Chirac boycotte l'intervention en anglais de Seillière

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Alors là, le comportement de Jacques Chirac nous fait plaisir. Que Seillière se permette de s'exprimer en anglais prouve bien déjà le peu de cas qu'il fait de notre langue. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet. Il n'y a qu'à voir ce qui se passe pour les sommets réunissant les pays Africains, francophones pour la plupart, un article du Monde diplomatique nous éclaire davantage. ACP désignant 77 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). En voici un extrait : "Dès leur ouverture, la Commission, négociateur unique au nom des Etats membres de l’Union, en a imposé la langue, le contenu et le rythme, en dépit des protestations des gouvernements ACP. Les documents sont rédigés en anglais, et les discussions ont lieu dans cette langue. Or les pays concernés d’Afrique, qui représentent 94 % de la population ACP, ont, très largement, le français comme langue véhiculaire. ll n’est pas rare, selon des diplomates africains, que les négociateurs européens forcent des décisions, alors que leurs interlocuteurs ACP francophones viennent à peine de recevoir de leurs collaborateurs la traduction des documents sur lesquels ils doivent se prononcer. L’Union – mais que pèse la Francophonie lorsque les profits des firmes françaises sont en cause ? – tient pour quantité négligeable 20 des 48 Etats africains dont le français est la langue officielle." 

Chirac boycotte l'intervention en anglais de Seillière, embarras au sommet de l'UE
 
 

Le refus jeudi du président français Jacques Chirac d'écouter Ernest-Antoine Seillière, le patron des patrons européens, parler en anglais a provoqué des réactions d'étonnement voire d'embarras au sommet de Bruxelles, sur une scène européenne où le français est depuis longtemps en perte de vitesse.

"L'Europe a d'autres soucis et c'est du temps perdu de devoir répondre à de telles questions", a réagi le pourtant très francophile Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker.

M. Juncker n'a pu cependant s'empêcher d'ironiser également sur le comportement de M. Seillière.

"Je ne cesse d'être étonné que nos amis français nous invitent à nous exprimer en français alors qu'un certain nombre de leurs responsables, hors gouvernement, se font une joie de s'exprimer dans un anglais approximatif", a-t-il affirmé.

Jacques Chirac avait quitté jeudi soir la salle où les 25 dirigeants européens commençaient une réunion de travail avec Ernest-Antoine Seillière, président de l'organisation patronale européenne Unice, parce que celui-ci avait choisi de s'exprimer en anglais.

Alors que M. Seillière commençait son intervention en anglais, le président français l'avait interrompu pour s'en étonner.

"Je vais m'exprimer en anglais parce que c'est la langue des affaires", avait répondu M. Seillière.

Pour marquer sa désapprobation, M. Chirac s'était alors levé, emmenant avec lui ses deux ministres Thierry Breton (Economie et Finances) et Philippe Douste-Blazy (Affaires étrangères) avant de rentrer dans la salle quelques minutes plus tard.

L'incident est d'abord passé totalement inaperçu dans la salle, où comme le souligne le Premier ministre britannique Tony Blair, "les gens se lèvent et sortent pour toutes sortes de raisons".

"Je n'en ai pris connaissance qu'après", a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel. "Je ne fais pas attention à mes collègues quand ils se lèvent pour aller faire pipi", a répondu le Belge Guy Verhofstadt, visiblement énervé par la question.

C'est en fait l'Elysée qui a prévenu les journalistes de l'incident, poussant certains à se demander s'il s'agissait de détourner l'attention de la presse d'un sommet où Paris pouvait être mis sur la défensive sur le thème du protectionnisme économique.

M. Chirac a expliqué vendredi avoir réagi spontanément au nom de la diversité des cultures.

"J'ai été profondément choqué de voir un Français s'exprimer à la table du Conseil en anglais (...) On ne va pas fonder le monde de demain sur une seule langue, donc une seule culture", a-t-il dit.

Le français est avec l'anglais et l'allemand l'une des trois langues de travail de la Commission européenne. La tradition dans les sommets veut que chaque participant s'exprime dans sa langue nationale, avec traduction simultanée.

Le déclin du français, langue parlée dans trois des six pays fondateurs de l'UE, est un thème récurrent depuis l'entrée de l'Autriche, la Finlande et la Suède dans l'UE en 1995, puis des nouveaux Etats membres d'Europe centrale en 2004.

De fait, en 2004, 26% des documents de la Commission européenne étaient d'abord rédigés en français (avant d'être traduits) et 62% en anglais alors que ces proportions étaient de 40 et 45% en 1997.

Néanmoins, le français reste couramment utilisé à Bruxelles, ville majoritairement habitée par des francophones, que ce soit dans les réunions de travail des institutions européennes ou dans les salles de presse.

Tirant la leçon de l'incident, le quotidien belge francophone Le Soir écrivait vendredi: "le français n'a plus le monopole en Europe. Peut-être serait-il temps de réveiller le Président?".

Sources : AFP

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans JACQUES CHIRAC

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