L'AUGMENTATION DE LA PRECARITE

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Un article qui en dit long sur l'évolution de la misère. Mais il faut bien se dire qu'il  ne peut pas en être autrement, en France ou ailleurs. La population étant en extension alors qu'il y a de moins en moins de travail, on se heurte là à un grave dilemme. Les jeunes qui cessent d'être scolarisés ne trouvent pas tous du travail, loin s'en faut. Donc un cercle vicieux. A cela s'ajoute les jeunes filles qui tombent enceinte et qui se retrouvent aussi à la rue. Quand on voit que le Vatican est contre les méthodes contraceptives, on a du souci à se faire.

 

La durée, nouveau visage de la précarité

 

par Fabrice TASSEL


Plus longtemps, plus de jeunes, plus de femmes, plus de familles... Une étude du Samu social de Paris analyse l'évolution de la pauvreté.

Une météo qui s'annonce franchement froide la semaine prochaine. Déjà dix sans-abri morts d'hypothermie depuis le mois de novembre en France. Et des tentes igloo, distribuées cette semaine par Médecins du monde à des SDF parisiens, comme des balises de la misère dans les rues d'une des villes les plus riches au monde. Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale, n'y a vu pourtant qu'une opération choc, «contre-productive» parce qu'elle pérenniserait la situation des sans-abri. Fin novembre, Villepin avait, lui, demandé au Samu social de proposer un hébergement stable et une durée minimale d'un mois pour «les personnes sans toit et qui ont un contrat de travail». Preuve de la pérennité certaine de la pauvreté.

Taux de roulement. Des études inédites décortiquent plus précisément cette misère qui menace Robert, Paule, Sidibé et des millions d'autres. Celle rendue publique lors de la Journée scientifique de l'Observatoire du Samu social, qui vient de se tenir à Paris, présente un constat validé dans la plupart des grandes villes. Ce long travail, qui a porté sur les appels passés au 115, le numéro d'urgence du Samu social, analyse l'évolution de la précarité entre 1999 et 2004 à Paris (1) : 900 000 appels donnés par les «isolés» (personnes seules ou couples sans enfants mineurs) ont été passés au crible. Chaque appel a recensé l'identité, l'âge, la situation sociale et familiale de l'appelant, puis l'endroit vers lequel le 115 l'a dirigé et la durée de son séjour. Le Samu social a aussi pu examiner l'évolution de la situation des 920 familles (2 500 personnes) dont ses équipes s'occupent. Les principaux résultats se présentent ainsi : dans la capitale, les pauvres séjournent de plus en plus longtemps dans ces centres d'urgence ou des hôtels, qui accueillent davantage de femmes, de jeunes et de couples. En chiffres, cela donne : 15 % de femmes en 1999, 20 % en 2004 ; 0,5 % de jeunes (18-24 ans) en 1999, 11 % en 2004 ; 4,6 % de couples en 1999, 7,6 % en 2004.

Chaque jour, entre 16 et 150 demandes ne peuvent être satisfaites, la demande d'hébergement étant très supérieure à l'offre. Les demandes enregistrées sur la période sont croissantes : elles sont passées de 12 200 en janvier 1999 à 19 700 en janvier 2004. L'impossibilité d'offrir une réponse tient parfois au manque d'effectifs et de places. Depuis le 29 novembre, le Samu social dispose de nouveaux locaux à Ivry-sur-Seine, qui devraient permettre une meilleure réponse. Mais cette pénurie s'explique surtout par le manque de renouvellement de la population hébergée. «Le nombre moyen de nuitées attribuées par an et par personne est passé de 16 en 1999 à 29 en 2004.» Pour les familles, la durée moyenne d'hébergement a aussi augmenté, trois semaines en moyenne en 1999 et quatre mois en 2004. En 2004, 40 % des familles hébergées sont déjà connues du 115, contre moins de 30 % en 2003. Le taux de roulement a donc fondu et les nouveaux hébergés ont diminué.

Expulsion. En affinant l'étude sur les familles, on découvre qu'elles sont constituées de moins en moins de personnes : «En 2004, près de deux familles sur cinq sont constituées d'une mère et de son enfant.» Concernant les caractéristiques démographiques, deux groupes de «chefs» de familles ressortent : «Des femmes, seules, jeunes, avec un enfant ; et des hommes, en couple, plus âgés, avec plusieurs enfants.» Dans 58 % des cas, la demande d'hébergement suit le départ du pays d'origine, et dans 24 % elle intervient après une expulsion. Autre chiffre éloquent : lors de leur première demande, 43 % des familles ne font l'objet d'aucun suivi social, et 36 % ne bénéficient d'aucune couverture médicale. Toutefois, la création de la couverture médicale universelle en 2000 a amélioré cette situation : 16 % des chefs de famille en bénéficient en 2004 contre 2 % en 2000. Enfin, sur le plan économique, 68 % des chefs de famille sont sans ressources lors de leur premier appel.

Le Samu social attire aussi l'attention sur l'augmentation impressionnante des jeunes en situation de précarité. L'association parisienne Corot Entraide, qui les accueille depuis vingt-cinq ans, signale qu'en 2003 la durée moyenne de soutien était de cinquante jours ; en 2005, elle dure plus de cent jours. Sur cette population âgée de 18 à 24 ans, 44 % ont moins de 21 ans ; 72 % sont français, mais «ce fort pourcentage masque le vrai visage de la population accueillie. En effet, 18 % d'entre eux ont leurs deux parents français».

Enfin, le Samu social parisien a relevé, dans la catégorie des «problèmes émergents de l'urgence sociale», le cas des jeunes femmes enceintes. L'étude pointe que pour certaines d'entre elles, logées chez des proches, «la première difficulté est de cacher le plus longtemps possible sa grossesse, l'arrivée d'une nouvelle personne dans un logement surpeuplé n'étant pas envisageable». Une fois à la rue, le 115 devient le seul recours. Mais le Samu social souligne que l'hébergement hôtelier ne permet pas de cuisiner et donc de maintenir un équilibre alimentaire à ce moment crucial de la vie. L'alternative logement en centre collectif garantit certes un repas chaud... mais aussi l'obligation d'un départ au petit matin.

(1) voir http://www.samusocial-75.fr/article. php ? id_article = 26

Sources : LIBERATION

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans LA MISERE EN FRANCE

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