Sarkkozy : les Trente ans de politique d'un jeune loup (post) gaulliste

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Sarkozy : Les Trente ans de politique

d’un jeune loup (post) gaulliste

Comment en est-il arrivé là, celui qui exerce à tiers temps les fonctions de président de l’UMP, de président de Conseil général et de ministre de la République ?


 

Le parcours de cet enfant de Neuilly est un véritable roman marqué par le sceau du complot et de la trahison. Militant du RPR à vingt ans, maire de la ville la plus riche de France à vingt-huit ans, député à trente-trois ans et ministre à trente-huit ans, Nicolas Sarkozy était à l’origine un chiraquien pur jus dont le parrain fut Charles Pasqua.

« Tout le monde sait que je suis son double » expliquait-il d’ailleurs lorsqu’on l’interrogeait sur ses liens avec le sulfureux responsable gaulliste (Cité in Sarkozy, le talent d’Achille, Le Point, 9 mai 1983). Une proximité affichée qui laisse imaginer à quelle "école de la politique", le novice Nicolas Sarkozy fut alors formé... Une proximité qui s’effrita fortement lorsqu’au début des années 80, le jeune loup gaulliste fomenta son premier "coup politique" en chipant la maire de Neuilly à la barbe de Charles Pasqua.

Puis ce fut une trajectoire fulgurante dans l’appareil RPR et une première nomination à la tête de l’Etat : ministre du Budget en 1993 sous le gouvernement Balladur.



Devenu en deux ans un des plus proches collaborateurs du Premier Ministre, il se range à ses côtés pour la campagne présidentielle de 1995 en dépit des nouvelles accusations de trahison dont il est l’objet.

Mauvaise pioche. C’est Jacques Chirac qui gagne l’élection et Nicolas Sarkozy doit passer son tour. Pourtant, il y croyait à la victoire de son nouveau mentor. « L’électro-encéphalogramme chiraquien est plat. Ce n’est plus l’Hôtel de Ville, c’est l’antichambre de la morgue. Chirac est mort, il manque juste les trois dernières pelletées de terre », s’amusait-il à raconter quelques jours avant le premier tour de l’élection.

Devenu brièvement président du RPR en 1999 après une première traversée du désert, il subit une lourde défaite lors des élections européennes où la liste qu’il conduit se prend une claque. Il replonge. Nouvelle période creuse et premières confessions dans son ouvrage Libre.

Revenu par la fenêtre lors de l’élection présidentielle de 2002, Nicolas Sarkozy n’obtient pas ce qu’il attend de Jacques Chirac. Il n’est pas Premier Ministre mais numéro deux du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. En charge du ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy affiche un nouveau visage. Toujours aussi ambitieux (il fait déjà état de son ambition présidentielle), il agrège à son discours libéral, un populisme sécuritaire à la Robert Pandraud.

Le nouveau cow-boy des forces de police fait du thème de l’insécurité son cheval de bataille. Les résultats sont désastreux et le trucage des statistiques relatives à la délinquance ne trompe personne. Il essuie également un sérieux revers lors d’un référendum en Corse (6 juillet 2003). Pourtant, il avait annoncé la capture d’Yvan Colonna, le présumé assassin du Préfet Erignac, la veille du scrutin.

Sous le troisième gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy hérite du portefeuille des Finances et de l’Industrie. Qualifié de "Zidane" de la finance par le Président du MEDEF à sa nomination, l’enfant de Neuilly déçoit. La situation économique demeure catastrophique, les finances de l’Etat sont dans le rouge et ses recettes libérales si elles produisent effectivement leurs dégâts sociaux n’arrivent même pas à contenter pleinement les grandes entreprises.

Après le départ d’Alain Juppé et à quelques mois du congrès de l’UMP, Nicolas Sarkozy annonce alors son intention de prendre le parti du Président. Sommé de choisir entre son appartenance au gouvernement et sa nouvelle ambition, il présente le lendemain de son élection - avec 85,1% des voix des militants de l’UMP et des millions d’euros de communication - sa démission au Président de la République. Il est alors remplacé par Hervé Gaymard...

Bien qu’ayant animé la campagne de l’UMP pour le référendum sur le traité constitutionnel, Nicolas Sarkozy n’est pas celui qui trinque après le résultat du 29 mai. C’est Raffarin qui saute tandis que lui remet un pied dans le gouvernement. Tout en gardant l’autre à l’UMP.

De retour place Beauvau, Nicolas Sarkozy ne fait pas mystère de l’utilisation qu’il compte faire de ses nouvelles fonctions. Il explique ainsi vouloir « reprendre en main la DST et [...] éviter les coups tordus montés contre lui". De toute façon, il n’est là que temporairement. Juste pour préparer la prochaine bataille.



Aujourd’hui et pour la première fois dans l’histoire de la Cinquième République, un même homme cumule des responsabilités pourtant incompatibles d’un point de vue éthique : président d’un Parti, président d’un conseil général et ministre en charge de la légalité de la collectivité locale qu’il préside...

Mais qu’importe pour lui. Il croit en son destin. Et a visiblement une revanche à prendre. "Ce qui m’a façonné, c’est la somme des humiliations de l’enfance" (Globe, 1994) explique celui qui fut pourtant fils d’une avocate et d’un homme d’affaire.

Pour y arriver, Nicolas Sarkozy est prêt à tout. Même à séduire un peuple dont il ne cesse pourtant d’accentuer la précarité.

En réponse à une interpellation de parlementaires de Gauche, le 22 juin 2005, Nicolas Sarkozy s’emporte : "Je comprends pourquoi le peuple s’est détourné de vous (...). C’est parce que vous avez oublié le peuple. Vous ne parlez pas comme lui, vous ne le comprenez pas et vous ne tirez aucune conséquence de ce qu’il vit au quotidien. (...) J’emploie des mots pour être compris de tous. Vous avez dit populisme, je réponds peuple".

Populiste, Nicolas Sarkozy l’est assurément. Mais ce trait politique n’est que le premier étage d’un projet de société bien plus dangereux. Après trente ans passés en politique, le jeune loup a évolué. Il est devenu un apprenti sorcier.

Sources RESO

Posté par Adriana Evangelizt

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