L'Elysée et Matignon récusent la "rigueur" de Christine Lagarde
L'Elysée et Matignon récusent la "rigueur" de Christine Lagarde
par Claire Guélaud
Le premier ministre, François Fillon, a démenti, lundi 3 septembre, l'existence d'un "plan de rigueur" dans la fonction publique évoquée, la veille, par la ministre des finances, Christine Lagarde, quelques heures avant la rentrée des 900 000 enseignants. "Il n'y a pas de plan de rigueur, mais un effort constant pour réduire la dépense de l'Etat", a déclaré M. Fillon sur France Inter.
Après la confirmation officielle, le 31 août, de 22 800 suppressions d'emplois de fonctionnaires, dont 11 200 au ministère de l'éducation nationale et 6 000 à la défense (Le Monde du 1er septembre), le chef du gouvernement a donné raison à Mme Lagarde sur la nécessité d'une gestion rigoureuse des deniers publics, tout en plaidant pour la revalorisation du métier de fonctionnaire. M. Fillon a refusé de reprendre à son compte l'idée d'une "bourde" de Mme Lagarde. Dimanche, lors du Grand Rendez-Vous d'Europe 1, elle avait admis l'existence d'un "plan de rigueur" et estimé qu'il était "destiné à la fonction publique pour l'essentiel (car) nous souhaitons maintenir une parité entre nos dépenses et nos recettes."
Dimanche soir, au Grand Jury RTL Le Figaro, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a corrigé immédiatement la portée des propos de la ministre. Le président de la République "s'exprimera devant les élèves d'un institut régional d'administration le 12 septembre. Il aura l'occasion de dire ses ambitions pour la fonction publique. Ses ambitions sont grandes. C'est un plan de revalorisation de la fonction publique", avait-il dit.
Une chose est sûre : Mme Lagarde, titulaire du portefeuille des finances mais pas de celui de la fonction publique, n'a simplifié ni la communication à venir de Nicolas Sarkozy, ni l'entretien que doit avoir, le 6 septembre, son collègue Eric Woerth, en charge du budget, des comptes publics et de la fonction publique, avec le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. La rigueur ? "On y est déjà (...). En bloquant les salaires et en supprimant des fonctionnaires, on ne revalorise pas", a répondu François Chérèque (CFDT), lundi sur RTL.
Très impliqué dans la revue générale des politiques publiques (RGPP) et dans la réforme de l'Etat, M. Woerth sait qu'il ne peut faire avancer ce chantier majeur du quinquennat en se mettant à dos l'ensemble des fonctionnaires. Or ceux-ci sont confrontés à une diminution historique du nombre de leurs emplois, mais aussi à la volonté de M. Sarkozy d'"aller plus loin dans la culture du résultat et de la responsabilité". Invité, jeudi 30 août, de l'université d'été du Medef, le président l'avait redit clairement : "La comptabilité publique et les impôts seront fusionnés. La DST et les renseignements généraux sont rapprochés. Toutes les structures seront simplifiées. Tous les organismes inutiles seront supprimés. Le nombre des directeurs d'administrations centrales sera divisé par deux."
Désireux d'établir - malgré tout - un "dialogue apaisé" avec les fédérations syndicales de fonctionnaires, qui avaient déjà condamné en termes virulents, le 24 août, le blocage des salaires et l'attitude du gouvernement, M. Woerth envisage de "regarder ce qu'il peut faire, en 2007 et 2008, pour le pouvoir d'achat des fonctionnaires". Le ministre l'avait fait savoir, le 28 août, au secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, et devait le répéter, jeudi, à M. Thibault.
Les syndicats évaluent à 6 % la baisse du pouvoir d'achat depuis l'an 2000 et font remarquer que la hausse de 0,8 % accordée en février aux 5,2 millions agents de l'Etat, des hôpitaux et des collectivités locales vaut pour 2006. M. Woerth, lui, reconnaît que les nombreux départs à la retraite d'agents âgés - donc chers - et leur remplacement par des jeunes qui le sont moins, donnent des marges de manoeuvre au gouvernement. Il sait aussi qu'un geste salarial faciliterait les choses.
Pour essayer de débloquer plus durablement ce dossier miné, M. Woerth propose à ses interlocuteurs syndicaux, "patrons" de fédérations ou responsables confédéraux, de débattre, dans le cadre des quatre cycles de discussions qui s'ouvriront en octobre, "de la stabilisation des instruments de mesure du pouvoir d'achat". "Ceux qui mesurent le pouvoir d'achat à partir de la rémunération moyenne des agents présents deux années de suite constatent qu'il a légèrement augmenté. Ceux qui s'en tiennent au rapport entre la masse salariale et les effectifs disent le contraire. Discutons de ce que nous voulons prendre en compte : La seule augmentation indiciaire ? Le glissement-vieillesse-technicité (GVT) ? Etc.", explique le ministre.
Reste à savoir si, après les propos de Mme Lagarde, M. Woerth peut encore convaincre les syndicats qui se retrouvent à la mi-septembre et n'excluent ni manifestations, ni arrêts de travail.
Sources Le Monde
Posté par Adriana Evangelizt