeur de la rédaction de l’Humanité, et qui préconise une union (peut-être hors du PCF actuel) avec le nouveau Parti de la Gauche du social-démocrate Jean-Luc Mélenchon, ne présenta aucun texte lors du vote précédant le congrès. Au lieu de cela, cette tendance organisa un meeting séparé le 13 décembre, sous le slogan « qui se ressemble se rassemble ». Zarka, dont le groupe comporte d’anciens ministres du gouvernement Jospin comme Jean-Claude Gayssot, accusa le document majoritaire (Buffet) d’être un « gage » aux « conservateurs dans le parti. »


La crise de l’organisation stalinienne française a une importance particulière pour l’élite dirigeante. A chaque moment critique, depuis la Deuxième Guerre mondiale, ce parti a joué un rôle vital dans le maintien de l’ordre bourgeois.
Immédiatement après la guerre, il a désarmé la classe ouvrière, étranglé une vague de grèves et participé au premier gouvernement De Gaulle. Durant la décennie suivante, il a soutenu l’impérialisme français contre les soulèvements anti-coloniaux tout en aidant à réprimer la grève générale de 1953. En Mai-Juin 1968, il a à nouveau sauvé De Gaulle et, au long des années 1970, 1980 et 1990, les staliniens ont formé avec le Parti socialiste de François Mitterrand une des principales coalitions de gouvernement du capitalisme français.


La capacité du PCF à contrôler la classe ouvrière a été essentielle pour l’élite dirigeante française pendant plus de 50 ans. A travers son influence dans le principal syndicat français, la CGT (Confédération générale du Travail), elle a joué un rôle décisif, en étranglant l’opposition au gouvernement et permettre ainsi la poursuite des attaques de Sarkozy.


Dans des conditions de tensions sociales et politiques explosives, il règne une inquiétude au sein de l’élite dirigeante quant au sort du PCF qui, après tout, était pour elle un adversaire idéal. Son congrès a eu lieu au milieu d’une réorganisation frénétique de toutes les forces qui constituent le flanc gauche de l’establishment politique.


La LCR (Ligue communiste révolutionnaire) d’Alain Krivine et d’Olivier Besancenot met en place un Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), abandonnant son adhésion, toute verbale, au trotskysme. Mélenchon, qui est membre du Sénat, a quitté le Parti socialiste et fondé avec un millier de partisans son propre Parti de la Gauche, imitant le parti La Gauche en Allemagne. Et le PT (Parti des travailleurs) de feu Pierre Lambert s’est transformé en POI (Parti ouvrier indépendant) dans une tentative d’attirer des fonctionnaires municipaux sociaux-démocrates.


Le PCF a l’intention de jouer un rôle de premier plan dans cette réorganisation de la « gauche ». De là ses tentatives de former de nouvelles alliances, tout en préservant sa propre organisation. Sur le plan politique, toutes les factions staliniennes restent orientées vers une alliance avec le Parti socialiste qui, à son tour, a créé un modus vivendi avec la présidence droitière de Sarkozy.


Des représentants de l’ensemble la « gauche » étaient invités au congrès du PCF. Parmi ceux qui étaient présents, il y avait Cécile Dufflot, la dirigeante des Verts, Georges Sarre du bourgeois Mouvement républicain et citoyen, Claude Bartelone du Parti socialiste et un proche allié de l’ancien premier ministre Laurent Fabius; Alain Krivine et Jean-Philippe Divès de la LCR, Clémentine Autain, une conseillère municipale apparentée PCF qui rejoint le NPA de Besancenot et la porte-parole de Lutte ouvrière, Arlette Laguiller.


Etaient également présents un nombre d’adhérents du mouvement anti-mondialisation Attac ainsi que des partisans du leader paysan et activiste anti-mondialisation José Bové. Certains comme Mélenchon, Autain et Divès prirent directement la parole au congrès.


La présence « fraternelle » de toutes ces tendances au congrès stalinien montre qu’il n’existe pas de différences politiques fondamentales entre elles. Ils participent tous à l’établissement de nouveaux mécanismes politiques à gauche et dont la bourgeoisie française a absolument besoin pour contrôler la radicalisation en marche de la classe ouvrière.


A la fin de la conférence, Buffet lança un appel à ses anciens partenaires gouvernementaux du le Parti socialiste et d’autres partis « à gauche » pour former un « front progressiste pour la défense des libertés et de la démocratie ». Il y avait le « besoin de nous retrouver sur des fronts de lutte » dit-elle. Buffet a déjà passé un accord avec le Parti de Gauche de Mélenchon en vue d’une campagne commune aux élections européennes de 2009. Ce nouveau parti a de toute évidence eut un écho favorable dans une partie du PCF qui lui réserva généralement un bon accueil.


(Article original paru le 10 janvier 2009)

Sources
WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Sarkozy et la gauche

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