TENSIONS DANS LE GOUVERNEMENT
Tensions exacerbées au sein de la majorité
par Stéphane Sahuc
À dix-huit mois de l’échéance présidentielle, l’affrontement entre sarkozystes et chiraquiens entre dans une nouvelle phase.
Une passe d’arme discrète mais violente. Le président de la République visite de manière inopinée le centre opérationnel chargé de l’application du plan Vigipirate en compagnie des ministres de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, et de la Défense, Michèle Alliot-Marie. Le chef de l’État fait clairement comprendre que sur ce sujet comme sur les autres, c’est l’Élysée qui décide. En arrière-plan, Nicolas Sarkozy a la mine des mauvais jours. Il soupire, lève les yeux au ciel, furieux de voir le président de la République empiéter sur ce qu’il considère être son « domaine réservé ». L’anecdote augure de la nature des « relations » dans les dix-huit mois entre le camp des sarkozystes et des chiraquiens reconvertis au villepinisme.
Car cette visite du chef de l’État est une réplique à l’offensive menée ce week-end par le président de l’UMP. Depuis le début de la semaine dernière, le ministre de l’Intérieur a haussé le ton. Vendredi, devant quelque 200 chefs d’entreprise, il a franchi un cap en prônant la nécessité d’une « rupture avec les réformes bancales et les prudences hypocrites qui nous ont conduits dans cette impasse ». La formule vise directement la politique mise en oeuvre par le premier ministre, Dominique de Villepin, également attaqué, hier, par l’ancien premier ministre Édouard Balladur. Pour le mentor de Nicolas Sarkozy, « la France a besoin d’une politique profondément nouvelle ».
Et de valider le concept de « rupture », cher à son poulain, en convoquant l’histoire et le général de Gaulle : « Si 1940 et 1958 ne sont pas une rupture, alors je ne sais pas en quoi elle peut consister. Lorsque, en 1986, j’ai lancé les privatisations, supprimé le contrôle des prix, et relancé l’économie grâce à la baisse des déficits et des impôts, c’était une rupture avec l’ordre établi depuis la guerre. » L’ancien candidat à l’élection présidentielle va plus loin. Il pose l’affrontement Sarkozy-Villepin comme « deux conceptions de l’avenir ». L’ancien premier ministre voit l’échéance de 2007 comme une revanche de 1995. « La droite française, depuis le XIXe siècle, est riche de deux courants : un courant jacobin et un courant libéral. Cette ligne de partage existe toujours. En 1995, j’avais insisté sur le fait que la France devait s’ouvrir au monde, à la liberté économique, se réformer. Chirac avait insisté davantage sur la protection, le rôle de l’État », explique-t-il. Un match retour pour lequel le candidat Sarkozy possède un atout qui faisait défaut au candidat Balladur : le parti. D’où sa détermination de soumettre au vote des adhérents de l’UMP la désignation du prochain candidat. Des primaires dont, pense-t-il, il ne peut sortir que gagnant. Le président de l’UMP a complètement réorganisé l’appareil dont les principaux postes clefs sont aujourd’hui tenus par ses amis. Nicolas Sarkozy a la haute main sur les investitures pour les prochaines législatives. Mais surtout les finances : élément déterminant pour les futures campagnes électorales des candidats à la députation ou même à l’élection présidentielle, au regard des nouvelles législations. Il semble évident qu’en 2007, seul le candidat investi par l’UMP bénéficiera du soutien financier du parti... ce qui n’était pas le cas en 1995.
C’est l’une des raisons qui poussent le clan chiraquien à refuser toute idée de primaires à l’UMP. Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, proche de Jacques Chirac et villepinophile, a d’ores et déjà prévenu qu’en cas de primaires au sein du parti majoritaire il ne « votera pas ». Rappelant au passage que « ceux qui aujourd’hui demandent des primaires sont ceux qui les refusaient en 1995 ». Mais en 1995, Édouard Balladur ne tenait pas le RPR.
Sources : L'HUMANITE
posté par Adriana Evangelizt