LE THIN THANK DE DOMINIQUE

Matignon a beau démentir tout dispositif institutionnel de communication politique, Dominique de Villepin a constitué autour de lui un véritable "think tank" pour mettre en musique son action. Bien sûr, il est rare qu'un premier ministre ne se préoccupe pas de la mise en scène de son action. Depuis quinze ans, la communication du chef du gouvernement est même l'un des gros postes de dépenses plus ou moins officiel de Matignon. Mais il est inhabituel qu'un chef de gouvernement s'y soit autant préparé... bien avant de parvenir au poste.
Certes, son prédécesseur Jean-Pierre Raffarin était un spécialiste du marketing. Villepin, lui, a une longue expérience de la communication politique, y compris en période de crise. Quand il occupait le poste de secrétaire général de l'Elysée (1995-2002), il concevait d'abord son rôle auprès de Jacques Chirac comme celui d'un agitateur d'idées doublé d'un stratège en manipulation des médias.
Même ses débuts furent marqués de ce sceau. C'est à la direction du service de presse de l'ambassade de Washington (1986-1989) que le jeune diplomate qu'il était alors s'est vraiment fait remarquer.
A Matignon, "la com, c'est d'abord lui" , résume donc l'un de ses principaux collaborateurs. "Villepin utilise des stratégies de communication pour faire bouger le système au fond", nuance un autre de ses conseillers. Il s'y est attelé depuis longtemps.
Dès l'automne 2004, alors qu'il est encore ministre de l'intérieur, le voilà qui prépare déjà avec son directeur de cabinet, Pierre Mongin, et son conseiller politique, Bruno Le Maire, tous deux reconduits dans les mêmes fonctions à Matignon, la feuille de route de son action future et sa mise en scène.
Depuis la fin 2004, ils sont aidés dans cette tâche par des consultants externes : Bernard Sananès, directeur général adjoint du cabinet Euro RSCG, que lui a présenté Jacques Séguéla (rencontré à l'Elysée du temps de François Mitterrand, quand M. de Villepin était directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères Alain Juppé, de 1993 à 1995) et Philippe Méchet, l'ancien directeur des études politiques de la Sofres, aujourd'hui sous contrat avec Matignon.
Tous les quatre, ainsi que Véronique Guillermo, la responsable du service de presse, lui servent de "capteurs" et de partenaires de "ping-pong stratégique".
Quand M. de Villepin est nommé, le 30 mai, sa stratégie pour les deux prochaines années est donc prête. "Il est arrivé avec une vision claire, écrite et très phrasée de ce qu'il allait faire", constate un collaborateur. Des objectifs clairs et limités, un rythme de communication régulier et accéléré : tous les ingrédients qui constitueront bientôt la marque de fabrique du nouveau premier ministre.
Si Jean-Pierre Raffarin donnait l'impression d'être dépassé par les événements et de monter au front sur tous les sujets, M. de Villepin surprend, le 8 juin, avec une déclaration de politique générale resserrée sur un seul thème : l'emploi.
L'annonce du choix de la procédure des ordonnances pour instaurer un nouveau contrat de travail dans les petites entreprises lui permet d'aller vite. "Il s'agissait aussi de priver Nicolas Sarkozy du monopole de l'action et de l'activisme", résume un proche.
Même si, au jour le jour, le premier ministre est très présent sur tous les arbitrages gouvernementaux, il l'est encore davantage sur le chômage. En juin et juillet, chacun de ses déplacements de fin de semaine y a été consacré. Et, signe des temps, à Matignon, la réunion hebdomadaire des directeurs de communication ne réunit plus que les représentants des ministres directement associés au plan de lutte contre le chômage.
Professionnel et perfectionniste, le premier ministre assure aussi la "communication interne". Le 7 juillet, il s'invite par surprise à une convention des directeurs d'agence ANPE pour galvaniser les troupes sur le plan de cohésion sociale. "C'est plus utile que de mobiliser les préfets !", tranche-t-on à Matignon.
DOUZE MOIS UTILES
Le deuxième acte de l'action du premier ministre a été préparé avec le même soin. Son démarrage a été fixé au 1er septembre, au lendemain de l'annonce d'une baisse du chômage, qui repasse sous la barre des 10 %.
Heureux hasard du calendrier ? Ce serait faire injure aux stratèges de la communication qui entourent le premier ministre ! A commencer par lui-même. Dès la mi-juillet, le ministère du travail avait communiqué au chef du gouvernement des premiers indicateurs qui laissaient entrevoir un retournement de tendance, après la baisse constatée depuis juin.
La date du 1er septembre a donc été choisie pour faire coup double : rebondir sur les chiffres du chômage et griller la politesse à Nicolas Sarkozy, qui s'exprimera à l'université d'été des Jeunes populaires le 4 septembre, et lors de la convention fiscale de l'UMP le 7.
Le premier ministre juge n'avoir plus qu'une année utile avant le début de la campagne présidentielle de 2007. Et le scénario de ces douze mois est écrit : emploi, rémunération du travail, formation et éducation. Sa garde rapprochée a déjà son slogan : travailler "pour le moyen et long terme".
Sources : LE MONDE
Posté par Adriana Evangelizt