Le droit de la force l'emporte sur la force du droit

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Le droit par la force, on sait d'où ça vient. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe dans le monde.

"Le droit de la force l'emporte sur la force du droit"


par Jean-Claude Amara,
porte-parole de l'association Droits Devant!!


Dix ans après l'évacuation de l'église Saint-Bernard, quel est le bilan ?

- Les 300 sans-papiers ont tous été régularisés, mis à part sept ou huit cas. A l'époque, certains avaient été expulsés. Ils ont été régularisés, une fois revenus. Certains restent mobilisés pour défendre ceux qui vivent une situation similaire aujourd'hui, mais ce n'est pas la majorité. Ils ont pour la plupart repris leur vie courante, un quotidien ordinaire bien mérité. Pour ce qui est des personnalités, il faut bien admettre que beaucoup ne sont plus présentes aujourd'hui. D'une part il y a ceux qui nous ont quitté définitivement comme Léon Schwartzenberg ou Maître François Breteau. Puis il y a tous les autres, cinéastes, artistes, intellectuels, découragés par les remakes incessants de Saint-Bernard. Pour mobiliser sur la durée, il faut un leader tel Léon Schwartzenberg.

N'assimile-t-on pas trop vite la situation de Cachan, où l'essentiel sont des mal logés ou sans logement avec les occupants de l'église saint-Bernard, qui étaient tous des sans papiers ?

- Oui, c'est certain. Même s'il y a davantage de sans-papiers à Cachan qu'on ne le pense.  Une cinquantaine a été arrêté, mais plusieurs dizaines d'autres sont passés à travers les mailles du filet. Il y a cependant, dans leur revendication, beaucoup de points communs. C'est le combat contre la pauvreté et pour l'égalité des droits. Ce qui se passe est à l'inverse de ce que cherchait Monsieur Sarkozy. Il n'a pas anticipé le regard de l'opinion sur Cachan. Un regard aussi sensible que sur Saint-Bernard. On observe une capacité à mobiliser, ainsi qu'une réelle détermination de ces personnes, jugées inutiles. Les français réalisent, eux, que depuis dix ans, les divers ministres de l'Intérieur qui se sont succédés n'ont pas réglé le problème de ces personnes qui souffrent. Ils n'ont fait que se passer la patate chaude, sans prendre de mesures adaptées comme en Italie par exemple. Le fait de stigmatiser une partie de la population n'apporte rien.

Les solidarités observées s'expliquent selon vous par le contexte actuel (circulaire sur les expulsions d'enfants scolarisés, squat de Cachan)...

- Le ministre de l'Intérieur actuel n'a visiblement pas tiré les leçons de Saint-Bernard.
Au lieu de soulager les souffrances, les camps de rétention, les charters surchargés, il instrumentalise les sans-papiers pour arriver en tête à l'élection de 2007. Les lois sont de plus en plus restrictives. Le droit de la force l'emporte sur la force du droit. Il veut monter les gens les uns contre les autres. Or, on observe la résurgence des solidarités qui avaient disparu. D'un côté, Monsieur Sarkozy a lâché quelques miettes en annonçant la régularisation de 6.000 sans-papiers sur 30.000 demandes. Du fait des critiques de Le Pen et de Villiers, il est obligé de durcir sa politique. Il craint l'extrême droite tout en faisant son jeu, car on préfère toujours l'original à la copie. Les sans-papiers représentent 450.000 personnes en France qui travaillent, consomment et produisent. Il s'agit d'appliquer une politique de l'humain plutôt que de chercher à diviser. D'autant qu'à Cachan, la détermination est la même qu'à Saint-Bernard

Propos recueillis par Bernard Javet
(le mercredi 23 août 2006)
 

Sources : Nouvel Observateur

Posté par Adriana Evangelizt

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