Washington et Paris divisés au Liban
Et bien sûr que Paris et Washington sont divisés mais si l'axe israélo-américain insiste tant pour le déploiement d'une force internationale, ce n'est pas pour rien. Ils ont quelque chose derrière la tête qui amènera autant de chaos qu'en Irak. Et la Syrie est dans le collimateur.
Washington et Paris divisés au Liban
par Nick Wadhams
NATIONS UNIES (AP) -- Les divergences de vues entre plusieurs pays, particulièrement la France et les Etats-Unis, partenaires dans la résolution qui mit fin à la présence syrienne au Liban, ont entraîné l'annulation lundi aux Nations unies d'une réunion des pays susceptibles de contribuer à une force internationale de stabilisation dans le sud du Pays du Cèdre.
Faute d'entente, Washington proposera probablement dans les prochains jours une résolution concurrente de celle de la France au Conseil de sécurité de l'ONU. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a déclaré lundi qu'elle espérait qu'un texte soit adopté sous une semaine, tout en reconnaissant qu'il y avait encore "beaucoup à faire".
De leur côté, les chefs de la diplomatie de l'Union européenne se réunissaient mardi pour tenter de lancer un appel commun à l'arrêt des violences, déclarant d'entrée qu'ils ne croyaient pas à un succès de l'offensive militaire israélienne contre le Hezbollah, qui y gagnerait au contraire en soutien dans la région.
Les diplomates notamment onusiens n'ont pas pu rapprocher les positions, d'une part du Liban et de la France, qui ont pris la tête des opérations et veulent un véritable cessez-le-feu immédiat pour ouvrir la voie à un accord politique et un arrêt durable des hostilités puis la mise en place d'une force d'interposition sous mandat de l'ONU; d'autre part des Etats-Unis, qui mettent en avant le droit d'Israël à se défendre et refusent d'appeler à un cessez-le-feu immédiat, estimant qu'il doit être assorti simultanément de négociations politiques et du déploiement d'une force multinationale. Le cabinet de sécurité israélien a d'ailleurs donné son feu vert lundi soir à une amplification des opérations terrestres au Liban, et rejeté tout cessez-le-feu avant la mise en place d'une force internationale.
L'annulation de la réunion de lundi à l'ONU, voulue par Washington et jugée "prématurée" par Paris, reflète donc bien le différend entre les deux capitales.
L'ambassadeur de la France auprès de l'ONU, Jean-Marc de La Sablière, a réitéré lundi soir la position de Paris, énoncée à plusieurs reprises les jours précédents par les plus hauts responsables, dont le Premier ministre Dominique de Villepin.
Dans le camp américain, l'homologue de M. de la Sablière, John Bolton, a tenté de minimiser la portée du report de la réunion, affirmant que de hauts responsables dont la participation était souhaitée étaient déjà attendus ailleurs.
Mais la position américaine devient de plus en plus difficile à tenir sous la pression de la communauté internationale, d'autant plus que même le plus fidèle allié de Washington, le Premier ministre britannique Tony Blair, a pris quelque distance, jugeant que "ceci doit cesser, et cesser des deux côtés", israélien et du Hezbollah.
Au-delà de la question du cessez-le-feu, d'autres difficultés s'annoncent. Israël, par exemple, souhaite qu'une éventuelle force de maintien de la paix au Liban-Sud soit entièrement nouvelle et non un élargissement de celle de 2.000 hommes, la FINUL, déjà présente au Liban; la Syrie et le Liban, eux, veulent le contraire. La diplomatie aura encore fort à faire.
Sources : Nouvel Observateur
Posté par Samuel Roth et Adriana Evangelizt