Entre histoire et nostalgie
Entre histoire et nostalgie
par Patrice Biancone
Rassurer. Pacifier. Rassembler. Et accessoirement reprendre la main. Ce sont les raisons qui ont poussé Jacques Chirac à saisir le Conseil constitutionnel pour lui demander d'enterrer l'alinéa 2 de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif » de la colonisation. Une décision prise malgré l'opinion des Français qui considèrent à 60% qu'il y a bien eu des aspects positifs à la colonisation. Une décision qui satisfait l'opposition, les élus et les peuples d'outre-mer, ainsi qu'une partie non négligeable de la majorité, qui ne se voyait pas, à quelques mois de l'élection présidentielle, repartir au combat sur un sujet difficile et « casse gueule » ; se dédire et se soumettre alors même qu'elle ne le veut pas au nom de la cohérence politique. Enfin une décision de Jacques Chirac qui a le mérite, d'un simple point de vue pratique, et ce n'est pas le moindre de ses avantages aux yeux de la présidence, non seulement d'apaiser les tensions, mais aussi de couper l'herbe sous les pieds de Nicolas Sarkozy qui avait, pour sa part, demandé à Arno Klarsfeld de faire le même travail, ou à peu près, que Jean-Louis Debré mandaté par la présidence. Une mission parallèle en quelque sorte, qui n'avait pas eu l'heur de plaire à Jacques Chirac. L'Elysée et Matignon ne pouvaient, en effet, laisser le terrain au numéro 2 du gouvernement qui a tendance, on le sait, à remplir les vides et à vider les pleins.
Finalement le président à présidé. Et c'est le Conseil constitutionnel qui a été chargé de déclasser l'article en question, celui qui évoque les aspects positifs de la colonisation. Il devra dire, ce Conseil constitutionnel, si cette partie du texte a un caractère réglementaire plutôt que législatif. Et si tel est le cas, le supprimer comme l'a suggéré Jacques Chirac, le reste de la loi devant être conservé au principe qu'il est important pour bon nombre de Français et tout particulièrement pour les Harkis dont on sait combien la France les a traités injustement, la France qui ne les a pas reconnus comme elle aurait dû le faire il y a maintenant plus de quarante ans.
Constat donc, de l'Elysée. Le pays doit se rassembler sur son histoire et pour y parvenir, éviter de blesser, ce qui, ces derniers temps, n'a pas vraiment été le cas. Il y a eu les banlieues et les mots du ministre de l'Intérieur. Il y a eu l'amendement sur la colonisation du député UMP décomplexé Christian Vanneste, « la loi de la honte » comme disent les Antillais. Il faudrait voir désormais à éviter de mettre en péril ce qui fait une communauté nationale sans tomber pour autant dans la sempiternelle repentance. Un mal bien français, si français, que Camus lui-même, avait cru bon d'écrire, en son temps, que « la France ne peut pas être la seule nation coupable parmi des nations dignes, justes et pures ».
Comme le disait en effet, hier, Bertrand Delanoë, le plus Tunisien de nos maires : la colonisation est un fait politique négatif, mais elle appartient à tous les grands empires : il n'y a pas a en avoir honte. D'où la nécessité de laisser les historiens décider l'histoire et d'éviter de confondre histoire et nostalgie, ce que Jacques Chirac a parfaitement compris.
Sources : RFI
Posté par Adriana Evangelizt