Dominique de Villepin joue à qui perd gagne

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Dominique de Villepin joue à qui perd gagne

par Michel Noblecourt

Avant l'été, le diagnostic était aussi implacable qu'unanime : Dominique de Villepin, défait sur le CPE, englué dans l'affaire Clearstream, était politiquement mort. Définitivement hors jeu pour l'élection présidentielle, confronté à une fronde de sa majorité sur la fusion GDF-Suez, il ne lui restait plus, croyait-on, qu'à gérer les affaires courantes jusqu'en avril 2007 et à se faire oublier.

Or voilà que le premier ministre opère une rentrée en fanfare. En une seule semaine, il aura fait le "20 heures" de TF1, un déplacement mouvementé en Haute-Savoie, une interview à L'Express, une conférence de presse et un séminaire gouvernemental à Troyes. Sans oublier l'université d'été de l'UMP.

Dominique de Villepin est de retour. Requinqué, offensif, pugnace même, il est sur tous les terrains, décidé à être lui, et, à la différence d'un Nicolas Sarkozy qui, sitôt investi par l'UMP en janvier, quittera le gouvernement, "dans l'action jusqu'au dernier jour". Il arbore, comme autant de trophées, les fruits de "sa" politique : une croissance revigorée, un taux de chômage qui redescend à 8,9 % et qu'il espère faire passer en 2007 sous la barre des 8 %. Une vraie embellie !

Le politique reconnaît des erreurs et s'offre un nouveau visage, social. Il avait dédaigneusement négligé le dialogue social sur le CPE, malgré une loi de mai 2004 qui aurait dû l'y contraindre, et le voilà décidé à engager une réforme, concertée avec les partenaires sociaux, pour donner plus d'espace à la négociation. Il avait concocté, pour 2007, un "bouclier fiscal" favorisant les ménages aisés, et le voilà qui distribue du pouvoir d'achat, comme l'aurait fait un premier ministre socialiste soucieux de profiter de l'aubaine de la croissance, aux ménages modestes. Mieux encore, sur l'épineux dossier GDF-Suez, objet de la session extraordinaire du Parlement début septembre, il ne semble plus avoir à craindre que la volonté d'obstruction de la gauche.

Le nouveau Villepin n'a pas pour autant reconquis une légitimité qu'on lui a toujours disputée. Non élu, il a été nommé à Matignon au lendemain d'un référendum perdu. Remis en selle, en juillet, sur la crise proche-orientale, avec une visite à Beyrouth où il a retrouvé ses talents de diplomate, il a recueilli de faibles dividendes. Dans le dernier baromètre IFOP-Journal du dimanche, il a gagné, fin août, 4 points en un mois, mais il n'est jamais qu'à 32 % d'opinions favorables. Il croit pourtant avoir trouvé l'antidote à la mort politique qui lui était promise au printemps : l'action, encore l'action, toujours l'action. Dominique de Villepin tente de jouer à qui perd gagne.

Etre "dans l'action jusqu'au dernier jour", c'est, pour le premier ministre, sa façon d'être "utile" pour faire gagner son camp en 2007. Mais avec quel champion ? Bien sûr, Dominique de Villepin ne perd pas une occasion d'afficher son total... désintéressement personnel : il n'est pas candidat. Voire. Dans son esprit, la "cristallisation du choix" présidentiel est la rencontre entre un homme et un peuple et ne se joue que dans l'ultime ligne droite. Il ne cache pas sa réticence sur la "primaire" de l'UMP, qu'il juge de surcroît prématurée, tant il faut "éviter de choisir quelqu'un qui suscite ensuite le doute"...

Quand il parle des "atouts considérables" de la droite pour 2007, il prend soin de mettre exactement sur le même plan "le président de l'UMP, le gouvernement, le président de la République". Enfin, quand, semblant faire la leçon au PS, il trace le portrait-robot d'un présidentiable - "On ne s'improvise pas président, cela se prépare, s'apprend, on prend des coups, on réfléchit, on fait mieux, on éprouve la solitude de la décision et de l'impopularité" -, il dessine davantage son propre profil que celui de son rival. En jouant à qui perd gagne, Dominique de Villepin est peut-être simplement en train de "reprofiler" son destin politique.

Sources : Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans Le Ministre

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