Sarkozy face à ses premières difficultés

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Sarkozy face à ses premières difficultés


Par Florence MURACCIOLE

Après l'état de grâce, les premières difficultés. Le président omniprésent Nicolas Sarkozy doit affronter l'impossibilité d'"aller chercher" une croissance qui se refuse à la France, et reste sous la menace d'une grogne syndicale. Une situation d'autant plus compliquée qu'il veut tout contrôler, et ne semble pas en symbiose avec des ministres qui font l'objet, en privé, de critiques acerbes.

Nicolas Sarkozy avait tout prévu. Etre élu président de la République puis vivre un bel état de grâce qui se prolongerait tant qu'il occuperait le terrain selon un registre qui lui a, jusque-là réussi: à chaque problème, une loi; à chaque jour, son événement; à chaque soir son apparition au 20 heures Mais il y a eu cette (très) mauvaise surprise: la mollesse de la croissance. S'ajoutant aux inquiétudes nées de la crise financière venue des Etats-Unis, elle a entrâiné les premières vraies difficultés de son quinquennat. Et posé cette question lancinante: comment faire repartir l'activité ?

"Les autres pays d'Europe y arrivent sauf nous", reconnaît un conseiller à l'Elysée, un brin découragé. D'autant que l'OCDE vient de réviser à la baisse les chiffres concernant la France: de 2,25%, l'institut table sur 1,8% en 2007 quand l'Allemagne se maintiendrait à 2,6 et le Royaume Uni à 3,3. Rien n'y fait, pas même les récentes mesures prises par le nouveau pouvoir en matière d'allègement fiscal, d'heures supplémentaires ou encore de droits de succession: malgré le volontarisme affiché de Nicolas Sarkozy, la France reste le mauvais élève de la classe européenne et une majorité de Français se dit pessimiste quant à la situation économique du pays. "La croissance, je ne l'attendrai pas, j'irai la chercher", leur promet Sarkozy. C'est dire si le premier rapport mensuel de la commission Attali sur les conditions de la libération de la croissance française est attendu comme le messie !

"L'essentiel du programme a été accompli"

Ce qui n'a pas empêché l'omniprésident de proposer quelques pistes aux experts de ladite commission: "Si la croissance n'était pas assez forte, j'irais encore plus loin dans l'allègement du coût du travail, dans la création des emplois de service et dans la réforme des 35 heures", avance le chef de l'Etat dans un entretien aux Dernières Nouvelles d'Alsace. "Il faut inventer quelque-chose, remarque un responsable de l'UMP, car l'essentiel de ce qui était inscrit dans le programme a été accompli."

Réaliste mais novice en politique, la patronne de Bercy, Christine Lagarde, face à une situation économique critique, a, elle, osé lâcher le mot "plan de rigueur", dans la fonction publique pour réduire les dépenses de l'Etat. Un terme aussitôt banni par l'Elysée et Matignon qui préfèrent parler "revalorisation" grâce à l'équation sarkozyenne: fonctionnaires moins nombreux et mieux formés = fonctionnaires mieux payés et mieux considérés. Un thème qui sera au centre du discours que le président de la République prononcera mercredi à Nantes à l'Institut régional d'administration. Avant cette intervention très attendue par des fonctionnaires plutôt remontés contre les 22 700 suppressions d'emplois prévues dans le budget 2008 et l'absence de négociation salariale pour 2007, Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT sera reçu lundi par Xavier Bertrand. La question notamment des régimes spéciaux sera mise sur le tapis.


Le ministre du Travail devrait l'assurer qu'aucun décret sur le sujet n'est en préparation, contrairement à ce qui avait été annoncé. Mais qu'il prépare sur le sujet un texte qu'il souhaite soumettre au Parlement dès octobre... Autant d'ingrédients pour une rentrée mouvementée, d'autant que les trois quarts des Français réclament à cor et à cri une augmentation de leur pouvoir d'achat.

"Fillon savait ce qu'il faisait en acceptant Matignon"

Sans doute la lecture de ce récent sondage aura-t-elle incité Nicolas Sarkozy à remiser aux oubliettes le projet de TVA sociale. Et s'il devait être repris, ce serait après les municipales, histoire de ne pas réitérer la bévue qui a coûté un certain nombre de sièges de députés à la majorité au moment des législatives. Sous une autre appellation. Et sous une autre forme: un dispositif plus global propre à améliorer le financement de la protection sociale et à diminuer le coût du travail.

Si le climat s'annonce morose dans l'Hexagone, Nicolas Sarkozy n'est pas sûr de rencontrer, en dehors du pays, plus d'enthousiasme à l'égard de sa politique. Il sera lundi à Berlin pour un sommet informel avec Angela Merkel qui pourra se prévaloir d'une politique économique plus efficace malgré l'euro fort, tant décrié par le pouvoir français. Quant à Christine Lagarde, elle retrouvera ses homologues européens vendredi à Porto. Ils pourraient bien lui demander où en est l'engagement du gouvernement Villepin d'atteindre l'équilibre budgétaire et un endettement inférieur à 60% du PIB en 2010, la France, en ce domaine, étant attendue au tournant... de la rigeur.

Près de quatre mois ont passé depuis son accession au pouvoir et Nicolas Sarkozy est peut-être en train de se confronter à la réalité d'un pouvoir qu'il a voulu entièrement concentré entre ses mains: "Le président fait tout, et le gouvernement fait le reste", pourrait-on dire, plagiant Renaud Muselier quand il était le secrétaire d'Etat de Villepin, ministre des Affaires étrangères. L'agenda du Premier ministre n'affiche ainsi pour la semaine à venir que des activités lundi - deux rendez-vous dont un avec Oliver Stirn - et mardi, essentiellement des entretiens avec ses ministres. "Il savait ce qu'il faisait en acceptant Matignon", rappelle certains zélateurs de Sarkozy, même si François Fillon, amer, a réfuté, "en tant qu'élu", le qualificatif de collaborateur dont l'avait affublé le président lui-même...

Souvent traités de nuls, avec une mention spéciale pour MAM

Et certains, comme ce ministre de parler "d'une ambiance de merde". D'autres, parmi les conseillers, de rapporter que selon l'humeur du jour, le chef de l'Etat serait prêt à virer la moitié de son gouvernement, brandissant la menace d'un remaniement en janvier, avant les municipales, ce que les troisièmes démentent. Pourtant au passage en revue des ministres, peu sont couverts de louanges. Ceux de l'ouverture sont jugés les plus loyaux et les plus compétents. Xavier Darcos à l'Education est unanimement jugé excellent, les secrétaires d'Etat Christian Estrosi, Alain Marleix, Roger Karoutchi sont loués pour leur fidélité, Luc Chatel est fort apprécié. Quant aux autres, ils sont souvent traités de nuls, avec une mention spéciale pour Michèle Alliot-Marie que le président serait satisfait de voir partir au plus vite. Seule Rachida Dati, malgré ses démêlées de plus en plus voyantes avec les magistrats, jouit toujours de l'impunité présidentielle. "Le président en a fait un symbole, il ne peut que la protéger et la soutenir", analyse un proche. Un autre résume la situation au sommet du pouvoir: "Il n'est pas content de ses ministres, il n'est content que de lui-même." Sera-ce suffisant pour contenter les Français ?

Sources Le JDD

Posté par Adriana Evangelizt


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