DDV ET LA SNCM

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Une excellente analyse qui montre la maîtrise certaine de Dominique de Villepin. Nous pensons même que c'est au coeur des épreuves qu'il se montre le meilleur. Elles lui permettent de faire preuve d'ingéniosité et de trouver les solutions adéquates.

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Comment Villepin a déminé le dossier SNCM

Le Premier ministre a transformé à son avantage le dossier qui avait fait plonger sa popularité. Une leçon de stratégie.


Abord du car-ferry Méditerranée, le jeudi 13 octobre au matin. Dans une ambiance surchauffée, les grévistes retranchés en AG votent la reprise du travail. A une majorité écrasante : 519 voix pour, 73 contre. Leur chef de file, Jean-Paul Israël, s’empare du micro : « Les salariés ont fait preuve de responsabilité. Ce oui évite le dépôt de bilan. » Israël poursuit, d’un ton de défi : « Ce vote laisse la place aux luttes à venir. Je souhaite bien du courage aux repreneurs. »


Dans les couloirs, c’est pourtant le sentiment de la défaite qui domine. L’option dépôt de bilan, brandie par le Premier ministre, a effrayé la CGT : « On s’est injecté nous-mêmes le médicament », confie un gréviste. Dominique de Villepin vient de surmonter son premier grand conflit social, et a pu relancer dès le 14 octobre le processus d’ouverture du capital d’EDF, temporairement mis entre parenthèses. Comment transformer à son avantage ce qui était au départ un gros raté dommageable en termes de cote de popularité ? Analyse de la méthode Villepin à l’épreuve de la crise.

Règle numéro1 - Personnaliser l’affaire


« J’ai repris personnellement en main le dossier », annonce Dominique de Villepin lors de sa conférence de presse du 29 septembre. La recette est vieille comme la politique, mais elle marche toujours. Surtout quand le dossier est quasiment sinistré, comme c’est le cas pour la privatisation de la SNCM.


Lancée en janvier sous le gouvernement Raffarin, l’opération est très mal partie : les deux ministres concernés, Thierry Breton (Finances) et Dominique Perben (Transports), ont pris soin de laisser le préfet de la région Paca annoncer, le 19 septembre, qu’il ne s’agira pas d’une ouverture de capital partielle, mais bien d’une privatisation à 100 %. Les deux derniers candidats en lice sont des fonds d’investissement privés, Butler et Caravelle. Tollé général chez les élus et à la SNCM, où la CGT décrète la grève immédiate. Le choix final de Walter Butler n’a évidemment rien pour apaiser les esprits.

Règle numéro 2 - Diviser l’adversaire


Avant de monter au créneau, Dominique de Villepin a fait très officiellement ce qui aurait pu intervenir en coulisses, avant le déclenchement de la grève : négocier avec la CGT. Le 28 septembre au soir, il reçoit Bernard Thibault à Matignon. C’est donnant, donnant : si l’Etat accepte de se maintenir au capital de la SNCM, la CGT renoncera à exiger le maintien d’une part publique supérieure à 51 %. Le secrétaire général de la CGT accepte le marché, prend des risques. A Marseille, la CGT revendique en effet son autonomie par rapport à Paris. Historiquement très implantée sur le port, elle n’entend pas se faire doubler par Bernard Thibault. Elle opte donc pour le jusqu’au-boutisme, histoire de tester le Premier ministre. Les grévistes bloquent le port et s’arc-boutent sur le principe d’une participation majoritaire de l’Etat, sachant que plus ils se radicalisent, plus ils pourront obtenir de garanties : pas de licenciements secs, maintien de la flotte actuelle et du périmètre de l’entreprise.

