Nicokas Sarkozy prétend faire de l'école une arme contre le communautarisme

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Nicolas Sarkozy prétend faire de l’école

 une arme contre le communautarisme...

par Stéphane Beck

Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a promis vendredi soir à Angers de faire de l’école une arme contre le « communautarisme ». Est-ce pourtant compatible avec les orientations qu’il dessine pour elle ?

Si Nicolas Sarkozy est élu, c’en sera fini des zones d’éducation prioritaire dans leur forme actuelle. « En 25 ans, l’écart de niveau s’est aggravé entre les établissements de ZEP et les établissements ordinaires », a-t-il diagnostiqué. Estimant que les zones d’éducation prioritaire avaient échoué, le tout frais candidat à l’élection présidentielle a proposé de diviser par deux « immédiatement » les effectifs des établissements les plus dégradés et d’y envoyer des « équipes volontaires, spécialement formées, comprenant des enseignants expérimentés, dotées de moyens renforcés ». Renforcées également, les mesures à l’encontre des récalcitrants : Nicolas Sarkozy a plaidé pour l’exclusion des éléments perturbateurs, souhaité que les enseignants tiennent compte de la discipline dans la notation des élèves et proposé une plus grande implication des parents dans la vie des établissements. A ce dispositif s’ajouteraient des « internats de réussite éducative en ville », des « écoles de la deuxième chance » et une réforme de l’orientation, pour que celle-ci « ne rime plus avec voie de garage et relégation ».

# Formation et rétribution des enseignants

« Je vous propose, si je suis élu président de la République, de prendre les établissements les plus déshérités et en cinq ans d’en faire des établissements d’excellence, en mettant moins d’élèves, en donnant davantage de moyens et en récompensant par des salaires plus élevés les enseignants les plus expérimentés », a-t-il résumé, lors de cette première réunion publique depuis l’officialisation de sa candidature. Il a prôné une meilleure formation des enseignants grâce à une « filière d’excellence » d’une durée de cinq ans, car « l’Etat se met en situation de non assistance à personne en danger en assurant mal la formation des enseignants, en n’assurant pas leur protection, en n’assurant pas leur autorité », et proposé d’augmenter la rémunération des enseignants qui acceptent de faire du soutien scolaire et plaidé pour une plus grande liberté pédagogique.

# Libre choix, individualisation et responsabilité

Partisan de la responsabilisation des maîtres, il a déclaré : « Aux expériences pédagogiques hasardeuses sur le dos des enfants, aux circulaires administratives aussi détaillées qu’éphémères, au nivellement par le bas des exigences, je vous propose que nous substituions la liberté pédagogique des enseignants, l’autonomie des établissements, et l’évaluation des résultats ». « Ne cédons rien sur les exigences [...] Mais laissons à chaque maître le choix de sa méthode. » Rançon de cette démarche, « l’Etat assurera sa mission de garant de la justice et de l’efficacité du système par une évaluation rigoureuse, annuelle et publique de chaque établissement », a-t-il ajouté. « Il pourra apporter son aide aux établissements qui ont des difficultés et des gratifications collectives aux équipes qui réussissent. »

Dans cette logique de libre choix et de responsabilité, il s’est prononcé pour une « individualisation » des parcours scolaires pour « sortir de l’impasse du collège unique » et de « l’organisation uniforme des cycles » et la possibilité pour les familles qui le souhaitent de scolariser leurs enfants dans un établissement pratiquant le mi-temps sportif ou artistique ; il a également plaidé pour une remise en cause de la carte scolaire et pour le droit de chaque famille à retirer son enfant d’un établissement « qui n’assure pas sa protection, ni son avenir ».

« Je vous propose que chaque famille ait le choix de l’établissement scolaire de son enfant », a-t-il ajouté. « Je vous propose que chaque établissement ait progressivement la liberté de recruter des enfants en dehors de son secteur. » Une liberté qui inclut l’enseignement privé, le Nicolas Sarkozy proposant de permettre à ce dernier d’ouvrir de nouveaux établissements sans remettre en cause « l’équilibre général » entre les secteurs privé et le public. « Ce n’est pas remettre en cause cet équilibre que de permettre aux établissements privés de créer de nouvelles implantations, notamment dans les quartiers populaires où nous en aurions besoin », a-t-il dit.

« C’est par l’éducation que nous lutterons contre le communautarisme », a scandé le président de l’UMP, sans expliquer pourtant comment les lycées-ghettos, que les parents fuiront dès que la carte scolaire aura été supprimée, pourront remonter la pente, malgré les moyens promis. Plus largement, le modèle que nous promet Nicolas Sarkozy, focalisé sur la liberté et la responsabilité individuelle, affirme-t-il le caractère national de l’éducation ? souligne-t-il l’impératif de l’unité des programmes ? Remet-il en cause ce qu’il écrivait dans La République, les Religions, l’Espérance à propos de la vertueuse présence des prêtres et des imams dans les zones déshéritées ? Compte-t-il vraiment lutter contre le communautarisme tout en continuant à assumer ce qu’il y a écrit : « Il y avait des instits et aussi des curés. La religion a contribué à créer des citoyens » ou « Je n’ai fait que constater que, lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance » ?

Allons plus loin. Comme le rappelle Stéphane Arlen [1], « Nicolas Sarkozy a toujours vu l’école de la République comme une entrave au libéralisme, comme un poids pour le budget de l’État et non comme un lieu où se forment l’intelligence et la citoyenneté. » Que Nicolas Sarkozy veuille une école et une université qui ne forment pas des chômeurs en puissance, on veut bien le croire. En revanche, qu’il affirme vouloir en faire un instrument contre le communautarisme, on peut sévèrement en douter !

[1] Stéphane Arlen, « Sarkozy : une vie dédiée au mensonge », Fairelejour.org, 2 décembre 2006..

Sources Revue Républicaine


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