François Bayrou: «PS, UMP : le gang des hypocrites»

Publié le par Adriana EVANGELIZT


On pose juste après un extrait du livre de François Bayrou -Abus de Pouvoir- et pour ceux que cela intéresserait un lien où vous pourrez lire le livre...




«PS, UMP : le gang des hypocrites»



Par CHRISTOPHE FORCARI, PASCAL VIROT



A quinze jours des élections européennes, François Bayrou, président du Modem, dénonce «les attitudes de compères» du PS et de l’UMP. Tout en rappelant que «la présidentielle est la seule élection qui peut vraiment changer les choses».

Quel est l’enjeu, pour vous, de ce scrutin européen ?

Il n’y a dans cette élection qu’un seul enjeu : notre modèle de société. La réponse dépend en même temps de choix nationaux, faits en France, par les gouvernants, et des décisions prises dans le cadre européen. L’un ne va pas sans l’autre. J’assume donc de parler France et Europe en même temps. Et je combats toute personne qui veut déraciner l’Europe de la France.

Et quels sont vos objectifs ?

Nous en avons deux. D’abord, que s’impose une vision dynamique et exigeante de l’Union européenne. Nous ne devons pas accepter la stagnation dans laquelle nous nous trouvons, où chacun tire la couverture à lui. L’Europe, c’est une démarche coopérative associant des pays et des peuples. Et cette démarche doit se faire autour d’un projet de société, pas d’un marché. Deuxièmement, cette Europe doit devenir l’affaire des citoyens et pas seulement de quelques initiés. Pour cela, j’ai proposé deux choses. Qu’aucune décision européenne ne puisse être prise sans un débat préalable, lancé publiquement au moins trois mois à l’avance. Et que toute délibération impliquant les gouvernements soit rendue publique, pour qu’on ne puisse plus dire à Paris «c’est la faute à Bruxelles», alors que le gouvernement a toujours donné son accord.

Pourquoi essayez-vous à tout prix de vous démarquer du PS et de l’UMP ?

L’UMP et le PS, leurs équivalents européens, le PPE et le PSE, font mine d’être en désaccord. En réalité, à Bruxelles, ils jouent ensemble. Ils se répartissent les postes derrière le rideau. Par exemple, Barroso ne pourrait pas être renommé si le gouvernement français et les gouvernements socialistes européens ne s’étaient pas entendus pour le faire. Comment les socialistes français peuvent-ils dire «stop Barroso» en France et se taire à Bruxelles quand leurs amis le soutiennent ? Je suis contre ces gangs d’hypocrites.

Aujourd’hui, vous êtes au centre de la campagne. Pourquoi cette focalisation ?

Lorsque vous êtes la cible d’attaques générales, cela signifie une seule chose : que vous êtes entendu par les citoyens, que vous êtes en train de changer le paysage et les rapports de force. Tous ceux qui tiraient profit des rapports de force antérieurs vibrent aujourd’hui comme un essaim d’abeilles. Avant, c’était facile : le PS recevait automatiquement les voix perdues par la droite. Et réciproquement. Donc personne n’avait besoin de changer. Il suffisait d’attendre. C’est ce temps-là qui est derrière nous. Une offre politique nouvelle apparaît, parfaitement identifiée par les électeurs. Ils voient très bien ce que les appareils politiques refusaient jusqu’à maintenant de voir. Nous défendons des idées équilibrées mais nous refusons les accommodements de confort, les ententes, les attitudes de compères.

Jusqu’à quand ? Pour arriver au pouvoir, il faut nouer des coalitions…

Nos institutions n’ont qu’un avantage : elles permettent d’éviter les manœuvres. On se présente au premier tour devant le peuple et c’est lui qui choisit les protagonistes du second. La sélection au premier tour, le rassemblement au second, se font sur les bases les plus transparentes. C’est donc après que le peuple a tranché que vient le temps des majorités nouvelles. Le choix que je défends depuis longtemps est que cette majorité de reconstruction devra, le jour venu, être pluraliste et associer des sensibilités différentes. Je n’aime pas la République inféodée à un seul parti.

Mais pour accéder au second tour, il faudra bien que vous élargissiez votre électorat et, encore plus, pour obtenir une majorité à l’issue de ce duel ?

Elargir et rassembler, c’est une obligation. Mais il ne faut pas le faire en perdant ses repères et ses lignes de force. Je choisis de parler à tout le monde, pas aux appareils, mais aux citoyens. Les électeurs socialistes, les gaullistes, ne me sont pas étrangers. Je ne les regarde pas comme adversaires. Je connais leurs valeurs et leur histoire. J’essaie simplement de montrer à chacun ce que nous avons en commun en conduisant le combat républicain contre les dérives que la France subit tous les jours. C’est du Mitterrand, allez-vous me dire. Je ne trouve pas la comparaison injurieuse. Cependant, il y a une chose qui différencie ma démarche de la sienne. Quand les militants de la gauche chrétienne l’ont rejoint, il a dit : «Qu’ils viennent mais qu’ils veuillent bien laisser leurs armes et leurs bagages au vestiaire.» Je pense au contraire que les républicains de traditions différentes, pour construire l’alternance, devront venir, sinon avec leurs armes, du moins avec leurs bagages, en assumant leur histoire, leurs valeurs. La République et la démocratie à restaurer sont faites pour eux tous. C’est leur maison.

Leur lancez-vous un appel ?

Ni appel ni OPA. La question n’est pas celle des états-majors, elle est celle des citoyens. Le mot-clé de ma démarche, c’est le pluralisme. Je combats le bipartisme. Si les Français n’ont que les bulletins UMP et PS devant eux, il y a de quoi entrer en dépression. La France est plus diverse et plus riche que cela. Je veux non seulement défendre le pluralisme mais le garantir sur le long terme. Le pratiquer en assumant nos différences. C’est pourquoi je récuse l’alignement genre «programme commun» des années 70.

Vous pensez que le pluralisme est en danger…

Il aurait sûrement été en danger si la force de renouvellement que nous portons n’était pas intervenue.

Que répondez-vous à l’accusation «d’obsession présidentielle» ?

Il y a deux choses derrière cette accusation, une fausse et une vraie. Une chose fausse consiste à penser que j’aurais la bêtise de passer ma vie en me rêvant à l’Elysée. C’est idiot. Ma vie ne se limite pas à la politique. Et je sais que le pouvoir ne rend pas nécessairement heureux. Mais ce qui est vrai, c’est que la présidentielle est la seule élection qui peut vraiment changer les choses sans être obligé de prêter à des accommodements. C’est donc le grand rendez-vous du peuple français.


Sources Libération

Publié dans François Bayrou

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