Règle numéro 3 - Bouger les positions


Ayant écouté Bernard Thibault et repris le dossier « personnellement » , Dominique de Villepin n’hésite alors pas à désavouer le travail effectué sous l’autorité du ministre des Transports, à qui il demande de revoir sa copie. Dominique Perben retourne au front, flanqué de Thierry Breton, avec pour mission de tenir compte des deux exigences principales de la CGT : le maintien d’une participation de l’Etat (25 %), et l’entrée d’un groupe véritablement industriel au capital de la SNCM. Ce sera la Connex, une filiale de Veolia dont le président, Henri Proglio, est un proche du président de la République. Initialement contactée, sans succès, dans le cadre du processus de privatisation, elle n’avait pas déposé de dossier de candidature, par prudence financière. Cependant, cette fois, les choses sont différentes : c’est Dominique de Villepin qui le demande.


Au final, la Connex devrait détenir 28 % de la SNCM et sa direction opérationnelle. Une solution qui satisfait également les élus locaux. Car, à Marseille, outre la CGT, le maire UMP de la ville, Jean-Claude Gaudin, avait demandé solennellement à l’Etat de rester au capital, comme les élus corses. A la Région, dirigée par le socialiste Michel Vauzelle, on dénonce une décision « purement idéologique ».

Règle numéro 4 - Rester ferme

Au final, la Connex devrait détenir 28 % de la SNCM et sa direction opérationnelle. Une solution qui satisfait également les élus locaux. Car, à Marseille, outre la CGT, le maire UMP de la ville, Jean-Claude Gaudin, avait demandé solennellement à l’Etat de rester au capital, comme les élus corses. A la Région, dirigée par le socialiste Michel Vauzelle, on dénonce une décision « purement idéologique ».


Après avoir renoncé à une SNCM 100 % privée, le gouvernement va désormais tenir une ligne de fermeté. Ce que la CGT dénonce d’ailleurs comme un « passage en force ». Sur place, les grévistes maintiennent leurs revendications, bien décidés à faire plier le gouvernement. Dans le Méditerranée transformé en QG, une inscription à la bombe résume leur état d’esprit : « Villepin, si tu te prends pour un père Noël, nous, on te fera aucun cadeau. » Mais le temps travaille désormais pour le gouvernement. En 2003, date à laquelle est intervenue la dernière recapitalisation de 70 millions d’euros par l’Etat – qui lui a déjà versé 900 millions d’euros en dix ans –, Paris a dû promettre à Bruxelles de ne plus réinjecter d’argent frais dans la SNCM. L’habileté est d’avoir fait passer une absence de marge de manœuvre comme une manifestation de fermeté.

Règle numéro 5 - Dramatiser


Dès le début de l’affaire, Dominique de Villepin opte pour la dramatisation. L’assaut par le GIGN, le 28 septembre, du Pascal Paoli frappe les esprits. Le 11 octobre, à la tribune de l’Assemblée nationale, le Premier ministre n’hésite pas à remettre la pression en brandissant le spectre de la faillite : « C’est l’heure de vérité. » La direction de l’entreprise, confortée par sa tutelle, prévient : faute de reprise du travail, il y aura dépôt de bilan, et probablement liquidation. Les syndicats commencent par ne pas y croire. Mais ils changent d’avis après la visite rendue par le secrétaire général (CGT) du comité d’entreprise, Bernard Marty, au président du tribunal de commerce, qui lui confirme la réalité de la menace. Le 12, veille du vote des grévistes, l’issue paraît déjà certaine : vers 23 heures, Thierry Breton téléphone à Jean-Claude Gaudin et lui dit que la fin de la grève est proche.


Le 13 octobre, après le vote, Jean-Paul Israël, épuisé, va négocier en préfecture un protocole de sortie de crise. Le préfet Frémont se fait même un petit plaisir en attendant le lendemain matin pour lui communiquer le document final : l’Etat a bel et bien repris la main. Dans l’après-midi, les grévistes replient enfin les banderoles.

Cote de popularité de Dominique de Villepin (opinions favorables)
45 % : juin
49 % : juillet-août
55 % : septembre
49 % : 6-7 octobre
SOURCE : IFOP-PARIS MATCH

Anne-Marie Rocco  Mathieu Magnaudeix 

Sources : CHALLENGES

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans LA LIBERTE EN DANGER

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