LA "SOLUTION" DE VILLEPIN POUR LA SNCM

Publié le par Adriana EVANGELIZT

La «solution» de Villepin pour la SNCM


Le premier ministre a annoncé jeudi 29 septembre un nouveau montage financier pour la reprise de la société, dans lequel l’État reste minoritaire. Ce plan est une fois de plus rejeté par la CGT

"J’ai repris personnellement en main le dossier. » Dominique de Villepin a, jeudi 29 septembre au matin lors de sa conférence de presse mensuelle (lire aussi dans La Croix du 29 septembre "Pour un nouveau pacte entre la société et la recherche" et le texte de la conférence de presse), balayé, d’une phrase, critiques et controverses sur la gestion de la crise qui secoue la SNCM depuis une dizaine de jours et surtout depuis l’annonce, mardi 27 septembre, de la reprise totale de la compagnie par le fonds d’investissement Butler Capital Partners, pour la somme de 35 millions d’euros, avec à la clé 350 à 400 suppressions d’emplois.

Le chef du gouvernement, entouré de Thierry Breton, ministre de l’économie, et de Dominique Perben, ministre des transports, qui avaient tous deux approuvé cette reprise, a annoncé qu’une « solution » avait été finalement trouvée. Elle prévoit une reprise par Butler (lire "Avec un navire détourné, le conflit de la SNCM se radicalise" dans la Croix du 28 septembre) limitée à 40 %, le reste étant attribué pour 30 % à Connex (filiale de Veolia, premier exploitant privé de transport public de voyageurs), pour 25 % à l’État et 5 % aux salariés. Dans un premier temps, 70 % irait à Butler qui lui-même revendrait dans un second temps 30 % à Connex.

Un nouveau montage qui a, au moins, le mérite de satisfaire ceux qui, au sein même de la majorité, avaient immédiatement après l’annonce de la reprise totale de la SNCM, protesté en réclamant que l’État maintienne une présence au sein de la compagnie maritime, au nom du service public de continuité territoriale avec la Corse, et en souhaitant qu’un groupe industriel soit associé au montage financier.

Le président de Veolia est aussi un proche de Chirac

Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, s’est d’ailleurs félicité jeudi de ce revirement gouvernemental. Il s’est également réjoui de l’entrée de Connex dans le capital, un groupe qui, avec ses 56 000 salariés et une présence dans 24 pays, affichait en 2004 un chiffre d’affaires de 3,67 milliards d’euros. En France, le groupe a fait parler de lui, il y a quelques mois, en lançant la première ligne privée de fret ferroviaire, dans l’Est.

Mais le choix de Connex n’est sans doute pas dû uniquement aux compétences reconnues de l’entreprise sur son secteur. Le président de Veolia, Henri Proglio, est aussi un proche de Jacques Chirac. Un de ses fameux « visiteurs du soir » de l’Élysée, à qui le président de la République demande avis et conseils sur les problèmes économiques et sociaux.

Cela faisait quelques semaines déjà que Connex regardait le dossier SNCM. Mais l’entreprise dirigée par Stéphane Richard n’avait pas souhaité faire une offre sur la totalité du capital, comme le demandait alors le gouvernement. Elle réclamait une recapitalisation de l’État de 130 millions d’euros et surtout proposait d’entrer à hauteur de 30 % dans l’entreprise. Voilà qui est fait.

Cette nouvelle configuration de reprise partielle de la compagnie va-t-elle suffire à désamorcer le conflit ? C’est bien sûr le pari du gouvernement qui doit néanmoins encore obtenir le feu vert de Bruxelles pour valider le montage (lire lire aussi dans La Croix du 29 septembre "La France a-t-elle encore le droit d'aider la SNCM ?"). Thierry Breton doit d’ailleurs se rendre vendredi 30 septembre auprès de la Commission européenne pour « expliquer notre action ». En 2003, en effet, le gouvernement s’était engagé à ne plus subventionner la compagnie pendant dix ans

Mais nonobstant l’approbation de Bruxelles, rien n’indiquait encore jeudi en milieu d’après-midi que cette « solution » suffirait à calmer les esprits, tant en Corse qu’à Marseille. D’autant qu’à l’approche de la journée nationale d’action lancée à l’initiative de plusieurs organisations syndicales le 4 octobre, les revendications se durcissent.

Les marins seront-ils bel et bien poursuivis ?

Quelques heures après les déclarations du premier ministre, Jean-Paul Israël, secrétaire des marins CGT de Marseille, a fustigé « un désengagement de l’État » qui se cache derrière « un nouveau montage servant d’habillage ». Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a lui-même estimé que le nouveau montage était « très loin des attentes de la CGT ».

Une rencontre réunissant des représentants de Butler, de Connex et des syndicats de la compagnie devait se tenir jeudi en fin d’après-midi à Marseille, en présence du ministre des transports, Dominique Perben, pour qui ce plan est «l’ultime proposition» que l’état peut faire.

Outre le volet industriel, il faudra également traiter le volet judiciaire de cette affaire. Car le détournement, mercredi 28 septembre, de l’un des navires de la SNCM, le Pascal Paoli, a donné lieu à des arrestations et pourrait déboucher sur des poursuites judiciaires. Jeudi après-midi, les quatre hommes encore en garde à vue, Alain Mosconi, secrétaire national du Syndicat des travailleurs corses (STC), ses deux frères Jean-Marc et Patrick, ainsi que Félix Dagregorio, ont été présentés au Parquet de Marseille. Les autres sont repartis pour Ajaccio ou Bastia où ils ont été accueillis aux cris de « liberta, liberta ».

À la question de savoir si les marins seraient bel et bien poursuivis, Dominique de Villepin s’est bien gardé de donner quelque assurance que ce soit : « Nous sommes dans un État de droit. La justice a été saisie, c’est à la justice de se prononcer. »

Sources : LA CROIX

Posté par Adriana Evangelizt

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