Le projet d'Union méditerranéenne porteur de divisions dans l'UE, selon Merkel

Publié le par Adriana EVANGELIZT




Le projet d'Union méditerranéenne porteur de divisions dans l'UE, selon Merkel





Juste avant une rencontre au sommet à Paris, la chancelière allemande Angela Merkel a adressé une inhabituelle mise en garde à Nicolas Sarkozy sur les risques de divisions de l'Europe que porte en germe, selon elle, le projet d'Union méditerranéenne du président français.

Conformément à sa réputation de ne pas mâcher ses mots, la chancelière conservatrice, fervente européenne, a exprimé son désaccord mercredi dans un discours: "Je suis très sceptique, je le dis sans fard", a-t-elle dit.

Le président français avait proposé mercredi à Constantine à son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika de "bâtir l'Union méditerranéenne sur l'amitié franco-algérienne (...) comme la France offrit jadis à l'Allemagne de construire l'Union de l'Europe sur l'amitié franco-allemande".

"L'Union de la Méditerranée, c'est un pari et un défi (...) qui n'est ni plus, ni moins raisonnable que celui de l'Europe il y a soixante ans", avait-il jugé.

Dans un discours consacré à la capacité d'action de l'Allemagne en Europe, Mme Merkel a été très critique: elle a jugé que la proposition porte le risque à terme que "l'Union européenne se désintègre en son noyau" et que ce projet "libère des forces de tension dans l'UE", ce que, a-t-elle dit, "je ne voudrais pas".

"Si nous disons: construisons maintenant une Union méditerranéenne à laquelle seuls les pays riverains de la Méditerranée prennent part (...) mais qui utilise les instruments financiers de l'UE, je prédis que d'autres vont dire: nous devons faire aussi une union d'Europe de l'Est, par exemple avec l'Ukraine, et eux aussi pourront utiliser ces fonds".

"Et se produira alors quelque chose que je juge extrêmement dangereux. Il pourrait arriver que l'Allemagne se sente davantage portée du côté des pays de l'Europe centrale et de l'Est, et la France davantage du côté des pays de l'Union méditerranéenne."

"La responsabilité de la Méditerranée incombe aussi à un Européen du Nord, tout comme l'avenir de la frontière avec la Russie et l'Ukraine est l'affaire de ceux (des pays européens) qui sont au bord de la Méditerranée", a martelé la chancelière.

En juillet dernier, le chef de la diplomatie social-démocrate Frank-Walter Steinmeier avait déjà affirmé que l'Union méditerranéenne proposée par la France ne devait pas "entrer en concurrence" avec le Processus de Barcelone, un des volets de la politique de voisinage de l'UE, qui, bien que peu satisfaisant, prévoit des aides financières à des pays de la Méditerranée non membres de l'UE.

"Nous devons prendre garde à ne pas entrer dans une concurrence les uns avec les autres avec notre politique de voisinage", avait-il mis en garde.

Autant que l'ampleur du désaccord, prévisible depuis que Nicolas Sarkozy avait lancé cette idée durant sa campagne électorale au printemps, c'est le moment où il s'exprime qui a frappé, à la veille du sommet informel de l'Elysée.

Pour Martin Koopmann, de la Société allemande de politique étrangère (DGAP), conservateurs et sociaux-démocrates au pouvoir sont complètement sur la même longueur d'onde sur cette question.

Paris et Berlin "partagent l'analyse que les relations avec les pays du sud de la Méditerranée ne sont pas parfaites", mais en tirent "des conséquences très différentes", souligne-t-il.

"Pour Sarkozy, il faut faire quelque chose à part, et pour Merkel, améliorer les instruments dont on dispose" pour un dialogue "auquel non seulement France, Espagne, Italie et pays du sud sont intéressés mais tous les Européens". La position tranchée de Merkel s'inscrit "dans la vision européenne intégrationniste" d'une Allemagne soucieuse d'éviter les divisions et différences d'avantages entre groupes de pays européens, selon Martin Koopmann.

Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

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