Villepin contre-attaque chez les juges et vise Sarkozy
Villepin contre-attaque chez les juges et vise Sarkozy
L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a clamé son innocence et mis en cause le rôle à ses yeux ambigu de Nicolas Sarkozy devant les juges de l'affaire Clearstream, qui l'ont interrogé jeudi toute la journée.
Mis en examen en juillet, il était questionné pour la première fois en qualité de suspect. Arrivé en milieu de matinée, avec ses avocats Olivier d'Antin et Luc Brossolet, il était toujours vers 19h00 dans le bureau des magistrats, au pôle financier du tribunal, après une pause déjeuner.
"Je suis très heureux de pouvoir expliquer aux magistrats ce qu'est ma conviction, que l'affaire Clearstream n'est pas une affaire politique", a-t-il dit aux journalistes à son arrivée.
Dominique de Villepin a dit avoir envoyé aux juges d'instruction Henri Pons et Jean-Marie d'Huy un dossier de 80 pages comportant des documents relatifs à l'affaire.
Il estime notamment que Nicolas Sarkozy ne peut pas légalement être plaignant contre lui et en même temps chef de l'Etat, mais l'Elysée a fait savoir que le président maintenait cette position juridique.
L'ancien chef de gouvernement a été mis en examen le 27 juillet pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d'abus de confiance et complicité d'usage de faux".
Il est soupçonné d'avoir suscité la remise en 2004 à un juge anti-corruption, Renaud Van Ruymbeke, de fausses listes de comptes bancaires de la société financière luxembourgeoise Clearstream, qui semblaient compromettre, parmi plusieurs centaines de personnalités, Nicolas Sarkozy.
Ces listes ont été remises au magistrat par Jean-Louis Gergorin, alors vice-président d'EADS et qui dit avoir agi à la demande de Dominique de Villepin, son ami de longue date.
DOSSIER "PRIVATISE"
Dans le dossier envoyé aux magistrats, l'ex-Premier ministre s'en prend à Nicolas Sarkozy, car selon lui le dossier judiciaire est "privatisé" à son seul profit.
"La sérénité et l'indépendance de la justice sont-elles possibles quand on sait que le président de la République est LA partie civile, qu'il a autorité sur la chancellerie et a la capacité à tout moment de donner des instructions dans un dossier qui le concerne personnellement ? N'est-il pas de ce fait juge et parti et cela étonne-t-il quiconque dans cet Etat de droit ?", ajoute-t-il.
Il estime que le nom de Nicolas Sarkozy a été placé pour lui nuire sur les faux listings de Clearstream par d'autres que lui, dans le cadre des rivalités industrielles internes à EADS et non pour un mobile politique.
Dominique de Villepin assure dans son dernier entretien en date, publié jeudi dans L'Est républicain, qu'il n'a jamais été le rival de Nicolas Sarkozy et n'a jamais caressé le projet de briguer l'Elysée. Il n'aurait donc aucun motif de comploter contre Nicolas Sarkozy.
Sur RTL jeudi, Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP et proche du chef de l'Etat, a estimé que "ce système de défense (n'était) pas le meilleur".
Il a remarqué que les charges pesant sur Dominique de Villepin reposaient sur des notes confidentielles du général Philippe Rondot, qui accréditent la thèse de Jean-Louis Gergorin et complètent les déclarations de ce dernier.
Patrick Devedjian soutient la position juridique du président. "Il a le droit de se tenir informé. (...) C'est un citoyen comme les autres", a-t-il dit. Le porte-parole de l'Elysée David Martinon a laissé entendre dans la journée que le chef de l'Etat ne retirerait pas sa plainte.
"Le dommage qu'il a subi n'a pas disparu avec son élection à la présidence de la République", a-t-il dit à la presse.
Dominique de Villepin, contraint par les juges en juillet de payer une caution de 200.000 euros et qui a interdiction rencontrer tous les protagonistes de l'affaire, dont Jacques Chirac, a fait appel de cette décision.
La chambre de l'instruction de Paris examinera l'appel vendredi. Le parquet général va demander le maintien des interdictions de rencontrer les acteurs de l'affaire mais plaiderait pour l'annulation de la caution.
Sources Le Monde
Posté par Adriana Evangelizt