Nicolas Sarkozy devra se méfier de ses amis
Nicolas Sarkozy devra se méfier de ses «amis»
par Sylvain Besson
Une candidature tardive de Jacques Chirac ou de Dominique de Villepin n'est pas exclue.
Officiellement candidat à la présidentielle depuis jeudi, Nicolas Sarkozy se dit «serein», mais il n'est pas tranquille. Même s'il est investi par son parti, l'UMP, le 14 janvier prochain, il devra se méfier jusqu'au bout de deux membres éminents de sa «famille politique»: le président Jacques Chirac et son premier ministre, Dominique de Villepin. «Pour Sarko, c'est difficile, commente l'un de ses conseillers. Face à Ségolène Royal, il est redevenu l'outsider, alors qu'il était favori depuis longtemps. En plus, nos amis recommencent à nous tirer dans les pattes.»
Mol enthousiasme
La preuve? Interrogé mercredi soir sur la candidature de son ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin a réagi avec un manque frappant d'enthousiasme. Loin de féliciter ou d'encourager Nicolas Sarkozy, il a simplement qualifié sa décision d'«acte personnel lourd». «Une élection présidentielle, c'est très long, a-t-il déclaré. Partir trop vite, c'est [prendre] le risque de lasser.» En privé, l'entourage du premier ministre est plus explicite: «Sarkozy fait peur. La machine à perdre, c'est celui qui n'est pas capable de rassembler et de rassurer.»
Quant à Jacques Chirac, il n'a pas réagi publiquement à l'entrée en campagne de Nicolas Sarkozy. «Il considère qu'il est normal que les responsables politiques se lancent petit à petit», précise-t-on à l'Elysée. Mais aucun observateur n'en doute: la haine entre les deux hommes est profonde.
Lors de la présidentielle de 1995, Nicolas Sarkozy roulait pour Edouard Balladur, le rival de Jacques Chirac au sein de la droite. A l'époque ministre du Budget, il avait mené une offensive sanguinaire contre l'actuel chef de l'Etat, en dénonçant à la justice les malversations d'entreprises impliquées dans le financement de son parti, le RPR. Jacques Chirac avait fini par remporter l'élection, mais cette affaire a empoisonné son premier mandat.
Il est donc peu probable que le président et son premier ministre observent passivement la marche forcée de Nicolas Sarkozy vers la présidentielle. Mais que peuvent-ils faire? La première hypothèse est celle d'une candidature «sauvage», c'est-à-dire extérieure à l'UMP. Jacques Chirac n'a pas exclu ce scénario, mais il reste impopulaire et vient de fêter ses 74 ans.
Si le président renonce à se présenter, Dominique de Villepin pourrait le faire in extremis, mais seulement à deux conditions: que Sarkozy s'effondre et que lui-même obtienne des résultats économiques probants. Pour l'instant, on n'en prend pas le chemin. La croissance est molle et le chômage stagne à 8,8%.
Politiquement, le président et le premier ministre sont isolés. La quasi-totalité des hauts responsables de l'UMP, y compris la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, soutiennent le processus de primaires mis en place par Nicolas Sarkozy. Selon un sondage publié jeudi dans Le Point, 78% des sympathisants de l'UMP souhaitent que ce dernier soit élu candidat, alors que «MAM» n'obtient que 13% et Dominique de Villepin 9%.
A défaut de stopper Nicolas Sarkozy, le couple exécutif semble pris d'une frénésie de la décision. Ces dernières semaines, il a décrété l'interdiction de fumer dans les lieux publics, l'introduction d'une taxe sur le charbon, une fiscalité allégée pour les plus petites entreprises, sans oublier la création d'une «cérémonie de la citoyenneté» et d'un «Observatoire national de la laïcité». Comme le dit un proche du premier ministre: «Ce n'est pas parce que Monsieur Sarkozy a décidé qu'il serait candidat qu'on va arrêter de gouverner.»
Sources Le Temps
Posté par Adriana Evangelizt