Alliot-Marie affronte Sarkozy sous les sifflets
Nous revenons sur les sifflets dont MAM a écopé en disant ce qu'elle pensait. Et elle a bien fait. Car sa franchise est tout à son honneur. Nous dirons deux mots sur les propos qu'a tenu Sarkozy après qu'elle soit partie. « Elle se trompe sur son influence, a confié en aparté Sarkozy. Elle voulait peut-être mesurer sa popularité dans le parti. S'il fallait se compter, la salle a été sans ambiguïté. » Nous trouvons franchement que Sarkozy est un peu trop sûr de lui. Il nous fait penser à DSK dans l'autre camp qui s'est fait battre par Royal dans sa propre circonscription, le Val d'Oise. Que sont 2000 militants qui hurlent dans une salle à côté de 40 millions d'électeurs potentiels ? L'UMP a certainement eu tort de se focaliser sur Sarkozy. Même si le bonhomme croit le contraire, il n'est pas populaire. Il effraie. Nous avons essayé d'expliquer la chose ICI... il faudrait quelqu'un de plus soft, de plus lumineux, de plus charismatique. Sarko ne l'est pas. Il faut savoir aussi que les époques changent et que désormais, les gens votent moins pour un parti ou un programme que pour une personne. Quelqu'un qui dégage, qui rassure. Un bon nombre de français ne sont pas de purs politiques. Il y en a qui votent au feeling. D'autres qui accrochent sur une image. Et d'autres encore qui se laisse convaincre par l'entourage sans avoir d'idées précises. Là, nous pensons très sérieusement que face à Royal, Sarko a du mal à se faire, elle est beaucoup plus populaire que lui. Et elle ne traîne pas les boulets de son atlantisme et d'autres accointances qui sont loin de plaire aux Français.
Alliot-Marie affronte Sarkozy sous les sifflets
Le ministre de la Défense, qui a durement critiqué les orientations du président de l'UMP, a été chahuté par le conseil national du parti.
L'aspirante candidate à la présidentielle s'est livrée à un pilonnage en règle des propositions phares du favori des sondages. La discrimination positive, elle est « contre ». La fonction présidentielle, elle n'en a pas la même vision que le chef de l'UMP : « Gardons-nous de tout emportement. Le président est celui qui dénoue les crises et qui réconcilie les Français entre eux. Il n'est pas le président du peuple de gauche ou du peuple de droite, il n'est pas le président d'un parti politique. Il est le président des Français. » Elle n'approuve pas non plus le discours de Sarkozy sur la jeunesse : « Trop souvent nous avons braqué la jeunesse, trop souvent nous avons laissé s'insinuer l'idée pernicieuse qu'un jeune était un délinquant en puissance. » Ultime charge : « La politique, ce n'est pas le copier-coller de l'Ifop ou de la Sofres, la politique, c'est montrer un chemin. »
L'accusation a déclenché un concert de sifflets. Immédiatement suivi d'un bis quand, en guise de conclusion, elle a rappelé sa disponibilité pour 2007 en lançant à l'auditoire : « Le combat ne me fait pas peur, j'y suis prête ! » C'est la première fois que l'ex-présidente du RPR se retrouve en butte à l'hostilité d'une salle militante. « Elle se trompe sur son influence, a confié en aparté Sarkozy. Elle voulait peut-être mesurer sa popularité dans le parti. S'il fallait se compter, la salle a été sans ambiguïté. » Et d'ajouter avec un large sourire : « Il faut rester relax. »
Le maître des cérémonies du conseil national a fait mine de « modérer » les ardeurs de ses partisans en les interpellant depuis la tribune : « Je voudrais rappeler à chacun que nous sommes dans la même famille. La division et les règlements de comptes nous ont toujours conduits aux défaites. » Mais il n'a pu s'empêcher, ensuite, de riposter à MAM en rappelant qu'il ne voulait pas d'une discrimination « fondée sur des critères raciaux ou ethniques », qu'il en avait « assez des beaux discours sur l'égalité des chances » et qu'il « ne fallait pas confondre la place faite aux jeunes et le jeunisme ». Le tout avec force moulinets des bras et sur un ton qui n'appelait pas vraiment au « débat » qu'il souhaite par ailleurs officiellement. Le patron de l'UMP a d'ailleurs conclu son intervention d'un définitif : « Je suis celui qui a beaucoup fait pour décomplexer la droite française. Je continuerai à parler comme ça. »
« La réponse du président de l'UMP est discourtoise », a jugé Patrick Ollier, compagnon de Michèle Alliot-Marie. « On sait comment sont faites les salles », a renchéri un conseiller de MAM. La violence de la passe d'armes est arrivée jusqu'aux oreilles de Jean-Louis Debré, resté à Évreux. Son sang n'a fait qu'un tour, il a sauté dans sa voiture : « Quand j'ai entendu qu'on avait organisé des sifflets contre Michèle Alliot-Marie, j'ai décidé que mon devoir était de venir. » Une fois sur place, le président de l'Assemblée nationale est resté dans les couloirs du Palais du congrès, expliquant à qui voulait l'entendre : « J'ai déconseillé à Alliot-Marie et à Villepin d'être là. Je les ai prévenus qu'ils seraient sifflés. »
À la tribune, c'est Jean-Pierre Raffarin qui a joué les conciliateurs en appelant à « faire en sorte que la politique ne passe pas par la violence verbale ». Pour préparer le face-à-face entre Villepin et Sarkozy, l'ancien premier ministre a usé d'une parabole : « Vous prenez un Chinois du nord, il est grand. Vous prenez un Chinois du sud, il est petit. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne se comprennent pas, mais ils aiment tous les deux la Chine. » Le message a porté, d'autant plus que dans l'attente de l'arrivée de Dominique de Villepin, les sarkozystes ont fait passer des consignes d'apaisement dans le public. Le numéro deux du gouvernement a assuré au numéro un qu'il pouvait « être fier du travail accompli ».
À l'inverse de MAM, Villepin n'a pas attaqué frontalement le chef de l'UMP, ce qui lui a évité les sifflets. Mais il a tout de même prévenu : « Aucune prise de parole n'est illégitime, aucune position n'est dissidente. Le débat n'est pas un risque, c'est notre chance à tous. » Pour lui, le temps de l'alignement n'est pas venu. Toujours hostile aux primaires - « Nous n'allons pas imiter le PS » -, il a de nouveau mis en garde contre la rupture : « Ne jetons pas aux orties tout le travail qui a été accompli. Il donne du poids à nos paroles, de la crédibilité à nos propositions. »
Sources : Le Figaro