Ces mensonges qui condamnent Villepin

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Ces mensonges qui condamnent Villepin

par Christophe Barbier

Du point de vue politique et institutionnel, le Premier ministre n'est plus en état de remplir sa tâche. Mais le détail de l'affaire Clearstream l'accable aussi sur le plan éthique. A cinq reprises, il n'a pas dit la vérité, comme le montrent Gilles Gaetner et Jean-Marie Pontaut, auteurs du premier livre sur ce dossier

Quand l'obstination garde l'espoir d'être utile, elle s'appelle persévérance; quand elle ne sert plus à rien, elle se nomme entêtement. Dominique de Villepin en est à ce point de son parcours où il ne peut plus poursuivre que sa propre ambition, loin de l'intérêt général: c'est le bout de la route. Et si le Premier ministre est ainsi démonétisé, c'est à triple titre, politique, institutionnel et éthique.

Englué dans l'impopularité, Dominique de Villepin a brisé ce lien avec l'opinion qui lui est indispensable. Or, n'ayant jamais été élu, ne pouvant se targuer d'aucun fief électoral, il avait besoin des baromètres de confiance pour asseoir une légitimité conférée par un Jacques Chirac affaibli, au lendemain du référendum perdu. Privé de la force émanant du terrain, Villepin compensait par son agilité dans la stratosphère sondagière. Après six mois dans les nuées, le chef du gouvernement a brutalement retrouvé le plancher du réel avec le CPE. Selon TNS-Sofres, 20% des Français seulement lui font confiance, et il a perdu 22 points en trois mois dans
le baromètre BVA-L'Express: sur quel socle peut-il appuyer son action future?

De toute manière, et malgré ses incantations, le temps n'est plus à l'action, mais à la campagne. La violence ad hominem de la séquence politique, la manière dont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal accaparent les débats dans leurs camps respectifs donnent l'impression que le premier tour de la présidentielle va se tenir dans quelques jours, et non dans quarante-cinq semaines. Un emballement, ultime tare du quinquennat, qui pénalise le Premier ministre. Dans un réflexe très français, ne pouvant plus agir, il annonce et multiplie les «plans», aux calendriers aléatoires et aux financements mystérieux. Même déguisée en stratégie de diversion, cela s'appelle une fuite en avant.

S'il avait quitté son poste après l'échec du CPE, dénonçant tout à la fois l'immobilisme des Français, le conservatisme des syndicats et la couardise de la droite, Dominique de Villepin aurait éventuellement pu prendre date. A cet exil sans parti, sans popularité et sans mandat, il a, on le comprend, préféré une stratégie obsidionale: de la forteresse Matignon, il pourrait bien, peu ou prou, peser sur les événements. Juste raisonnement, mais il s'est interdit par là même de donner corps à son projet néogaulliste esquissé à l'été 2005 et a hypothéqué l'avenir pour sauver un présent en miettes. Il ne peut plus être l'homme d'une action ni d'une vision. Villepin est politiquement inutile.

Une certaine duplicité de gouvernance

Cela ne serait pas grave s'il était seul, mais la guerre de positions qui fait rage à droite depuis un an ruine aussi les institutions. Au gouvernement, le n° 1 est dominé par le n° 2, dont les proches s'interrogent: quel est le moment opportun pour abandonner l'intérêt général au profit de l'ambition personnelle? En attendant cette démission pour convenance personnelle, le président tente régulièrement d'apaiser ou de sermonner Nicolas Sarkozy, tout en protégeant Dominique de Villepin.

Plus vraiment chef de ce qui n'est plus vraiment un gouvernement, et plus du tout paratonnerre du président, que les foudres des Français frappent de sondage en sondage (17% de confiance selon TNS-Sofres), Villepin a aussi cessé d'être le chef de la majorité. Trop lâches pour renverser l'équipe en place, les parlementaires se sont contentés contre Villepin de l'indifférence lors du vote de censure et de l'humiliation en ovationnant Jean-Louis Borloo. Chef de parti, chef de majorité, chef de gouvernement: le «trois en un» de la Ve République est éparpillé depuis 2002. Président, Premier ministre, ministres: la hiérarchie sacrée de la Constitution est tous les jours malmenée. En s'accrochant à Matignon contre la volonté des élus, Dominique de Villepin aggrave le mal. Il est institutionnellement funeste.

Cet impact, préjudiciable en soi, est devenu insupportable depuis que l'affaire Clearstream a rappelé le goût de Dominique de Villepin pour les combinazioni. Son année à Matignon a déjà révélé une certaine duplicité de gouvernance, entre le Dr Galouzeau de l'automne 2005 et le M. Villepin du CPE. Aujourd'hui,
les révélations de Gilles Gaetner et de Jean-Marie Pontaut dans Règlement de comptes pour l'Elysée. La manipulation Clearstream dévoilée établissent que le Premier ministre a menti au moins à cinq reprises, par omission. Ne prévenant ni Jean-Pierre Raffarin, alors à Matignon, ni la justice, ni même Nicolas Sarkozy, il s'est mis à la faute. Une faute que seul pourrait sanctionner un départ de Matignon, car Dominique de Villepin est éthiquement indéfendable.

Règlement de comptes pour l'Elysée.
La manipulation Clearstream dévoilée, par Gilles Gaetner et Jean-Marie Pontaut. Oh! Editions, 228 pages, 18,90 €.

Sources :  L'Express

Posté par Adriana Evangelizt

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