Le président qui fait pschitt...
Sondages en berne, popularité écornée
Le président qui fait pschitt...
par Carole Barjon
La comparaison avec la popularité de son Premier ministre est le signe que, plus que sa politique, c'est l'homme et son style qui sont rejetés. Son «j'assume» qui l'a longtemps différencié des faux-culs est devenu synonyme de «je vous emmerde»
C'était écrit. Le candidat Nicolas Sarkozy l'avait prévu et en avait averti tous ses proches : il serait impopulaire au plus tard au printemps 2008. C'est la raison pour laquelle il avait plaidé, lorsqu'il était encore ministre de l'Intérieur, pour que les élections municipales aient lieu dès octobre 2007. Bien vu. Sauf sur un point. Dans son esprit, son impopularité devait être l'inévitable sanction de l'opinion après des réformes courageuses mais difficiles. Or rien ne se passe comme prévu. Oui, depuis un mois, Sarkozy décroche brutalement. Mais la comparaison avec la cote de son Premier ministre, qui, elle, fléchit nettement moins, est bien le signe que, plus encore que sa politique, c'est l'homme et son style qui sont rejetés. Nicolas Sarkozy a été élu parce qu'il allait s'occuper des problèmes des Français. Aujourd'hui, le problème, c'est lui. Le président qui se veut hyperprésident fait pschitt !
Urgence et discrétion maximum. Célébré samedi dernier dans le palais de l'Elysée, seul bunker possible pour décourager les paparazzis, le mariage du président de la République devrait régler les problèmes de protocole lors des prochains voyages du chef de l'Etat à l'étranger et surtout, espère son entourage, mettre un terme à une trop longue séquence people. Malgré une rechute dans les jardins de Versailles, où il n'a pu s'empêcher de sortir de la Lanterne pour se faire photographier avec Carla à la terrasse d'un café, Sarkozy passe ainsi d'un extrême à l'autre : ce saisissant contraste en dit assez sur l'inquiétude qui a désormais saisi l'Elysée et la volonté de corriger le tir.
En réalité, rien ne va plus depuis début décembre. Bien que «profondément traumatisé», selon plusieurs proches, par son divorce en octobre, le président a mené à bien en novembre la réforme des régimes spéciaux. Mais la très longue visite à Paris du colonel Muammar Kadhafi change la donne. Face à cet incroyable numéro du Guide de la Révolution, communicant hors pair, c'est la première fois que Nicolas Sarkozy donne le sentiment de ne pas maîtriser la situation mais de la subir. Et l'escapade à Disneyland Paris en compagnie de Carla Bruni dont c'est la première apparition publique à ses côtés, qu'elle soit ou non destinée à effacer la mauvaise séquence de la semaine précédente, n'y change rien. Au contraire. Elle signe le début d'une chronique de la vie privée qui va tout envahir, tout parasiter. Quand la machine people est lancée, rien ne peut l'arrêter. Encore moins lorsque l'intéressé l'alimente lui-même, comme lorsqu'il répond trop longuement aux questions sur sa relation avec Carla Bruni pendant sa conférence de presse. Ou, plus récemment en Inde, lorsqu'il convie la rédactrice en chef de «Point de vue Images du monde» à le suivre bientôt à Londres ou aux de Pékin...
A l'Elysée, dès avant Noël, certains s'inquiètent, mais rares sont ceux qui osent aborder le sujet avec le président. Claude Guéant qui s'était hasardé à s'enquérir du sort du petit Louis et à proposer une aide, lorsque Cécilia Sarkozy était partie en mai 2005, s'était heurté à une fin de non-recevoir courtoise mais ferme. «Ma vie privée ne regarde que moi», lui avait alors dit en substance le président de FUMP Depuis, bien peu s'y risquent. Et puis, rappelle un élu UMP, «beaucoup ont compris ce que ça coûtait de se mettre la reine à dos». La seule qui ait osé, raconte-t-on dans le cercle rapproché, c'est sa mère, «Dadu». Mais il l'aurait ensuite boudée... Catherine Pégard, conseillère spéciale et ancienne journaliste au «Point», ne s'est jamais autorisée à lui parler de son # divorce avant que lui-même n'aborde le sujet & avec elle. Elle serait cependant, dit-on, l'une «des rares à lui faire passer, à sa manière, très diplomatique, des messages en tête à tête. Même chose pour Frank Louvrier, conseiller pour la presse, qui malgré ses 39 ans est son plus ancien collaborateur - il travaillait avec Sarkozy au RPR en 1997. Enfin, il y a Patrick Buisson, conseiller extérieur officieux, mais très influent. Ancien de «Mnute» et de «Valeurs actuelles», puis chroniqueur à LCI, aujourd'hui collaborateur de la chaîne Histoire. Ce proche de Philippe de Villiers, dont il dirigea la campagne présidentielle en 1995, a joué un rôle déterminant dans la campagne présidentielle. Spécialiste des études d'opinion, c'est notamment lui qui a incité Sarkozy à tenir bon sur les «fondamentaux» de droite - sécurité, immigration, identité nationale. D'où le hold-up sur l'électorat du Front national. Aujourd'hui encore Sarkozy écoute Buisson qui lui rend régulièrement visite à l'Elysée, muni de courbes et de schémas, et fait d'autant mieux passer ses messages.
