Des milliers de manifestants contre les suppressions de postes dans l'Education

Publié le par Adriana EVANGELIZT




Des milliers de manifestants contre les suppressions de postes

dans l'Education



Par Antoine Lerougetel et Senthooran Ravee


21 janvier 2009


Jusque 60 000 personnes, lycéens de tous âges, enseignants du primaire et du secondaire et bon nombre de parents, ont manifesté le 17 janvier dans toute la France contre les coupes budgétaires dans l’Education nationale. Quelque 13 500 postes d’enseignants seront supprimés en 2009 après les 11 500 suppressions de 2008. D’ici 2012 ce seront plus de 80 000 postes qui auront disparu.


Les manifestations avaient été appelées par un collectif de syndicats enseignants, d’organisations de parents d’élèves et d’associations de soutien à l’Education et elles étaient soutenues par les syndicats lycéens et étudiants.


A Paris, quelque 8000 personnes ont défilé derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire, « L’Ecole n’est pas une charge à réduire, c’est un investissement pour l’avenir. » A Lyon, il y avait 8000 manifestants, 2500 à Nantes ainsi qu’à Bordeaux.


La participation à ces manifestations, faisant suite à une série de journées d’action bien espacées organisées par les syndicats depuis la rentrée de septembre, était nettement en baisse. Le 20 novembre, des centaines de milliers d’enseignants avaient fait grève et manifesté. Le 18 décembre, après des manifestations de masse de lycéens dans toute la France durant des semaines de protestation, quelque 180 000 avaient défilé dans les rues.


Les dirigeants syndicaux ont essayé d’expliquer cette baisse de la participation à la manifestation du 17 janvier en affirmant que les gens se réservaient pour le 29 janvier. Ce jour-là aura lieu une journée d’action organisée par tous les syndicats afin de protester contre les effets de la récession : les licenciements, les fermetures d’entreprises, le déclin du niveau de vie et les attaques sur les services sociaux. Les syndicats prétendent aussi que la décision du gouvernement de reporter la réforme des programmes du lycée, comprenant une réduction des heures d’enseignement des matières clés, et quelques autres concessions mineures ont émoussé le mouvement.


Ces déclarations cherchent à dissimuler le fait que tous les appels à l’action organisés par les syndicats le sont dans le but de faire retomber la pression et de provoquer une usure du mouvement. La décision des syndicats de l’enseignement d’attendre jusqu’au 17 janvier, et de toutes les confédérations syndicales de repousser au 29 janvier un mouvement plus large, avait pour dessein d’isoler le mouvement des lycéens qui allait s’intensifiant.


A la suite des révoltes massives des jeunes en décembre dernier en Grèce, provoquées par la mort par balle d’un lycéen de 15 ans Alexandros Grigoropoulos, les gouvernements européens craignaient que le « syndrome grec » n’embrase la jeunesse de l’Europe toute entière, confrontée à des situations similaires. Le gouvernement français s’est senti obligé de faire quelques concessions minimes.


Un reportage du Monde daté du 5 janvier donne une idée de la situation objective poussant le mouvement des lycéens en France. Intitulé « Les jeunes, premières victimes de la crise sociale de 2009 », il cite Philippe Askenazy, directeur de recherches au CNRS, Ecole d’économie de Paris, qui a dit, « On connaît les premières victimes de ce grand nettoyage dans les missions d'intérim : les jeunes, vivier privilégié du travail temporaire. »


Annie Jeanne, présidente de Association nationale des directeurs de Missions locales (ANDML) a fait remarquer, « Nous en voyons de plus en plus franchir les portes de nos missions locales. En plus des jeunes qui cherchent à s'insérer et qui souffrent beaucoup en cette période de crise, nous voyons des moins de 25 ans qui étaient parvenus à une situation professionnelle quasiment stable grâce à l'enchaînement des missions d'intérim — ce qui leur permettait de payer un loyer, d'être autonome — et qui se retrouvent maintenant sans travail. »


Askenazy a ajouté, « Aujourd'hui, le gouvernement devrait avoir plus peur des jeunes que des ouvriers. Et réfléchir à ce qui s'est passé en Grèce. »


Le Monde
rapporte que « L'OCDE [Organisation de coopération et de développement économique] avait prévu mardi que le taux de chômage en France en 2009 grimpe à 8,2 pour cent de la population active, et à 8,7 pour cent en 2010. Jusqu'à présent, la remontée du chômage touche les jeunes et les intérimaires "mais elle va probablement prendre un caractère plus généralisé dans un avenir proche", souligne l'OCDE. »


Il est frappant de voir que les tracts et la documentation pour les manifestations de janvier ne font quasiment pas référence à la crise économique qui s’aggrave rapidement en Europe. Cette crise a plongé la France en récession avec une augmentation mensuelle record du nombre de chômeurs qui s’élève à 49 000 pour le mois d’octobre, ce qui porte le total national à plus de 2 millions.


