Obama en campagne dans le monde arabe

Publié le par Adriana EVANGELIZT

 

 



Obama en campagne dans le monde arabe



 

 

Le président américain amorce mercredi soir en Arabie saoudite une tournée qui sera marquée par un grand discours, jeudi au Caire, en direction des musulmans.

C'est une «conversation» peu ordinaire qui va s'engager cette semaine entre l'homme le plus puissant de la planète et plus d'un milliard de musulmans. Depuis l'époque de sa campagne électorale, Barack Hussein Obama, chrétien, métis, mais fils d'un musulman du Kenya, a lentement mûri le projet de s'adresser aux peuples d'islam pour regagner leur cœur et entreprendre de tisser une nouvelle relation entre eux et l'Amérique, après des années de frustrations et d'incompréhension.


L'heure est venue. Jeudi, entre les murs accablés de chaleur de l'université du Caire, qui le reçoit avec la participation de l'université islamique al-Azhar, puissance co-invitante, le président Obama prononcera un discours très attendu à l'attention des opinions publiques musulmanes, avant de gagner l'Europe pour des visites du souvenir hautement symboliques au camp de Buchenwald en Allemagne, puis au cimetière de Colleville en Normandie. Il veut effacer le grand malentendu de l'époque de l'administration précédente qui en était venue à confondre trop souvent islam et terrorisme islamiste. Il a toujours pensé que le choc des civilisations n'est pas inéluctable. Il l'a déjà dit lors de son discours d'investiture, puis dans une interview à la chaîne al-Arabya et dans son adresse devant le Parlement turc en avril. Il va le répéter haut et fort pour tenter d'apaiser cette haine de l'Occident qui agite le Moyen-Orient, notamment sa jeunesse, cible privilégiée de son appel au dialogue. «Obama veut convaincre la rue musulmane que l'Amérique a changé, il estime que le terrorisme islamique est une question cruciale pour la sécurité nationale, qui va bien au-delà de la question du conflit israélo-palestinien», décrypte un diplomate français.

 

Tensions avec Israël

 

Malgré l'intense ballet diplomatique qui a précédé le voyage, nul ne s'attend à des annonces politiques majeures sur l'épineuse question du conflit israélo-palestinien. Mais le président, persuadé que le dossier est crucial pour l'avenir, devrait insister sur la nécessité urgente de mettre fin à la colonisation israélienne dans les Territoires occupés et exprimer son soutien à la création d'un État palestinien vivant en paix au côté d'Israël. Les dernières semaines ont vu la relation américano-israélienne se tendre au fur et à mesure qu'Obama accentuait sa pression sur le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, qui ne semble pas pressé de céder. «Les Américains ne vont pas aller jusqu'au clash et à des sanctions comme l'avait fait Bush père. Obama va devoir suivre une voie étroite pour donner des gages aux opinions arabes sans s'aliéner son allié stratégique israélien. Il estime que le moment de lui tordre le bras n'est pas encore venu», suggère le diplomate français.


Barack Obama a choisi de se rendre à Riyad avant de rejoindre Le Caire pour son discours. Dans un cas comme dans l'autre, ce n'est pas un hasard. L'Arabie saoudite et l'Égypte sont des piliers de l'équilibre régional, tous deux étant très impliqués dans les initiatives de paix israélo-palestiniennes. Le président américain entend bien leur demander de s'engager plus avant pour relancer aussi la négociation israélo-arabe et initier une forme de dégel politique. Riyad pourrait par exemple être invité à accorder des visas à des ressortissants israéliens ou à ouvrir un dialogue commercial avec Israël.


L'Iran,
où se déroule une élection présidentielle le 12 juin, et avec lequel Obama tente toujours d'ouvrir une nouvelle forme de dialogue, devrait être aussi, en filigrane, l'un des grands thèmes du discours du Caire. Ce week-end, l'éditorialiste du Washington Post semblait déceler «dans l'air» des grandes villes iraniennes un vent de changement propice que le discours présidentiel américain pourrait gonfler encore. C'est la première fois que trois des quatre candidats à la présidentielle sont favorables à un renouveau des relations avec l'Amérique. Nombre d'observateurs restent toutefois circonspects, jugeant qu'une percée sur le front iranien comme israélo-palestinien reste tributaire de facteurs régionaux, dont Obama aura bien du mal à changer la donne, en tout cas à court terme. «C'est le moment de la phase de jardinage de la diplomatie, celle qui consiste à semer des graines et à enlever les mauvaises herbes, plutôt que celle des plans ambitieux qui suscitent trop d'attentes», avertissait par exemple dimanche Jim Hoagland dans le Post. L'opération séduction de la rue arabe en fait partie.

Sources Le Figaro

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