LE POETE A MATIGNON

Publié le par Adriana EVANGELIZT

LE POETE A MATIGNON

 

 

La «nouvelle impulsion» promise par le président Jacques Chirac au soir du référendum sur la Constitution européenne a un visage: Dominique de Villepin. C'est à cet homme réputé flamboyant que Chirac a remis les clés du gouvernement tout en réintroduisant au sein de celui-ci le très ambitieux Nicolas Sarkozy.

Jean-Pierre Raffarin a écopé. Après avoir mené une campagne jugée désastreuse, il a été «démissionné» par le chef de l'État, qui vient d'offrir la porte de Matignon à un de ses deux «fils préférés», l'autre étant Alain Juppé. Des portraits que tracent les principaux quotidiens de la capitale, on retient que le trait politique dominant de sa personnalité tient en deux mots : gaulliste classique.

À l'instar du fondateur de la Ve République, Villepin éprouve du dédain pour la chose économique. Il va pourtant devoir s'y frotter dès la formation de son cabinet. En effet, les nouvelles qui émanent de ce front sont plus mauvaises que celles attendues ou souhaités. On résumera le tout ainsi : les caisses de l'État sont vides. C'est un peu gros, mais bon... Selon les calculs de l'OCDE, la croissance du PIB de la France devrait se fixer aux environs de 1,5 % cette année. C'est maigre, très maigre, pour remonter le moral d'un pays à la santé économique si chancelante que cela a justement convaincu une majorité de ses citoyens de rejeter le traité.

Il n'a pas la fibre économique et n'a guère celle du parlementarisme. C'est en effet un secret de Polichinelle que Villepin ne cache guère son mépris pour les députés. Ceux-ci le lui rendent bien, notamment le patron des élus UMP, soit... Nicolas Sarkozy, qui raille fréquemment ce trait de Villepin ou, plus exactement, le fait que celui-ci n'a jamais tenté de se faire élire au suffrage universel à un quelconque poste.

C'est d'ailleurs pour combler en partie ce handicap que Chirac avait décidé d'envoyer Villepin au ministère de l'Intérieur afin qu'il prenne le pouls de la France profonde après avoir fréquenté les salons feutrés et aristocratiques du ministère des Affaires étrangères. C'est là, on s'en souvient, que le lyrique Villepin a séduit une frange importante de l'électorat français à la faveur de sa prestation à l'ONU. Mais c'est également là qu'il s'est fait certains ennemis avec lesquels il va maintenant devoir composer. On pense à ces chefs de gouvernement européens échaudés justement par cette prestation, notamment le britannique.

Chef de l'UMP, Nicolas Sarkozy est parvenu à imposer sa présence au poste de numéro deux du gouvernement. Il aura le titre de ministre d'État et devrait probablement hériter du portefeuille de l'Intérieur. Lorsqu'on songe à l'interdit décrété par Chirac selon lequel le patron du parti ne peut pas être ministre, on ne peut que conclure que les relations entre ces deux responsables doivent être exécrables.

Ici et là, on murmure que Chirac espère que le compulsif et impatient Sarkozy se brûle les ailes d'ici le déclenchement de la course à la présidence pour laisser place à son favori. On est en tout cas certain que lorsque le dernier droit avant la campagne se présentera, Sarkozy démissionnera pour partir à l'assaut de l'Élysée. Pour cela, il dispose de deux avantages sur Villepin. En plus de disposer d'un instrument politique, l'UMP, il occupe le ministère incontournable à tous ceux qui aspirent à la plus haute fonction de l'État.

En attendant la suite de ce feuilleton, Villepin devrait se démarquer de Raffarin. Autant le premier entend injecter une bonne dose d'ambition dans tous les ministères, autant le second était terne. Chose certaine, Villepin a désormais toute latitude pour imposer cette culture de l'action, toujours l'action, qu'il affectionne tant.

Sources :
http://www.ledevoir.com/2005/06/01/83070.html?355

Posté par Adriana Evangelizt

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