Pas si facile pour autant. Sarkozy entend mais n'écoute pas forcément. Ne le connaissait-on pas déjà tel qu'il est ? Tout au long de sa campagne présidentielle, il a mis en avant son «authenticité». Il n'avait rien caché. Sans doute. Mais c'est oublier qu'à l'époque il avait des adversaires. Les Français étaient confrontés à un choix. Et, pour mille raisons, la comparaison fut à son avantage, malgré ses excès. Depuis son élection, il n'y a plus de faire-valoir ou de repoussoir. Seul au sommet, il n'est plus comparé. Il est jugé. La relativité ne joue plus.
Il n'empêche. Parce que l'an dernier il a eu raison contre tout le monde - la gauche, la droite ou ses proches qui lui recommandaient de ne pas aller trop loin dans la transgression -, il se méfie des bons conseils. Parce qu'il estime travailler énormément et donner beaucoup de lui-même, il estime avoir droit au bonheur «pas plus que les autres, mais pas moins», comme il l'a dit plusieurs fois publiquement. Et il n'a envie ni de se priver ni de se cacher. Les ricanements, l'ironie, l'indignation, l'exaspération ou les commentaires peu amènes de la presse ? Il n'en a, rapporte un conseiller, «rien à foutre». Ce qui se traduit en public, au nom de la «transparence» et de la modernité, par cette profession de foi : «J'assume.» Seul problème, ce «j'assume» qui l'a longtemps servi et différencié des faux-culs et des discours convenus, est aujourd'hui synonyme de mépris. «J'assume», ça signifie : je vous fais un bras d'honneur. «J'assume» est entendu comme «je vous emmerde».
Lorsque Sarkozy annonce le 8 janvier lors de sa conférence de presse ses prochaines épousailles - «avec Carla, c'est du sérieux» certains autour de lui blêmissent. Ils savent ce qui remonte du terrain et de la France profonde depuis quelque temps. Deux mois seulement se sont écoulés entre l'annonce d'un prochain mariage et la rencontre du président avec sa nouvelle compagne. Cette promptitude trouble les Français qui ne vivent pas au même rythme que leur président, rapportent les parlementaires UMP de retour de leur circonscription. Trop précipité pour être vrai après une rupture difficile : voilà ce que transmettent les élus à l'Elysée. «C'est injuste parce que Nicolas est sincèrement épris, relève un proche de Sarkozy, mais c'est un fait. C'est mal perçu. By a un doute.» C'est cette absence de «délai de viduité» qui vaut à Sarkozy des remarques cruelles comme celle d'auditeurs d'Europe 1 sur ce «mariage Ipsos-BVA».
Pour beaucoup de sarkozystes, ministres ou conseillers à l'Elysée, c'est cette perception de l'opinion qui pose problème, bien plus que les impatiences sur le pouvoir d'achat. Car le doute sur sa sincérité entame la crédibilité de sa parole politique. C'est la sincérité de son engagement public qui est atteint. Voilà pourquoi ses retours sur le terrain depuis deux semaines n'ont pas convaincu. Comme si l'opinion désormais n'y voyait plus que des «trucs», des recettes, forcément éculées.
Bref, l'heure est grave et, de l'avis de plusieurs proches, le mal est profond. Il faudra du temps et beaucoup ramer. «Il se remet ostensiblement à son établi, dit un visiteur du soir. Avant, il bossait mais ne montrait que ses vacances. Il va se montrer en train de bosser et de souffrir.» Car c'est aujourd'hui sa capacité à incarner la fonction présidentielle qui est en question - seulement 48% estiment qu'il l'incarne bien d'après l'institut CSA, soit un recul de 11% par rapport au mois de décembre. Du coup, la majorité tangue. La chute de popularité du chef de l'Etat ajoutée aux mesures libérales - notamment l'ouverture des professions protégées comme les taxis -, préconisées par le rapport Attali, ont mis le feu aux poudres à moins de deux mois des élections municipales. Mnistres, candidats ou responsables de FUMP, tous redoutent une bérézina. Sarkozy, l'homme à faire gagner les élections, est devenu celui qui pourrait les faire perdre. Un comble !
Sarkozy n'ignore rien de tout cela. Mais les municipales ne sont pour lui qu'un épisode dans une marche plus longue. Son horizon, c'est 2012. «Je ne serai pas jugé sur ma vie privée mais sur mes résultats», répète-t-il souvent devant son entourage. Précisément. Sa volteface sur le pouvoir d'achat avait déjà désorienté les Français, habitués à une posture plus volontariste. Mais son activisme tous azimuts, sa propension à se saisir de tous les sujets, l'absence d'une ligne claire déconcertent les responsables de la majorité qui déplorent depuis déjà longtemps un «manque de lisibilité». «Le pilote de l'avion ne voit pas toujours la trajectoire car il est dans l'avion», remarque un familier de l'Elysée qui plaide pour que Sarkozy «enfile son costume présidentiel». En clair : une remise à plat de son dispositif, une meilleure harmonisation avec le gouvernement. Bref, se concentrer sur l'essentiel. Mais outre que son entourage est divisé sur cet essentiel - priorité à la réduction des déficits publics ou financement du coût social des réformes d'abord -, c'est peut-être beaucoup demander à Sarkozy, théoricien convaincu du mouvement perpétuel en politique.
Sources Nouvel Obs
Posté par Adriana Evangelizt