Lors des manifestations de Paris et d’Amiens, des équipes du World Socialist Web Site ont distribué un tract intitulé « Une réponse socialiste aux attaques de Sarkozy et de Darcos sur l’Education. » Cette déclaration faisait remarquer, « Ces attaques sont provoquées par la crise économique la plus importante depuis la grande crise économique des années 1930 et représentent la faillite sans précédent du système capitaliste. Les jeunes et les travailleurs luttent contre ces attaques. »


La déclaration ajoute, « Les 360 milliards d’euros fournis pour renflouer les banques françaises et le plan de relance de l’économie de 26 milliards d’euros sont des tentatives de redonner vie au capitalisme français, mais redonner vie au capitalisme ne peut se faire qu’en augmentant brutalement l’exploitation de la classe ouvrière. »


La déclaration explique que de telles attaques sont en train de se produire partout dans le monde. Ce sont partout les mêmes forces motrices qui impulsent l’intensification du militarisme impérialiste et des guerres de conquête visant à accaparer les ressources matérielles, et dans lesquelles l’impérialisme français et européen est entièrement impliqué ou bien dont il est complice — en Irak, en Afghanistan et à Gaza.


La déclaration met en garde, « Les syndicats et les partis de "gauche" collaborent quotidiennement avec Sarkozy. Ils ne font aucune référence sérieuse, voire même aucune référence, à la crise économique car cela impliquerait de remettre en cause le système lui-même et les relations confortables qu’ils entretiennent avec les grandes entreprises et l’Etat capitaliste. »


« Sauvons l’Ecole publique »


Les manifestants parisiens ont défilé derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Sauvons l’Ecole publique. »


Une enseignante de lycée portait une pancarte disant, « L’école selon Sarkozy et son ministre Darcos : poste supprimés, journées surchargées, école cassée, élèves en danger, parents écartés, école maternelle ridiculisée, avenir menacé, classes bourrées. Défendons notre école publique, laïque et gratuite dans tous les quartiers de France.

Sauvons l’Ecole de la réussite pour tous. »


D’autres pancartes disaient, « La droite casse tout : la gauche s’en fout ! » « Parents en colère » « l’égalité des droits, c’est l’école pendant l’école » et « Parents, enseignants, ensemble sauvons l’école publique. »


Nos reporters se sont entretenus avec des manifestants à Paris. L’un d’entre eux a dit être membre d’une organisation de gauche, demandé un tract et dit, « Je lis votre site, il est très intéressant et vous produisez de très bons documents de théorie marxiste et des déclarations fondées sur des principes. Vous êtes très justes et forts en politique. »


Ambroise, élève du Lycée Le Kremlin-Bicêtre a dit, « Nous devons montrer que nous sommes avec la classe ouvrière. Nous devons tous nous rassembler et faire chuter le gouvernement. Plus les choses vont mal dans le monde et plus elles vont mal en France. »


John, étudiant en première année s’est plaint que, « Ces suppressions de postes imposent bien évidemment un travail beaucoup plus dense aux professeurs, notamment imposent aussi des heures supplémentaires, ce qui baisse la qualité de leur travail et donc de leur disponibilité envers nous, les élèves. »


Guillaume, lycéen parisien a expliqué, « Déjà on est à 35 élèves dans notre classe, c'est déjà dur parce que dans la classe le prof ne peut pas s’occuper de 35 élèves, alors 40 à 45, c'est pas possible. Il y a un lien entre ces réformes et la crise financière. La crise financière fait chuter complètement l’économie et les suppressions de postes sont un moyen de récupérer de l’argent. »


Il a parlé d’une expérience où des lycéens s’étaient fait attaquer par les CRS et les syndicats d’enseignants n’étaient pas venus à leur aide. « On est quand même jeunes, on ne sait pas tout, on a besoin d’aide de la part de gens expérimentés. Il faut nous unifier avec la classe ouvrière et les jeunes en Europe, en fait dans le monde. Nous avons des intérêts communs. »


A Amiens, le WSWS a parlé avec Lucas, Zoé et Luc lors de la manifestation. Ils sont élèves du lycée Robert de Luzarches.


Lucas a dit, « Nous manifestons contre les suppressions de postes d’enseignants. Cela fait partie de toute une attaque néolibérale sur les acquis sociaux. »


Zoé a ajouté, « Sarkozy ne va pas cesser ses attaques. C’est un dialogue de sourds. Il va peut-être ralentir les attaques mais pas les arrêter. Avec la crise, on va être une génération qui va avoir un moins bon avenir que nos parents. On voit des gens avec des croix gammées. Les gens devraient s’intéresser à l’histoire. Nous avons eu des cours d’histoire sur la crise de ’29, la montée d’Hitler, la Seconde Guerre mondiale, mais on ne nous a pas montré les liens, l’importance pour aujourd’hui. Les gens doivent s’en rendre compte. »


Elle a poursuivi, « Il n’y a pas de parti politique chez les lycéens pour aborder les questions politiques. Les lycéens sont contre ce qui se passe mais ils n’ont pas d’idéologie. »


Luc a acquiescé. « C’est mal vu de parler politique au lycée. On dit que si les lycéens s’intéressent à la politique, ils sont manipulés. Mais la politique permettrait aux lycéens de réfléchir et l’Etat ne veut pas cela. Avec la réforme des lycées Darcos veut supprimer des heures d’histoire-géo. C’est nécessaire pour la réflexion. La crise de ’29 a eu des conséquences. Cela pourrait se reproduire. »


(Article original anglais paru le 20 janvier 2009)


Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Résistance

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