La France aux relents nauséabonds de Sarkozy
La France aux relents nauséabonds de Sarkozy
par Grégory Marin
Présidentielle. Nicolas Sarkozy a brossé un tableau de sa « France d’après ». Celle qu’il veut construire sur les ruines de la république, de la nation et de l’État.
« Je veux un nouvel État, une nouvelle nation, une nouvelle république. » Nicolas Sarkozy prononçait jeudi à Périgueux un discours devant 5 000 militants de l’UMP. Le futur candidat y définissait « notre république ». En fait, sa conception de la république, délimitée par une idée de la nation qu’il dispute à l’extrême droite et une réforme de l’État passé à la moulinette des restrictions. Sa république ? Aucune comparaison possible avec celle qui « se développa tour à tour par la conscription, le suffrage universel, l’école, la laïcité, la sécurité sociale ou le droit du travail », acquis que lui ou sa famille politique (1) ont cassé ou veulent casser. La sienne a « accompli le rêve des vieux rois : elle nous a fait une nation une et indivisible », qu’il déclare fondée sur « la propriété et son respect comme conditions de la liberté ». De cette « république fraternelle » sont nés les Mirabeau, Victor Hugo, Jules Ferry, Jaurès et de Gaulle, ceux dont « nous sommes les héritiers ». Le président de l’UMP « ne fait pas le tri » : « Je les prends tous. La nation n’appartient pas à M. Le Pen. » De fait, paraphrasant le discours du président du Front national à Valmy (notre édition du 21 septembre), il lui dispute le droit de l’avilir.
Son idée de la nation fleure le traditionalisme de terroir, tendance XIXe siècle. « La France est accueillante mais elle ne veut pas qu’on s’installe chez elle sans respecter ses lois, ses moeurs, ses traditions, ses valeurs... » Sa France, selon lui, « prête à faire des efforts pour mieux intégrer ceux qui viennent d’ailleurs », « ne reniera pas 2 000 ans de chrétienté, 2 000 ans d’héritage de valeurs spirituelles et de valeurs de civilisation ». Le discours inhumain du ministre de l’Intérieur prend parfois le pas sur celui du candidat. Surtout lorsqu’il se veut autoritaire avec l’Europe entière, dont il « ne peut pas tolérer que certains pays négligent le contrôle de leurs frontières ou que d’autres procèdent sans concertation à des régularisations massives d’immigrés clandestins ». Au final il révèle sa conception étriquée de la France, piétinant les plates-bandes de Le Pen et Villiers : « Il n’y a qu’une seule politique qui vaille pour la France, celle qui défend en toutes circonstances son honneur, son identité, ses intérêts et ses valeurs. »
Enfin le candidat à la candidature UMP a brossé son portrait de l’État, qu’il a déjà esquissé au cours d’autres rendez-vous. Un État « faible » car « étouffé par son endettement et par sa bureaucratie », « miné » par « les corporatismes et paralysé par les conservatismes ». Sa cible ? Les fonctionnaires. Même s’il déclare « indigne » de « faire des fonctionnaires les boucs émissaires de la faillite des politiques », Nicolas Sarkozy avoue vouloir « moins de fonctionnaires ». Et ce n’est pas la « remise à plat » des 35 heures qui les rassurera sur le sort qui les attend si le président de l’UMP accède à l’Élysée. Pressurés, pourront-ils assurer les missions de service public avec 15 000 fonctionnaires en moins chaque année ? Le candidat qui admet avoir « voté » l’euro, qui a masqué « une réelle hausse des prix », dit vouloir « du pouvoir d’achat » pour les Français. Ce qui leur permettrait de faire face à « l’envolée du prix de l’énergie » (à laquelle contribuera la fusion GDF-Suez qu’il a soutenue malgré ses fausses promesses) et « du prix de l’immobilier », qu’il encourage à Neuilly en refusant de construire des logements sociaux.
(1) Puisqu’il se réclamait lui-même du « rassemblement de toute une famille », incluant « l’ancrage de la famille centriste » représentée à la tribune par Philippe Douste-Blazy.
Sources : L'Humanité