DDV- CHIRAC : Tensions filiales

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Une excellente analyse qui décrit bien ce que nous pensons. A savoir que Dominique de Villepin est coincé entre "le marteau et l'enclume"... et il doit lui être très difficile de bien "naviguer" entre les deux...

Tensions filiales

par Eric Mandonnet

La proximité entre le président et le Premier ministre est réelle. Mais la logique politique éloigne parfois les deux hommes

Le cimetière des ambitions perdues a été l'un de ses grands chantiers, qui ne s'achèvera qu'en mai 2007. Jacques Chirac a eu la carrière de multirécidiviste que l'on sait. S'il est un domaine dans lequel il a excellé depuis trente ans, c'est bien celui-là : l'élimination des personnalités de son camp, de Jacques Chaban-Delmas à Edouard Balladur, en passant par Valéry Giscard d'Estaing ou Raymond Barre. Depuis plusieurs années, le chef de l'Etat tente d'abattre Nicolas Sarkozy, mais le dernier meurtre politique que le président signera avant de se retirer sera-t-il celui de… Dominique de Villepin ?

Berlin, 18 janvier 2006. Pour sa première visite en Allemagne depuis sa nomination à Matignon, le chef du gouvernement s'adresse aux étudiants de la prestigieuse université Humboldt, à qui il livre sa vision d'une «Europe des projets». Mais les mots qu'il prononce ce soir-là ne sont pas tout à fait les siens: son discours a été en effet sérieusement amendé à l'Elysée, car le Premier ministre avait eu tendance à se prendre pour le président. Cela a été fait dans la plus grande discrétion: le couple Chirac-Villepin doit rester soudé à l'égard de l'extérieur. La proximité des deux hommes n'est d'ailleurs pas en question. Au contraire, le chef de l'Etat connaît mieux que personne le Premier ministre. C'est dire s'il mesure l'étendue de ses qualités… et la profondeur de ses défauts. Voilà pourquoi, même au cours de l'ultime week-end avant le changement de gouvernement, le 31 mai 2005, il avait longuement hésité à le choisir.

C'est désormais la rencontre entre une logique politique et un tempérament. La logique dans laquelle se trouve Jacques Chirac est implacable : puisqu'il est de moins en moins candidat à un nouveau mandat, il doit être de plus en plus président. Jusqu'au bout. Sinon, il disparaît de la scène. Le dernier trimestre de 2005 a montré la réalité du risque. De la signature d'un énorme contrat commercial avec la Chine à la réception des acquittés d'Outreau ou à l'instauration de l'état d'urgence pendant la crise des banlieues, le film se déroulait exclusivement à Matignon.

Finir son mandat de façon honorable

C'est là que se pose le problème du tempérament. Dominique de Villepin n'est pas homme à avoir une conception minimaliste de son rôle. Et il a horreur du vide, fût-il momentané et provoqué par les circonstances. Il a donné le tempo des vœux avant même que le chef de l'Etat n'ait parlé, évoquant dès le 19 décembre «une année d'action». Alors que chacun s'interrogeait sur la manière dont Nicolas Sarkozy allait définitivement tuer Jacques Chirac, c'est Dominique de Villepin qui était en passe de l'enterrer.

L'Elysée n'est évidemment pas devenu hostile au Premier ministre du jour au lendemain. Parmi les collaborateurs du président, plusieurs restent fidèles à celui qui fut leur secrétaire général et sont prêts à l'aider demain dans d'éventuels combats électoraux. De plus, Villepin ne manquera jamais d'être soutenu par les chiraquiens dans sa volonté, comme n° 1 du gouvernement, de cantonner le n° 2, Nicolas Sarkozy, à sa place. Mais la politique a ses règles: c'est par rapport au chef du gouvernement, et non par rapport à son ministre de l'Intérieur, que Jacques Chirac (qui progresse de 4 points dans le baromètre BVA-L'Express) peut récupérer actuellement de l'espace. L'idée d'une cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, émise par le président le 4 janvier, a été imposée au Premier ministre - elle n'était pas le fruit d'une collaboration entre l'Elysée et Matignon.

Dans la ligne droite finale, si Villepin et Sarkozy sont toujours en lice, les préférences de Chirac ne font guère de doute. Mais le président attendra d'être à la retraite pour mêler politique et sentiments - il ne l'a jamais fait jusqu'à présent; c'est un peu tard pour commencer. Son unique priorité consiste à terminer son mandat dans des conditions honorables. Au Premier ministre de comprendre que, s'il asphyxie le chef de l'Etat, c'est à lui aussi qu'il nuit.

Le temps de la campagne électorale, s'il modifie cette donnée, apportera également son lot de difficultés. Jean-Louis Debré en a parlé aux deux intéressés: dans l'hypothèse où il se trouve en situation de mener bataille, le Premier ministre ne pourra pas laisser au seul Nicolas Sarkozy l'avantage d'incarner la rupture. Cela s'appelle le «droit d'inventaire». Un passé récent prouve qu'il est rarement accepté avec enthousiasme par celui qui occupe le palais de l'Elysée jusqu'à la dernière minute du dernier jour.

Sources : L'EXPRESS
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Publié dans Le Ministre

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