Le coup du sphynx
Le coup du sphynx
par Patrice Biancone
Editorialiste à RFI
Les différents voeux présentés par le président de la République ont ceci de positif cette année, c'est qu'à travers les lignes, ils donnent une indication sur l'état d'esprit de celui qui les prononce. A un peu plus de quatre mois de l'élection, on dira donc que Jacques Chirac nous refait le coup du sphynx. Et la seule conclusion véritable que l'on soit en mesure de tirer pour l'instant devant cet océan de silence et de mystère, c'est qu'il ne cédera rien. Et pour au moins une bonne raison, confirment ses proches, c'est qu'il n'a toujours pas décidé de ce qu'il allait faire.
Se présentera, se présentera pas? Tout se passe comme si le chef de l'Etat avait choisi de se venger des mauvais moments que lui a fait passer le ministre de l'Intérieur en faisant durer l'incertitude. Comme s'il pouvait encore, sous l'effet d'une pression augmentée, le faire douter et pourquoi pas trébucher afin d'y aller, comme ils disent tous, ou de propulser un autre candidat qui lui aurait montré un peu plus de respect, un peu plus d'empressement, et un peu plus de fidélité lui, qui, paradoxalement, en a été plutôt avare avec ses aînés et qui devrait savoir à quoi s'en tenir en la matière.
Mais, après tout, pourquoi pardonner à quelqu'un qui s'emploie à dire que votre bilan ne vaut rien et qu'il faut une rupture pour en finir avec vous? Manifestement Jacques Chirac a trouvé la réponse. S'il apportait, dès aujourd'hui, comme certains le souhaitent, son soutien à Nicolas Sarkozy, on dirait qu'il est masochiste. Ne pas le faire, lui laisse au moins l'illusion, mais peut-être n'en est-ce pas une, qu'il peut encore faire ou défaire l'élection, ce qui a au moins le mérite à ses yeux de faire douter le président de l'UMP qui, selon un dernier sondage, serait battu au second tour par Ségolène Royal, la preuve qu'il aura besoin de tout son camp en avril prochain.
Or, Jacques Chirac semble décidé à le faire payer comptant. Il multiplie les promesses qui engagent les autres, donc peut-être lui, Nicolas Sarkozy, s'il est élu. Après celle aux SDF sur le droit au logement opposable, il vient, à l'occasion des voeux aux forces vives, de proposer la baisse de l'impôt sur les sociétés de 33% à 20% en cinq ans, ce qui semble impossible à réaliser et ne fait qu'ajouter à sa décision de ne pas se rendre à la fête d'investiture du candidat de l'UMP le 14 janvier prochain.
Finalement si Jacques Chirac ne rentre pas dans l'histoire de France pour son action en tant que chef de l'Etat, il pourra peut-être le faire pour avoir été celui qui aura, au moins à trois reprises, fait perdre son camp pour des raisons purement personnelles. Nicolas Sarkozy rejoindrait alors dans le camp des victimes collatérales, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing...
Sources RFI
Posté par Adriana Evangelizt