Villepin à contre-emploi
Villepin à contre-emploi
par Clémentine Gallot
Selon un sondage CSA paru aujourd’hui, seuls 25% des Français se déclarent « satisfaits » par la politique économique et sociale de Dominique de Villepin.
La majorité des Français n’est « pas satisfaite » par les mesures du gouvernement en matière d’emploi, pourtant fer de lance revendiqué de la politique sociale de Villepin qui doit répondre urgemment à deux phénomènes en progression : le chômage des jeunes et le « papy-boom ».
L’Assemblée Nationale examine en ce moment et jusqu’au 9 Février le projet de loi pour « l’égalité des chances » que le gouvernement aimerait faire passer rapidement, afin de prendre d’avance les syndicats.
La proposition d’un contrat adapté à cette tranche de la population active mériterait qu’on lui laisse sa chance, puisque l’opinion est globalement favorable à cette mesure. Mais ses détracteurs affirment qu’il n’y a pas là matière à une politique ambitieuse de l’emploi. Avec son projet de loi, le Premier Ministre a réussi à s’aliéner l’ensemble de la gauche, les syndicats, les groupes étudiants-lycéens… et Nicolas Sarkozy. En effet, le projet de loi a provoqué un tollé syndical et étudiant : ceux-ci dénoncent une démolition du code du travail et prévoient une précarité accrue chez les jeunes.
Alors solution miracle ou catastrophe, prémisse à toutes les dérives libérales ?
Le chômage reste le sujet qui préoccupe le plus les Français, pourtant les mesures prises ces dernières années (retraite de plus en plus jeune, réduction temps de travail) sont jugées inefficaces. Les jeunes concernés par ces nouvelles propositions répliqueront que la sécurité de l’emploi est certes essentielle mais qu’elle ne devrait pas faire entrave à l’embauche…
Gauche et droite s’accordent pour dire qu’idéalement il faudrait combiner la réduction du chômage et la création d’emplois. La situation professionnelle des jeunes, plus souple pour les mieux diplômés, reste d’un immobilisme désespérant. Le taux de chômage peut atteindre 40% chez les moins qualifiés, alors que d’autres, souvent sous-payés, enchaînent stages et emplois temporaires. Dominique de Villepin lui-même souligne que « 70 % des contrats sont des CDD, et la moitié de ces contrats ne durent pas plus d’un mois ». Le chômage des jeunes (23%, contre 18.4% pour nos voisins européens) est le double de la moyenne nationale.
Depuis un an, Dominique de Villepin propose une réforme qui cible les moins de 26 ans: les Contrats Nouvelles et Première Embauches, en lieu et place du traditionnel CDI. Le CNE a été voté en Juin 2005 et s’adresse aux entreprises de moins de 20 salariés. Il est à l’heure actuelle difficile de mesurer la réussite de ce dispositif, dont le CPE est l’héritier. Le Contrat Première Embauche, objet de toutes les fureurs, concerne pour sa part les entreprises de plus de 20 salariés. La durée maximum du contrat est de deux ans, durant lesquels l’entreprise peut licencier sans motif. Cela ressemble fort à une période d’essai « poubelle ». Or, CNE et CPE s’inscrivent dans une série de mesures qui font sens, et là est tout le problème, uniquement si elles incitent véritablement les entreprises à embaucher au terme de ces deux années, ce qui n’est pas garanti (autrement le CPE ressemblerait fort aux CDD non renouvelés qui sont aujourd’hui les plus fréquents). Les experts sont en désaccord sur l’efficacité de tels dispositifs : un marché du travail certes plus flexible, plus segmenté n’est pas forcément plus dynamique. Les patrons interrogés sont ravis, mais la formule des nouveaux contrats Villepin ne semble pas séduire la présidente du MEDEF, Laurence Parisot qui la trouve « peu pertinente ». Maisle CPE ne serait pas une mesure définitive puisque le gouvernement affirme déjà réfléchir à un contrat unique (en s’inspirant peut-être de la réussite du contrat unique espagnol ?).
Ce n’est pas tout. Villepin ratisse large et espère dans la foulée remédier au chômage des seniors avec un plan d’action pour 2006-2010. Il voudrait les intégrer dans le marché du travail, puisque seuls 37% d’entre eux sont actifs. Le Premier Ministre voudrait mettre en place un CDD spécial de 18 mois renouvelable, mais aussi rendre possibles les « cumuls » emploi-retraite, les « cumuls » demi-retraite et intérim, les « cumul » temps partiels retraites et autre emploi. A gauche, on craint que les départs massifs en retraite soient freinés et que de telles mesures obligent les 57- 60 ans à chercher un emploi, s’ils n’ont plus droit aux Assedic.
Le gouvernement Villepin lorgne du côté des pays anglo-saxons, où le chômage des jeunes est plus faible. Question de mentalité, ces jeunes, plus tôt familiarisés avec le marché de l’emploi, sont moins dépendants de leurs parents que nos « Tanguy » français et trouvent plus facilement des petits jobs. Même Ségolène Royale, fraîchement exilée à Londres le temps d’une visite commente dans le Financial Times le dispositif de l’emploi britannique qui cumule, selon elle, « sécurité et flexibilité » et a su réduire le chômage des jeunes.
Le mouvement social annoncé pour le 7 Février devrait rassembler tous les syndicats : le gouvernement espère bien passer en force, mais l’on ne peut s’empêcher de penser à l’opposition rencontrée par le CIP (Contrat d’Insertion Professionnelle) proposé par Edouard Balladur en 1994… qu’il avait finalement abandonné.
Sources : MARIANNE
Posté par Adriana Evangelizt