Européennes: l'abstention, probable traduction de la crise économique le 7 juin

Publié le par Adriana EVANGELIZT




Européennes: l'abstention, probable traduction de la crise économique

 le 7 juin



La crise et son lot de plans sociaux pèseront-ils sur le scrutin européen du 7 juin? L'abstention, qui s'annonce historiquement forte, pourrait bien être la première traduction dans les urnes de l'inquiétude économique et sociale.


Caterpillar, Molex, Continental, autant de noms qui, parmi d'autres, incarnent depuis plusieurs mois la crise et résonneront à leur manière lors du choix des députés européens, selon plusieurs analystes interrogés par l'AFP.


"Le premier effet de la crise, et de très loin, sera sur la participation. On s'achemine vers une abstention qui pourrait atteindre 60%, voire 65%", estime ainsi Jean-François Doridot, de l'institut de sondage Ipsos.


Selon lui, "le niveau de mobilisation est très faible, il a tendance à baisser et cela est directement lié à la crise. Ce scrutin n'est pas la préoccupation des Français". Et ce phénomène n'est pas propre à l'Hexagone, précise-t-il.


Ce scrutin est vécu comme "une incongruité" en cette période de difficultés, analyse François Miquet-Marty, de Viavoice, en particulier chez les populations les plus confrontées à la baisse du pouvoir d'achat et à la hausse du chômage.


Même sentiment exprimé par Jérôme Fourquet d'Ifop: "La crise provoque un désintérêt par rapport aux débats politiciens, notamment chez les jeunes et les milieux populaires, qui sont les plus touchés".


Il envisage lui aussi un taux d'abstention record, autour de 62, 63%.


Si le scrutin européen rencontre si peu d'écho chez les électeurs, c'est aussi parce que l'Europe n'est pas vécue "comme un levier pour résoudre les difficultés", observe M. Miquet-Marty.


L'Europe "protectrice" ne convainc pas. Même si le discours, à droite comme à gauche, prend en compte la forte demande en ce sens, avec les termes de "bouclier social", "protectionnisme européen", "cette thématique a du mal à s'incarner dans du concret", explique M. Fourquet.


Pourtant, selon un récent sondage de Gallup Organization, 61% des Français estiment que face à la crise financière et économique, appartenir à l'Union européenne est plutôt un atout.


Un paradoxe ? Jérôme Fourquet relève que la crise financière et économique a légitimé la monnaie unique.


"Même si une majorité de Français accuse l'euro d'être responsable de la hausse des prix, ils ont aussi pris conscience que sans la monnaie unique, ce serait probablement pire", dit-il.


Selon ces analystes, en dehors de l'abstention, la crise aura aussi des répercussions dans les choix partisans.


Tous soulignent que même si l'UMP, seule liste de soutien au président Nicolas Sarkozy et à sa politique, arrive en tête et obtient autour de 25%, elle n'aura reçu qu'une faible adhésion des Français.


Pourtant, selon Jérôme Fourquet, la présidence de l'Union européenne, au deuxième semestre 2008 en plein tourbillon financier, a été ressentie plutôt positivement par les Français, Nicolas Sarkozy donnant "une image de volontarisme".


Mais l'effet se mesurera aussi à gauche. La crise pourrait "donner une prime à la gauche de la gauche" (NPA, Front de gauche) qui remet en cause plus radicalement le système économique, estime François Miquet-Marty.


Selon M. Doridot, "le PS ne répond pas aux inquiétudes" et la gauche risque une dispersion de ses voix vers "la gauche plus radicale" et "l'écologie".


En outre, la contestation de la gestion présidentielle de la crise n'est plus l'apanage du seul PS, observe Jérôme Fourquet, en citant le MoDem de François Bayrou.

 
Sources AFP

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