La République n'est plus ce qu'elle était

Publié le par Adriana EVANGELIZT

La République a du plomb dans l'aile. On peut même dire qu'elle agonise de plus en plus depuis que Sarkozy est au gouvernement. Quelle mouche a piqué Chirac de mettre un pareil trublion, uluberlu et sème-mouise à des postes clefs ?

La République n'est plus ce qu'elle était

par Patrice Biancone

Décidément la campagne qui s'annonce ne sera pas comme les autres. Hier soir, Lionel Jospin avait beau jeu de le faire remarquer, en expliquant que s'il prenait la décision d'être candidat, ce serait avant tout pour défendre une certaine idée du Parti socialiste. Comprenez qu'il n'accepte pas l'idée que celle qu'il qualifie, pas très gentiment, de «phénomène médiatique», Ségolène Royal en l'occurrence, ne respecte pas le fonctionnement du PS, qu'elle ait choisi de jouer l'opinion publique contre les militants.

Pour Nicolas Sarkozy, c'est un peu la même démarche et sa petite phrase en pleine tourmente judiciaire qu'il a lui-même provoquée en parlant de la démission des juges, le prouve. «Les Français savent bien que ce que je dis, c'est la vérité», a t-il assuré pour répondre aux critiques qui s'abattent sur lui en oubliant en particulier que la note du préfet de Seine-Saint-Denis est critique non seulement à l'égard du fonctionnement de la justice, mais aussi de celui de la police dont le bilan n'est pas aussi resplendissant que son chef tente de le faire croire aux Français. La meilleure défense étant l'attaque, Nicolas Sarkozy a donc une nouvelle fois désigné un bouc émissaire avec l'espoir de détourner le débat. Mais voilà, ce bouc émissaire a de la ressource. Il n'a pas l'intention de subir et de rentrer la tête dans les épaules, et ce d'autant plus que la polémique d'aujourd'hui n'est pas la première du genre. Simplement elle est plus forte. Et vu la mobilisation des magistrats, elle risque bien de déboucher sur une véritable guerre des institutions, justice et police, guerre que tente de juguler le chef de l'Etat. Jacques Chirac reçoit, aujourd'hui, le premier président de la Cour de cassation, Guy Canivet, qui dénonce, dans la démarche de Nicolas Sarkozy, une nouvelle atteinte à l'indépendance de la justice ce que réfute le ministre de l'Intérieur en se demandant au nom de quoi elle, et elle seule, échapperait à la critique.

Des policiers fatigués de voir que le respect se perd et qu'il y a comme de l'immunité dans l'air pour les délinquants mineurs. Et des juges qui se disent écoeurés, voire diffamés par le ministre de l’Intérieur. Décidément, notre République n'est plus ce qu'elle était. Et il faut bien constater que c'est un de ses piliers, la séparation des pouvoirs, qui est en danger. Toute la question étant de savoir si de tels propos sont admissibles dans la bouche d'un ministre en exercice. Ou s'ils ne peuvent être tenu que par un candidat à l'élection présidentielle qui, de son propre aveu, «aurait envie de se montrer tel qu'il est». C'est là toute la théorie de la droite décomplexée dont le dernier avatar, outre la polémique dont nous parlons, est la photo avec Georges Bush qui n'a pas fait que des heureux dans les rangs de l'UMP.

Nicolas Sarkozy est-il en train de préparer son départ du gouvernement face à la forte pression que commencent à exercer sur lui Jacques Chirac et Dominique de Villepin ? Ce pourrait être une explication à l'emballement actuel, même si les proches du ministre de l'Intérieur rejettent cette idée.

Sources : RFI

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